Chapitre 4
Le soir vint. Justine, toujours fraîche et rouge, prenait son parti. Elle préparait le dernier dîner.
Héboutioux additionnait la note.
« La règle, où est la règle ?
— Et celle-là, dit Comtal en lui montrant sa jambe de bois.
— Vous êtes facétieux ! dit Héboutioux d’une voix creuse : un mot savant que Comtal lui avait appris.
— Je vais atteler », dit Comtal.
Héboutioux se glissa dans la grange avant lui. Comtal, en sifflotant Le Chant du Départ, ouvrait le coffre de la voiture. Un noeud coulant lui tomba autour du cou. Il eut le temps d’étreindre la corde en ses mains, au-dessus de la boucle, le plus haut possible.
Le noeud ne se serra pas. Mais il fut enlevé, les doigts crispés, vers la poulie, dans le noir, tellement stupide qu’il ne cria pas.
Il entendait en bas une voix sourde :
« Manqué, tonnerre ! voilà le chiendent, à c’t’heure ! »
Héboutioux tirait de toutes ses forces.
« Tu te lasseras, quand il faudrait me dessécher ! »
Au plus petit mouvement de détente, Comtal s’étranglait. Le noeud lâche lui battait le menton et les épaules.
« Noue donc ta cravate ! »
Héboutioux donnait à la corde des secousses vives.
Au bout qui se tordait à terre, le crochet de fer sautait avec des heurts métalliques comme un reptile furieux désarticulé. Le sol résonnait sous les coups secs du pied de bois.
« T’as balancé ma femme, chacun son tour. »
Les soupirs étouffés de Comtal se perdaient là-haut, dans les briques.
D’ailleurs, il ménageait ses forces et tâchait de garder l’immobilité d’un mort. Héboutioux dansait en délire, les yeux rouges.
« Tends donc la langue, mâtin sans feu ni lieu, cloche sans battant ! »
Une pièce de monnaie tomba par terre.
« Je suis payé, je ne vole pas. Dieu de Dieu ! que je m’amuse ! »
Tout à coup sa jambe de bois se prit au crochet de fer. Sans réfléchir, il se baissa pour la dépêtrer. La corde n’était plus tendue. Comtal descendit d’un trait, si brusquement qu’Héboutioux, moins lourd, monta pendu par sa jambe de bois et par une main. Soudain ils s’arrêtèrent.
Un noeud qu’on avait oublié de défaire depuis le soir des danses, trop gros pour passer dans la poulie, empêchait la corde de couler plus bas.
Et tous les deux, désemparés, suspendus, dans un balancement qu’ils ne pouvaient maîtriser, incapables d’efforts l’un et l’autre, gigotaient et se heurtaient comme de grands faucheux qui s’acharnent. Sur leurs têtes, les tuiles mal jointes laissaient passer par leurs trous des pointes de jour qui glissaient sur les fétus de paille comme des regards curieux.
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