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Chapitre 11 Les résolutions adoptées par les patriotes à la grande assemblée de Saint-Laurent le 15 mai 1837

Je dois à M. le juge Brodeur, petit-fils d’un patriote tué à Saint-Charles, le texte des résolutions adoptées à la grande assemblée tenue à Saint-Laurent le 15 mai 1837. Louis-Joseph Papineau, le principal orateur du jour, y fit un discours véhément dans lequel il exhorta les hommes et les femmes de la province à ne faire usage que d’étoffes et, en général, de produits fabriqués dans le pays. Cette assemblée, venant après celle de Saint-Ours, effraya les autorités ainsi que le démontre la dépêche adressée, le 26 mai, par lord Gosford au ministre des colonies.

Voici ces résolutions :

Proposé par le capitaine Stanislas David du Sault-au-Récollet, appuyé par M. François Tavernier, de Montréal, et

Résolu – « Que lorsque nous avons demandé l’intervention du gouvernement impérial dans l’intérêt du bon gouvernement de cette province nous indiquâmes comment les réformes demandées devaient nous être accordées ;

« Que ce n’est pas conformément aux vues européennes, ni aux recommandations de gens étrangers aux besoins de ce pays et à notre état social, que nos institutions politiques devraient être modifiées, mais que ce changement devrait être fait suivant les recommandations et les désirs des députés librement élus par le peuple, vu que seuls ils ont la compétence requise pour connaître nos besoins et réformer ces institutions dont ils ressentent autant que nous les déplorables abus ;

« Que nous répudions d’avance les remèdes inefficaces que**l’on parle d’appliquer à des griefs dont la cause ne sera pas détruite ;

« Que nous demandons, par l’extension du système électif, des institutions analogues à celles des ci-devant colonies de la Nouvelle-Angleterre, les seules qui conviennent à notre état social et qui puissent mettre fin à ces odieuses distinctions nationales que nous détestons, et nous donner les bases d’un bon gouvernement. »

Par les représentants du peuple

On a dû remarquer que les patriotes de 1837 proclamaient que tout changement dans nos institutions politiques devrait être fait uniquement par les représentants du peuple, qui seuls connaissaient les besoins de ce pays et pourraient appliquer efficacement aux griefs dont on souffrait des remèdes requis. Comme on le voit, la politique de nos jours qui exige qu’aucun changement dans nos institutions politiques et dans nos rapports avec le gouvernement impérial ne soit fait sans l’assentiment des habitants de ce pays, n’est pas nouvelle ; c’était celle des patriotes de 1837. L’autonomie de la province et l’industrie nationale furent les deux thèmes principaux de l’éloquente philippique de Papineau.

Lorsque nos ministres et nos hommes publics demandent à la population d’acheter le moins possible des États-Unis ce qu’elle peut se procurer dans le Canada, ils ne se doutent pas qu’ils ne font que répéter ce que les chefs patriotes ont conseillé et prêché avant eux. Seulement, il faut l’avouer, les motifs étaient différents. Le but des patriotes était spécialement de priver le gouvernement des revenus provenant des droits de douane imposés sur les marchandises venant de l’Angleterre. Et ils étaient heureux de pouvoir proclamer que cette politique aurait pour effet de développer les industries du pays. Nos hommes publics, eux, disent avec raison que la consommation de produits canadiens mettrait fin à la grande perte d’argent que les taux du change causent au pays et favoriserait indirectement nos industries nationales.

Des historiens prétendent que les patriotes auraient dû persister à assurer le triomphe de leurs idées par des moyens constitutionnels. C’est ce qu’ils auraient fait probablement et ils n’auraient pas perdu patience, si au lieu de continuer à les maltraiter, à mépriser leurs revendications on leur avait donné raison d’espérer que justice serait faite. Il a fallu deux insurrections pour ouvrir les yeux au gouvernement impérial et à ses représentants au Canada, pour les décider à accorder aux Canadiens les réformes qu’ils réclamaient.

Je ne crois pas nécessaire de publier les autres résolutions adoptées à l’assemblée de Saint-Laurent.

Délégués à la Convention

La dernière demandait l’organisation d’une convention générale dont feraient partie les membres de la Chambre d’assemblée et du Conseil législatif et des délégués de tous les comtés, villes et villages de la province, et qu’un comité fût nommé pour représenter la cité et le comté de Montréal à cette convention et que ce comité fût composé comme suit : Docteur Valois, E.-R. Fabre, George Watson, Louis-Roy Portelance, Thomas McNaughton, Urbain Desrochers, P. Lachapelle, Stanislas David, John Dillon, I. Bell, Joseph-Antoine Gagnon et Joseph Letourneux.

Des assemblées comme celle de Saint-Laurent, ayant eu lieu dans plusieurs comtés de la province, Lord Gosford lança une proclamation pour les défendre et destitua un grand nombre d’officiers de milice afin de les punir d’y avoir assisté. Mais les patriotes n’en continuèrent pas moins de se réunir et de protester par des Résolutions énergiques contre la conduite du gouvernement. La célèbre assemblée de Saint-Charles mit le comble à la mesure, et Lord Gosford se crut obligé, à son regret, d’émettre des mandats d’arrestation contre les chefs patriotes. Il faut avouer que les Résolutions adoptées dans les assemblées publiques devenaient de plus en plus violentes et séditieuses. Lord Gosford était un excellent homme, naturellement porté à la clémence, et hostile aux mesures de rigueur. Mais les ennemis des patriotes étaient actifs et**violents ; dans des assemblées publiques ils demandaient au gouvernement de sévir, et il faut bien avouer que le langage et la conduite des chefs patriotes leur donnaient trop raison. Mais la politique du gouvernement impérial autorisant le gouverneur à s’emparer du revenu de la province sans le consentement de la Chambre, avait mis le comble à l’indignation publique. On avait eu recours à ce moyen extrême afin de remplacer les subsides que la Chambre d’assemblée persistait à refuser de voter. Mais c’était un acte subversif de la constitution anglaise, un procédé tyrannique et injustifiable. Ce fut l’opinion exprimée dans le parlement anglais par les hommes les plus éminents.

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