‹ Débauchées précocesChapitre 13 sur 19 · Tome 2 · Chapitre 4

Tome 2 · Chapitre 4

Elle avait regagné son lit, elle avait refermé la porte de communication avec l’intention de dormir plus tard qu’à l’habitude, on l’éveilla en sursaut, Annette était devant elle et la prévenait que quelqu’un désirait lui parler de suite.

Dans le vague du sommeil, elle pensa à Agathe, supposa qu’il lui survenait quelque imprévu, sauta à bas du lit, passa un peignoir, des mules, et suivit Annette dans un petit salon que Célestin lui avait réservé pour son usage personnel.

Elle faillit pousser un cri d’effroi. Finette, assise sur un canapé, lui souriait avec un balancement de tête ironique et lui disait :

— Ici, on s’expliquera, ma petite Rita, tu n’as pas été aimable hier en me reconnaissant, et je n’aime pas ça.

— Que me voulez-vous ? Qui vous a permis. Annette, de me réveiller pour recevoir qui n’est pas de mes amis ?

— Qui n’est pas de ses amis, petite torcherie ! Vous, Annette, ne vous occupez pas de ses paroles, je la rendrai aussi douce qu’une brebis, je vous en réponds… Restez-là, vous assisterez à la transformation. Je ne suis pas de tes amis, dis-tu ? Et qui courait après moi chez les demoiselles Maupinais ? Qui me suppliait sans cesse de ne pas toujours préférer Agathe ? Qui me mendiait mes jolies affaires ? Mes jolies affaires, supposes-tu qu’elles soient devenues laides depuis que tu ne les lèches plus ? Tiens, voilà mes cuisses, voilà mon ventre avec les poils, que tu ne te lassais pas de brouter, et mon con, où tu enfonçais ta langue et ton nez ! Allons, ouste, ici, à genoux, et prouve que je ne mens pas. Tu sais, n’hésite pas, ou je vais tout conter à ton tuteur. Ton tuteur ! C’est louche, il y a une histoire là-dessous. Viens-tu, oui ou non, et vas-tu me laisser longtemps la moniche à l’air, sans apporter ton museau ?

— Annette, si vous ne chassez pas cette folle immédiatement, c’est vous qu’on chassera.

— Elle m’appelle folle, elle veut qu’on me chasse ! Tu ne veux pas venir ? Où est-il ton tuteur ?

Elle se leva et marcha vers la porte, Rita l’arrêta et lui dit :

— Il dort et vous ne le verrez pas. D’ailleurs il ne vous écouterait pas.

— Il ne m’écoutera pas !

Avant que Rita ait pu esquiver le mouvement, elle était saisie par Finette qui la troussait, lui glissait un doigt entre les cuisses et s’écriait :

— J’en étais sûre ! Un homme propre son tuteur ! Il l’a dépucelée, et cela vaut les galères ! Vas-y à ton tuteur, vas-y, je n’ai plus à lui parler ; je cours chez le commissaire de police, et avant son réveil, les agents seront là pour le mener en prison.

Rita fut terrorisée ; elle comprenait d’instinct que le danger sur ce point était réel ; puis, elle s’effrayait de ce qu’il n’existât aucun lien de parenté entre elle et Célestin. Elle murmura :

— Non, non, pas de commissaire.

— Seras-tu gentille ?

— Oui.

— À la bonne heure ! Je ne suis pas méchante, moi ! Je n’oublie pas mes amis, moi ! Je te demande un peu à quoi ça sert de faire les grands airs ! Comme si on te causerait des tracas auprès de tes parents et de tes amis, si tu te montres bonne fille en cachette. Entendons-nous, tu me feras avoir la clientèle de ta maison et de tes connaissances. Maintenant, arrive là-dessous, montre comme tu sais bien caresser ! Là, te voilà domptée ! Est-ce devenu laid ? Non, n’est-ce pas ? Tu es jolie tout plein à mes genoux ! Plus qu’à la pension ! En as-tu fait, eh ! Lèche doucement, doucement, ça a tellement manœuvré avec mon mari depuis que nous nous sommes quittées ! Ah, la cochonnette ! elle s’échauffe enfin, et elle a un rude coup de langue, tu sais, Annette.

Annette regardait avec des yeux effarés sa jeune maîtresse, accroupie entre les cuisses de Finette et lui faisant minettes. Elle ne pouvait le croire.

Finette, s’apercevant de sa stupeur, lui cligna de l’œil et lui dit :

— Approche par ici, toi, je ne suis pas une égoïste, et j’ai dans la pensée que tu dois avoir de la chouette marchandise sous les jupes ! Tiens, montre-lui ton cul, elle va t’y expédier quelques coups de languette, et tu m’en diras des nouvelles. Moi, j’aime beaucoup voir le cul des femmes.

— Oh, vous ne voudriez pas…

— Appelle-moi Finette et tutoie-moi. Nous sommes de la même famille, de la grande famille du peuple, des travailleurs : c’est à nous de profiter des vices des bourgeois et des bourgeoises ! Trousse donc les jupes, lorsqu’elle t’aura lippé le cul, elle n’osera plus rien contre toi.

L’argument parut convaincre Annette : d’un prompt mouvement, elle souleva ses jupes, entr’ouvrit son pantalon, exhiba une très appétissante paire de fesses, blanches et dures, à la raie bien dessinée, et les approcha.

— Tourne-toi, commanda Finette à Rita, et marche.

Rita pirouetta sur les genoux sans mot dire, vit à deux doigts de son visage le cul de sa femme de chambre, et comme elle hésitait, Finette lui poussa la tête dessus en disant :

— Mais marche donc, tu aimes ça.

Quelques timides baisers honorèrent les fesses d’Annette, Finette glissa ses pieds sous le peignoir de Rita, les hissa entre ses cuisses, lui en gratta le con, lui en pelota le cul et dit :

— Veux-tu bien marcher avec plus de cœur et passer ta main par dessous pour lui caresser le bouton ! Ah, l’an dernier, on n’était pas obligé de t’ordonner tout cela ! D’ailleurs, si tu agis avec tant de froideur, ça ne comptera pas et j’irai chez le commissaire.

La langue de Rita courut dans le cul d’Annette, et sa main vint lui chatouiller le clitoris.

— À la bonne heure, à la bonne heure ! approuva Finette.

Àce moment la sonnette de Célestin retentit, et chacune se remit en posture, Rita debout, s’écriant :

— Ah, mon tuteur, il doit m’appeler.

— Va voir, commanda Finette à Annette.

— Mais…

— Minute pour toi, il s’agit de s’entendre.

Annette sortit et Finette dit :

— Je ne te veux pas du mal, petite, seulement n’aie pas de sotte fierté à mon égard ni de méchanceté pour Annette, ou sans cela, gare.

— Ne crains rien.

— Très bien, tu te décides à me retutoyer ! Devant le monde, on ne te trahira pas, je te le promets. À part, tu feras tout ce que je voudrai, est-ce convenu ?

— Oui.

Au fond du cœur, Rita enrageait, mais elle dissimulait. Annette revint la chercher. Comme elle se disposait à s’en aller, Finette ajouta :

— Pas un mot, n’est-ce pas ?

— Ah, pour sûr ! répliqua-t-elle.

Elle courut à sa chambre, en poussa la targette, et se précipita vers la chambre de Célestin, qu’elle trouva en manches de chemise, assis sur un fauteuil.

— Où étais-tu donc, Rita ? dit-il.

— J’étais allée par l’appartement, examiner si rien ne traînait.

— Oh, la petite maman sérieuse, je t’avais recommandé de te reposer.

— Cela m’est impossible.

— Eh mais, tu as une figure toute chiffonnée qui te rend encore plus désirable.

— Tu m’appelais pour…

— Oui, jeune bacchante, je ne sais pas ce que j’ai dans le sang, je n’arrive plus à éteindre mon feu.

— Pourquoi as-tu mis ton pantalon ?

— C’est si vite enlevé, comme ton peignoir, puis un simple coup de dada.

Ils étaient déjà en chemise, et la chevauchée recommença, effaçant de l’esprit de Rita la mauvaise impression de sa scène avec Finette.

Mauvaise impression ! Elle n’osait pas se l’avouer, le cul d’Annette brillait dans sa mémoire, et elle ne lui fit pas grise mine, lorsqu’elle se retrouva en sa présence dans les circonstances habituelles de la vie.

Àdeux heures et demie, Clotilde sonnait et venait chercher ses amis. Ils étaient prêts, on s’informa de Clément.

— Clément est à ses cours.

— Vous partez seule ?

— Mais oui. Il est accoutumé à la solitude.

— Avec une soirée pareille à celle d’hier, elle lui sera pénible.

— Il n’y pensera plus, je le lui ai signifié pour ma part ! Et s’il y pense pour d’autres, c’est à ces autres à agir comme bon leur semblera.

— Vous l’avez grondé ?

— Un peu. Dès l’antichambre, ne s’essayait-il pas à me prendre par la taille ! Je lui ai donné une tape sur les doigts et lui ai dit : « Mon cher Clément, en bas nous avions perdu l’esprit, ici nous devons le reconquérir. »

— Vous l’avez reconquis ?

— Je ne suis plus en haut.

— Ah, parfait !

Un franc éclat de rire accueillit la boutade, et l’on descendit. Un fiacre passait, Célestin le héla :

— Eh, numéroté, par ici !

— Voilà, voilà.

Clotilde et Rita au fond, Célestin sur le strapontin, on partit en indiquant la gare Saint-Lazare comme destination.

On était un peu serré, on ne s’en plaignait pas. Clotilde, légèrement penchée en arrière, ne refusait pas sa jambe à la jambe fureteuse de Célestin et tout d’un coup murmura :

— A-t-on été assez fou cette nuit !

— Pas assez.

— Mazette, que vous faut-il ?

— Je l’ignore. Je deviens un volcan, demandez à Rita.

— Ah, vous avez accompli de la belle ouvrage, selon l’expression de ma repriseuse !

— Je te crois, mon cœur ! Si je ne l’avais pas dépucelée, je ne t’aurais pas baisée.

— Baisée ! Tu mets carrément les pieds dans les plats.

— À quoi bon de l’hypocrisie ! Ton beau-frère t’a tirée un joli coup, avoue-le.

— Et toi, tu as apporté un bon reliquat de compte à Rita ! T’avais-je assez chauffé à son intention !

— Ah, si nous avions été tous les trois pour la nuit !

— Voilà bien les hommes, des égoïstes ! Il a fourré la fringale de femmes à Clément par ton concours, Rita, car, j’en suis certaine, s’il ne te l’avait pas soufflé, tu ne te serais pas occupée de ce pauvre benêt, et maintenant que le louveteau est lancé, il nous retiendrait toutes les deux pour lui seul.

— Il est si fort et si bon !

— Charmant, tu en es amoureuse et tu te laisses faire par Célestin ! Moi, au moins, je ne suis pas amoureuse de mon mari !

— Vous avez tort ! Il n’y a rien d’aussi idéal pour un amant qu’une femme amoureuse de son mari !

— En voilà une théorie !

— Très sérieuse ! La femme qui aime son mari et qui prend un amant, est une voluptueuse courant après les sensations, et qui en retourne les plus aiguës à son amant pour ne pas éveiller les soupçons chez son mari si elle les lui prodiguait.

— Dites donc, dites donc, ne me pincez pas les mollets. Attrapez ceux de Rita.

— Rita me permet de broutiller ; elle sait que nous ne perdrons pas notre temps ensemble.

— Laisse-toi faire, Clotilde, dit celle-ci, tu pars, et comme tu disais, si tu l’échauffes, c’est moi qui en profiterai.

— Petite chique, elle a tous les vices ! Eh ben oui, je voudrais une nuit à nous trois, Rita connaît des sensations que j’ignore.

— Vraiment, la partie te sourirait ?

— Oui, oui, mais la pitié que j’éprouverais pour Clément me gâterait mon plaisir.

— Nuit à quatre, dans ce cas.

— Non, ce n’est pas la même chose ! Nous deux, Rita et moi, puis toi, avec ta science de cochonnerie, avec la force dont tu dois l’être ! Mais qu’as-tu, avec tes yeux qui fouillent, voyons, ne les as-tu pas assez vus ?

— Je ne m’en lasserai pas.

— Dépêche-toi de les palper, si ça peut te calmer, nous arrivons, et en quittant la voiture, il nous faut être sérieux.

— Ah, Clotilde, murmura Rita, quels nénés tu as !

— Je finirai par en être persuadée, à voir le culte qu’il leur voue : mon mari ne s’en est jamais soucié.

— Ne parlons pas des absents, il serait sot d’en dire du mal.

— Tu as raison ! Ah, tu voudrais toucher la chair, il n’y a pas mèche, mon vieux Célestin ! Tu baiseras Rita. Dites, combien de fois pendant mon voyage ?

— Tu es trop curieuse.

— Non, non, ne fiche pas la main sous mes jupes, ou je fais des sottises en route avec le premier venu.

— Pas de ça, défie-toi, il y a des assassins pour les jeunes femmes imprudentes.

— Ah, ne me donne pas le trac.

— Cela t’empêchera de faire une levée.

— Une levée, qu’est-ce que c’est ?

— Prendre un homme au hasard.

— Oh non, je plancherai. Te voilà bien avancé, tu as fripé ma chemise entre mes cuisses et mes fesses, pour atteindre un bout de chair, et tu m’obliges d’entrer au water-closet pour réparer ce désordre. Quel effet en est-il résulté pour toi ?

— Ne l’aperçois-tu pas ?

— Ta culotte ne gonfle pas.

— La mauvaise sournoise, elle regardait.

— Pardine, qu’aurais-je fait pendant que tu te livrais à ce siège en règle sous mes jupes ?

— Touche par-dessus la culotte, et tu verras si ça n’a pas gonflé.

Elle porta bravement la main sur les jambes de Célestin, en ayant l’air de se pencher par la portière pour examiner quelque chose dans la rue, et lui palpa la queue par-dessus le vêtement.

— Tu as gonflé ! dit-elle. Quel homme ! Si je compte bien, tu as baisé deux fois.

— Trois fois.

— Alors Rita a sacrifié avant de dormir, puis au réveil ; mes compliments, mes amours ! Tu m’avais cependant bien servie. Ah, ça y est, gare Saint-Lazare !

On sauta à bas de la voiture, et peu après Clotilde disparaissait dans les salles d’attente, tandis que Rita et Célestin se dirigeaient vers le manège.

Rita y prit une bonne leçon. Elle montrait de grandes dispositions pour le cheval, s’exaltant à la pensée des promenades qu’elle ferait au Bois en compagnie de Célestin, se promettant toutes sortes de plaisirs dans la culture des exercices physiques qu’il se proposait de lui enseigner. Même l’escrime et la boxe, il voulait la doter de forces solides, pour qu’elle fût une femme d’aplomb, capable de se défendre en tout. Et cela enchantait la petite.

Ce soir-là ils avaient sommeil, la fatigue agissait-elle ? Ils se couchèrent en gens sages, chacun dans leur chambre. Il y a de ces répits, répits qui ne prédisposent que davantage aux joies du lendemain.

Au matin, Rita s’éveilla dans la meilleure des dispositions d’esprit. Elle sentait la vie l’envahir par tous les pores, et se contemplant toute nue dans sa psyché, après sa toilette, elle porta avec émotion la main à ses seins qui lui parurent plus ronds, plus accentués, à ses hanches s’harmonisant déjà comme celles d’une femme.

Elle avait pas mal chevauché dans ces quelques jours, la nature agissait et murissait le fruit.

Pendant qu’elle s’admirait, se souriait, Annette entra, apportant sur un plateau son déjeuner qu’elle avait demandé avant de passer à sa toilette.

Elle n’y songeait plus, et elle rougit lorsqu’elle vit le regard d’Annette s’attacher sur tout son corps, tandis qu’elle déposait le plateau.

— Ah, vous êtes femme, mademoiselle Rita ! murmura-t-elle. Vous me pardonnez pour hier ?

— Non, jamais.

Elle ramassa sa chemise qui gisait sur un fauteuil, la passa, courut à son lit et commanda :

— Je vais manger ici, dans mon lit, servez-moi.

Annette s’empressa d’obéir, et l’aida à s’installer commodément. Elle grignotait plus qu’elle ne dévorait.

Comme Annette plaçait sur une tablette, près du lit, des assiettes de gâteaux, elle envoya la main sous ses jupes et lui saisit le cul, qu’un pantalon ne garantissait pas contre l’attaque.

— Oh, murmura la femme de chambre, c’est vous qui me cherchez !

Elle se pencha brutalement sur le lit, enleva ce qui la gênait, souleva draps et couvertures, et comme une louve affamée, happa dans sa bouche la motte de Rita, qui se dressa sur les reins, la laissa fourrager un instant, puis la repoussa en disant :

— Allons dans le petit salon, mon tuteur pourrait s’éveiller.

Elles y coururent, elles étaient maîtresses de la maison, Félicité s’occupant des diverses courses au dehors avec la cuisinière, Célestin dormant encore au moins une ou deux heures.

Dans le petit salon, Rita accroupie sur le tapis, dit :

— Donne ton cul.

— Il vous a plu ?

— Oui, il est le plus beau que j’ai vu.

— Vous en avez vu d’autres ?

— Tu le supposes bien.

Le fait est qu’Annette était très dodue et d’une fermeté de chairs remarquable. Elle développa les hanches, et Rita lui demandant de se tenir troussée, elle fut bien vite léchée par devant et par derrière.

Mais elle voulut à son tour la peloter, et elle s’écroula sur le tapis, lui apprenant ainsi la position du soixante-neuf. Ce furent des torrents de caresses qui les poussèrent à s’étreindre les jambes, à s’appeler des plus doux noms.

Les différences sociales disparaissaient devant la luxure, et les âges s’accordaient pour apporter de l’aliment à la surexcitation des baisers.

Annette avait à peine vingt-trois ans, elle était belle et robuste, elle se pâmait à cette jeunesse qui fleurissait, qui sortait à peine de l’enfance ; et Rita, avec ses quatorze ans et demie, empiétant sur les années par l’expérience qu’elle acquérait dans son vice et dans le contact de Célestin, trouvait dans Annette un instrument qui vibrait plus à son unisson que Finette dans le passé, que ses amies Agathe et Bernerette.

Elle se recroquevillait sur elle-même pour ressaisir ce cul que ses doigts pinçaient par moments, et elle bondissait sur la croupe d’Annette qui cédait à son impulsion, se roulait sur le tapis comme une balle de caoutchouc ; puis, Annette, soulevant le cul en l’air, se tendait sur les bras appuyés au sol, poussait Rita sur le côté, et d’un habile coup de jambe lancé en dessous, l’embarrassait dans ses jupes, où elle allait la cueillir, pour s’emparer de son jeune conin et s’en repaître à bouche que veux-tu.

— Est-il possible, dit-elle au milieu de ces ivresses, qu’à ton âge tu aimes déjà tant à t’amuser !

— Si je l’aime, Annette, si je l’aime, je voudrais toute la journée et toute la nuit ne faire que ça.

— Et déjà dépucelée !

— Et toi ?

— Oh moi, je l’ai été aussi très jeune.

— Dis, dis comment !

— À l’école, par le curé.

— Le curé !

Elles risquaient de s’oublier, Annette s’arracha à ces tendresses, et rappela à sa petite maîtresse que l’heure où s’éveillait Célestin, approchait.

Instantanément elle fut sur pied, se rajusta le peignoir, et se sauva en disant :

— Toi, ça me plaît ! Mais la Finette, je ne voudrais pas, je ne voudrais pas, elle m’ennuie. Tu l’empêcheras de m’embêter, dis ?

— Tout ce qu’il dépendra de moi, je le ferai ; mais vous serez gentille ?

— Oh oui ! Un dernier baiser à ton petit con pour te le prouver.

— Non, non, assez, ou sans cela nous recommençons.

— Donne ton cul, alors.

— Tenez, le voilà.

— Ô, la belle lune !

— Toute ronde, la vôtre se lève.

Dans sa chambre, Rita très surexcitée, caressant l’espoir que Célestin l’appellerait ou qu’elle trouverait un prétexte pour aller l’éveiller, se replaça toute nue devant sa psyché, et de nouveau étudia son jeune corps, examina s’il prenait de l’ampleur.

Elle s’affirmait femme dans l’admiration qui lui naissait pour ses chairs, pour ses formes graciles, mais arrondies, et elle s’adressait des mines, des sourires, se tripotait les poils, le conin, les fesses, essayant de distinguer dans ses plus intimes replis les mystères de sa féminité.

Dix heures sonnèrent : elle tressaillit et regarda la porte de Célestin, elle demeurait close.

Elle mourait d’envie de courir se faufiler dans son lit ; Célestin, qui connaissait la limite des libertés à accorder, lui avait défendu depuis la veille de se présenter chez lui le matin, autrement qu’à son appel, lui recommandant de se livrer plutôt au repos, afin de reconstituer ses forces et de ne pas s’éreinter.

En cela, il se montrait prudent. Aujourd’hui Rita l’enfiévrait ; s’il abusait de cette fièvre pour se soumettre même aux caprices de l’enfant, il risquait deux choses : ou rencontrer la lassitude, ou bien s’affoler et dépérir dans les orgies ininterrompues de la chair qu’elle provoquerait.

Rita eut un serrement de cœur. Quoi, il ne l’avait pas baisée en se couchant, et il ne la baiserait pas en se levant !

Encore sous l’impression des multiples plaisirs éprouvés durant la soirée passée avec Clotilde et Clément, encore sous le charme de la fougue qui s’ensuivit chez son amant, elle ne comprenait pas la nécessité de ces entr’actes.

Elle n’avait qu’à se résigner, d’autant plus qu’elle l’entendait remuer dans sa chambre, aller et venir comme quelqu’un qui s’habille.

Àson grand regret elle fit de même.

Elle devait avoir des surprises dans cette journée.

En effet, au déjeuner, Célestin lui dit qu’une lettre, reçue dans son courrier, l’obligeait à se rendre à une réunion de savants, où il avait à lire un rapport sur son dernier voyage, et qu’il la rejoindrait au manège.

— Voilà, ajouta-t-il, une occasion pour toi de t’habituer à l’esprit d’initiative d’une jeune femme, qu’il te faut appliquer à devenir. Acclimate-toi à la vie parisienne. Va seule au manège, soit à pied, soit en voiture ; tu t’accoutumeras à marcher dans la rue, à te considérer comme une personne sensée, et tu apprendras à te défendre contre toute sottise qui t’exposerait à me mécontenter et à nous brouiller. Si cependant tu ne t’en sens pas encore le courage, Annette t’accompagnera.

Sortir seule ! Cela effaça l’ennui qu’elle ressentait à se séparer pour la première fois, et pendant quelques heures, de son ami. L’enfant reparaissait ; elle se faisait un monde de cette liberté qu’on lui octroyait. Elle sauta au cou de Célestin et lui dit :

— Oh oui, oui, je sortirai seule à pied, je serai contente de me croire tout à fait une femme.

— Tu l’es, ma chérie.

Elle réfléchit, puis répliqua :

— Sous les jupes, c’est vrai ; mais je n’ai pas les tétés de Clotilde.

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