‹ Débauchées précocesChapitre 16 sur 19 · Tome 2 · Chapitre 7

Tome 2 · Chapitre 7

Elle remonta chez Célestin à neuf heures bien sonnées et le trouva dans une affreuse perplexité, craignant qu’il ne lui fût arrivé malheur, ne sachant que penser de l’assurance du concierge qui affirmait l’avoir vue rentrer, de la négation de ses servantes attestant que Mademoiselle était partie depuis deux heures de l’après-midi et n’avait plus reparu, de la communication de Clément qui certifiait l’avoir accompagnée au manège et ne plus l’avoir revue.

Il y avait une demi-heure qu’il faisait son enquête, il allait courir aux renseignements, elle arriva comme si de rien n’était.

— Toi, d’où viens-tu, s’écria-t-il !

— De dîner.

— Malheureuse enfant, n’aurais-tu pu m’aviser où tu étais : je ne savais qu’imaginer.

— Tu me croyais perdue et tu me regrettais ; ah, mon cousin que je suis heureuse d’être aimée à ce point.

— Viens t’expliquer par ici ! Vous pouvez vous retirer, Félicité, Annette.

— Oui, allez-vous-en, nous n’avons pas besoin de vos services.

Il l’entraîna dans sa chambre et la pressant contre sa poitrine, tandis qu’elle lui rendait ses baisers, il demanda :

— À quel restaurant as-tu dîné ?

— Oh, pas au restaurant.

— Que dis-tu, on t’a invitée !

— Eh oui.

Elle rit comme une folle et ajouta :

— Si tu savais comme je me suis amusée !

Il éprouva un serrement de cœur, la regarda dans les yeux et murmura :

— Tu as fait des sottises.

— Non, non, je me suis amusée, tu me l’as permis ! Et puis, c’est un de tes amis, il paraît.

— Un de mes amis !

— Oui, au premier, monsieur de Beaumelon.

— Tu t’es arrêtée chez monsieur de Beaumelon !

Allait-il la tuer ! Il en eut la fugitive tentation. Elle le domina de son rire enfantin, de son allure libre et gouailleuse.

— Ah, Célestin, tu es le roi des hommes ! Il n’y a que toi pour bien te servir du plaisir !

La retirer de dessus ses genoux, c’était lui révéler la sourde colère qui le gagnait et tarir le cours de ses confidences : il importait qu’il connût tout de cette équipée et aussi de sa rencontre avec Clément et Arthur, il reprit :

— Tu as donc dîné chez monsieur de Beaumelon !

— Oui, et avant il m’a mené près du feu, et là, on s’est amusé ! Je l’ai laissé faire, parce que je m’ennuyais d’être seule, et puis, il a été gentil, gentil tout plein. Il aurait bien voulu me dépuceler le cul, mais ça, c’est défendu, on verra quand tu l’auras fait, toi ! Tu ne sais pas ? Il va me commander un costume de Pierrot, tout en soie rose, avec une chemise qui ne descendra pas plus bas que le commencement des fesses ; le pantalon sera ouvert par derrière, pour qu’en marchant le cul sorte ; et la blouse, taillée de telle manière, qu’en tirant les pans par devant, on puisse le montrer en entier. Alors, il dit qu’on rigolera à vouloir le mettre et à disputer pour qu’on ne le mette pas.

Mais, comme elle se penchait sur Célestin, elle reçut tout à coup une grosse paire de gifles et elle se trouva debout, saisie de frayeur aux injures qu’il lui criait, à la brutalité avec laquelle la prenant par le bras, il lui allongea le pied dans le derrière, et la poussant dans sa chambre, tout en disant :

— Sale petite vermine, crois-tu que je t’ai sortie de chez les Maupinais, pour aller faire la putain avec les jeunes garçons et les vieux salops ! Je t’ai prise pour être à moi, pour m’appartenir à moi et non pour galopiner avec qui que ce soit. Je t’en ficherai des costumes de Pierrot, tiens, voilà pour ton cul, et de suite au lit, que je ne t’entende plus, que je ne te voie plus.

Le pied frappait en plein derrière, par dessus la belle robe, et la fillette épouvantée, courait vers sa chambre en pleurant, geignant :

— Ah ben, en voilà une, je savais bien qu’il ne fallait pas dire ces choses-là, mais on n’y comprend plus rien. Oh là, là.

Une dernière poussée, suivie d’un long coup de pied, l’envoya presque rouler au milieu de sa chambre, et la porte de communication se referma bruyamment.

Elle demeura un moment aplatie sur le tapis, se demandant si elle vivait ou si elle était morte.

Elle n’avait heureusement buté contre aucun obstacle et s’était seulement abattue sous l’impulsion. Elle entendit Célestin qui continuait à crier :

— Toutes des putains ! C’est dans le sang de la femme ! Cette morveuse, cette rien-du-tout se sent à peine le bout du nez et ça putasse déjà ! Un costume de Pierrot ! Je t’en foutrai des culs à montrer sous une blouse dont on tire les pans en avant !

Puis plus rien.

Elle était toute étourdie ! Que signifiait cette colère ? Ne l’avait-il pas lui-même livrée à Clément ! Eh bien quoi ? Quelle différence établissait-il pour Henry de Beaumelon ? Elle croyait bien agir en ne pas mentant, en ne pas cachant cette histoire, au contraire, et voilà ce qui en résultait.

Elle se souleva, en disant :

— Ah, je m’en souviendrai, on ne m’y repincera plus à conter ça !

La pensée de renoncer à une aventure, qui se présenterait dans les mêmes conditions, ne lui vint pas. Elle ne voyait que le mystère auquel l’obligerait la violence de Célestin.

Il était bien méchant, Célestin ! Mais chose très, très naturelle, elle ne gardait aucune rancune de la scène, ni des coups qu’elle avait reçus ; elle en riait même, en reprenant peu à peu ses idées, et elle murmura :

— Il a été jaloux, il m’aime pour tout de bon.

Elle se déshabilla, se coucha, et, seule dans son lit, la tristesse la saisit et elle se mit à pleurer.

Enfant et femme, elle subissait la fluctuation de ses instincts et de ses désirs.

Dormir ainsi, brouillée avec Célestin, elle ne le pouvait pas.

Comment faire ? doucement, sur la pointe du pied, elle vint rouvrir la porte de communication et l’aperçut au lit, lisant un journal.

En appelant à toute son énergie, elle pénétra dans la chambre, s’avança jusqu’au milieu, et là, se laissant tomber sur les deux genoux, en chemise, elle pleurnicha :

— Pardon, Célestin, pardon, j’ignorais le mal que je commettais ! Tu n’as qu’à me défendre ce que tu ne veux pas que je fasse et je t’obéirai.

Il laissa glisser le journal et la considéra froidement dans l’humilité de sa pose, les mains jointes, le corps penché en avant. La chair lui parlait et c’était là surtout la cause de sa grande colère. Cette première séparation avec cette enfant dont il dirigeait la luxure, lui avait ravivé les ardeurs que, depuis la veille, il estimait assoupies. Il était revenu avec la folle espérance de la posséder brutalement telle qu’elle serait, en toilette ou déshabillée, et voilà qu’il avait été inquiet, qu’il avait eu peur de la perdre ; voilà qu’elle s’abandonnait à un autre, à un inconnu, dans la maison même et à l’instant où tout son être aspirait à sa possession.

Il avait vu rouge, Rita frôla la mort.

Allait-il céder ! Il entrevoyait ses jeunes bras nus, son cou délié et fin, sa brune chevelure ; il entendait sa voix harmonieuse continuant de supplier.

— Voyons, dis, pardonne-moi, tu m’as battue, tu as bien fait, bas-moi encore, si tu veux, mais pardonne-moi. Y a-t-il de ma faute si j’ai accepté ? Sois juste, Célestin, tu me l’as permis pour Clément. Et, qu’est-ce que monsieur de Beaumelon auprès de toi, auprès de Clément même ? Clément a dû te le conter, puisque tu t’es informé s’il ne m’avait pas vue, je me suis promenée avec lui et un de ses amis, et son ami aurait bien voulu, je n’ai pas voulu, moi !

— Gueuse.

— Pourquoi cela ? Cela te soulage-t-il de m’injurier ! Soit, injurie-moi, mais pardonne.

Il avait répondu, il ne s’était pas jeté sur elle pour la flanquer dehors : sur les genoux, elle se rapprocha du lit et dit :

— Célestin, pardon, pardon, j’ai envie de toi, et tout ce que tu voudras, je le ferai, pour que tu me pardonnes, même si tu me tues en enfonçant ton machin par derrière. Aujourd’hui, je n’aurais pas peur, dis, dis, ne sois pas méchant.

Non, il ne devait pas céder ! Il s’exposait à ce qu’elle acquît l’expérience des séductions, des moyens par lesquels on s’impose à un homme. Et, il entendait qu’elle fût son sujet, sa chose, son esclave, non sa tentatrice.

Dédaigneusement, il lui tourna le dos, lui montra le cul et répondit :

— Petite saleté, ton cul, je n’en veux plus. Tu revêtiras ton costume de Pierrot et tu le porteras à monsieur de Beaumelon et tu habiteras avec lui, si je te chasse de ma maison, à moins que je ne te remette dans une pension. Ton cul ! Tiens, si tu as envie de moi, lèche le mien et va te coucher, c’est tout ce que je t’accorderai.

Elle se dressa sur le champ, lui prit les fesses dans ses bras et les embrassa avec frénésie, puis lécha vigoureusement, et il sentit des frissons qui lui secouaient l’épiderme : malgré sa volonté, il banda ferme, une main de la fillette arriva jusqu’à sa queue pour la caresser, il l’en empêcha et dit :

— Lèche, lèche mon cul, tu n’auras rien autre.

Elle eut une inspiration : elle défit sa chemise qui tomba à ses pieds, et appuyant la pointe d’un de ses seins dans la raie, murmura :

— Célestin, si tu regardais, tu verrais : ils poussent.

Il ne fut pas maître d’un mouvement de curiosité ; il se tourna et l’aperçut toute nue, tenant les seins dans les mains, les seins mignonnets et non encore grossis, comme elle le prétendait, s’accusant davantage, fruits mûrissant vite sous les brûlures de la volupté ; il répondit :

— Tu as assez léché, va-t-en, demain dans la journée je déciderai à ton sujet.

— Tu ne pardonnes pas ce soir ?

— Va-t’en.

— Tu es un cruel.

Elle ramassa sa chemise, se recula pas à pas, espérant un rappel, elle retourna dans sa chambre, se recoucha, ayant oublié de refermer la porte de communication et elle l’entendit qui réparait cet oubli. De nouveau, elle pleura, n’ayant pas réussi dans sa tentative.

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