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SEPTIÈME CHAPITRE

ON ne pourra jamais trop admirer les Images et les Préludes. Ici encore, Debussy accomplit une époque et en ouvre une autre. Personne avant lui n’a écrit pour le clavier comme il l’a fait. Qu’importe, çà et là, si telle harmonie, tel dessin l’ont annoncé, ou telle arabesque dans Chopin, dans Schumann ou dans Liszt même ? Un trait ne suffit pas à créer une forme. Debussy a créé une forme pour la musique de piano. Nul n’a compris cet instrument comme lui. Liszt, grand maître et grand esprit à l’orchestre, tendait un peu trop à donner, sur le piano, l’impression de tout l’orchestre en effet : en somme, le piano est alors un orgue à percussion, avec le caractère neutre et uniforme de l’orgue, cet organe presque abstrait de la quantité sonore. Debussy a conçu le piano comme un instrument original, d’une sonorité variable et d’un timbre propre, où les cordes frappées ne sont pas capables seulement de résonances, mais du chant même et de l’enchaînement bien lié qui est réservé au quatuor. Son style n’est jamais du virtuose : il y montre une science et une habileté sans pareilles. Il obtient beaucoup avec peu, et tout parfois avec rien. Il va de la grâce la plus légère et la plus vaporeuse à l’extrême puissance. Dans l’impalpable, il est le maître souverain. Il n’a pas son second pour évoquer les sentiments dans les formes. Toute peinture est grossière près des mirages qu’il évoque. La joie de l’art est à son comble quand tout est d’autant plus réel qu’il est une création spirituelle et que la réalité tient à la seule imagination. La Cathédrale engloutie est la plus belle pièce pour l’instrument qui ait été écrite depuis l’opus 111 : elle n’y ressemble pas plus qu’une folle verrière à une fenêtre romane, massive et sombre. La Cathédrale engloutie est le prélude de Lohengrin, dont notre Debussy a fait don, un beau jour, à la musique de piano. Elle en a l’architecture, la force concise, la sobre abondance et la plénitude. Et les deux édifices semblent issus de la même idée originale. Au piano, comme dans le poème vocal, rendez-vous compte, enfin, que Debussy est l’un des plus grands poètes lyriques de tous les temps.

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