DES CAUSES DE L’INFÉRIORITÉ DE L’AGRICULTURE FRANÇAISE · HISTORIQUE DE L’ÉTAT AGRICOLE
L’Agriculture, naquit des besoins toujours croissants que ressentirent les premières populations, qui ont peuplé le globe et cela à mesure que la race humaine s’étendit et que les produits naturels du sol : fruits et racines, devinrent insuffisants.
La nécessité, la crainte de la famine, sources naturelles de tout génie né du besoin, suggérèrent bientôt aux hommes des premiers âges l’idée de la création de ressources artificielles, afin de combler le déficit augmentant chaque jour, vu la production restreinte des aliments qui se présentent spontanément et sans le secours d’aucune culture et l’augmentation progressive des populations.
Les premiers peuples qui possédèrent quelques notions sur l’Agriculture, furent les Ariaques, nombreuses tribus qui peuplèrent d’abord les pays ou plutôt la belle presqu’île située entre le Tigre et l’Euphrate, deux grosses rivières, formant par leur jonction le Chat-el-Arab actuel. Ce territoire, qui d’après les Écritures était voisin de la tour de Babel, porta différents noms. Ce fut d’abord la Mésopotamie ou pays entre les fleuves, puis la Babylonie, l’Assyrie etc, suivant les fluctuations des peuples conquérants, qui exercèrent tour-à-tour leur suprématie sur ces belles contrées.
Déjà, sous le premier empire Babylonien, sous le règne de Sémiramis-la-Grande, l’agriculture de ces riches contrées avait fait de grands progrès, (le tout relativement, à la date récente de la Création de l’art de l’Agriculture), car les historiens rapportent que le pays était entrecoupé de nombreux canaux qui répandaient partout, (par leurs eaux salutaires), la fertilité, et l’abondance. Le froment y était cultivé et rapportait jusqu’à 300 pour un, de nombreux palmiers y fournissait un vin agréable au goût.
La fertile vallée de l’Égypte ancienne, était coupée par de nombreux canaux d’irrigation, pour la distribution des eaux du Nil et Mœris, l’un de ses rois, en creusant dans les sables de la Lybie le lac qui porte son nom (dans le but de modérer les débordements du fleuve) mérita ainsi le titre de bienfaiteur de l’humanité. Sous le règne d’Amasis, la vallée du Nil, comptait 20000 villes et les campagnes fertiles produisaient outre la quantité de grains nécessaire à l’alimentation d’une si nombreuse population, des oliviers et des palmiers dont on exportait au dehors les produits.
La Grèce, peuplée par des colonies Égyptiennes, emprunta à ce pays, les progrès qu’il avait faits dans diverses sciences et importa le mode cultural de l’Égypte.
Cérès, qui d’après d’autres traditions, apprit aux colonies de l’Attique la culture du blé, fut divinisée. On lui éleva des temples dans diverses villes. On la représenta tenant une faucille d’une main et une gerbe de blé de l’autre.
L’Agriculture avait précédé la fondation de Rome sur cette partie du monde connu ; car les opulentes cités de la Grande-Grèce, les républiques de la Sicile, formaient des populations condensées, ayant besoin pour subsister d’une terre féconde et bien cultivée.
La Sicile surtout, déjà si peuplée était d’après le dire d’un historien, le grenier de l’inculte Italie.
Après cet exposé succinct, de l’enfance de l’Agriculture comme art ; examinons quelle place elle tenait dans les mœurs des anciens peuples.
En Égypte, le peuple formait trois classes savoir : 1 les Prêtres ; 2 les Guerriers. Ces deux classes possédaient tout le sol, mais ne le cultivaient pas. La 3 classe, celle des laboureurs, ne possédait pas de terres, mais elle cultivait, (exclusivement d’aucune autre occupation) les terres des deux autres classes et cela moyennant une redevance.
Primitivement en Grèce, l’Agriculture était l’œuvre de tous les citoyens ; chacun y cultivait sa terre, nul ne pouvait l’aliéner, mais tous les citoyens de ces Républiques devaient le service militaire ; l’Agriculture y était honorée.
De longues guerres épuisèrent bientôt la Grèce. La population s’éclaircit et les terres devinrent la propriété de quelques riches. L’opulence due à des guerres heureuses, étouffa leurs nobles sentiments primitifs, et l’on vit bientôt les vrais Grecs quitter la culture pour le commerce ou exercer des emplois publics. Alors naquit en Grèce l’esclavage, qui déjà se pratiquait en grand chez les peuples énervés de l’Asie. Des esclaves, provenant soit des peuples vaincus ; soit achetés au dehors et connus sous le nom d’Ilotes, cultivèrent les terres des riches dont ils étaient la propriété.
À Rome, lors des jours heureux de la République, l’agriculture était en honneur et l’histoire cite Cincinnatus et Régulus. Le premier était occupé à labourer sur les bords du Tibre, son champ, lorsqu’on vint le chercher pour commander les légions romaines. Aussitôt la guerre finie, il retourna continuer ses labeurs.
Le Sénat Romain, fit cultiver aux frais du trésor, le champ de Régulus, pendant le temps que celui-ci était allé porter la guerre jusqu’en Afrique.
Mais plus tard, les guerres incessantes soutenues contre les peuples voisins, produisirent ce qui avait eu lieu en Grèce. Les citoyens Romains étaient en petit nombre, on implanta des peuples vaincus, des barbares qui cultivèrent les terres et furent considérés comme des colons, cultivant les terres des patriciens et des riches. Cette sorte d’esclavage était beaucoup atténuée par les Édits Romains ; qui pour empêcher la famine, allégeaient beaucoup les charges des colons.
Tel était l’état de l’Agriculture, lorsque disparut l’Empire Romain, sous le flot immense et destructeur de tous les Barbares. Le pillage et la désolation régnèrent bientôt dans tout ce vaste Empire Romain, dont toutes les frontières furent attaquées à la fois. Avec lui périt l’Agriculture.
Après la conquête de la Gaule par les Francs, le régime du colonat, qui appartenait aux vieilles institutions Gallo-Romaines, fut maintenu et des lois spéciales réglèrent l’Agriculture.
Charlemagne, dans ses Capitulaires accorda de grandes franchises à la classe qui travaillait le sol. Le progrès fut bientôt arrêté par la mort de ce grand prince, dont l’œuvre inachevée tomba bientôt comme toutes les belles choses qu’il avait créées. Ses successeurs qui, pour la plupart, étaient des princes faibles, afin de se faire des partisans et de récompenser ceux qui s’étaient dévoués à leur service, leur donnèrent des terres à la condition d’en faire hommage au roi, comme leur suzerain.
Cette façon d’agir amena bientôt la ruine de la dynastie Carlovingienne, et l’un des plus puissants vassaux, Hugues-Capet, s’empara du pouvoir et se fit sacrer roi. Il en résulta que la France, fut partagée en une foule de duchés, comtés, marquisats, etc, dont chaque propriétaire, s’érigeait maître chez lui.
D’un pareil état de choses, naquirent des querelles, des haines héréditaires entre rivaux et une longue suite de guerres, entre seigneurs jaloux et puissants, bataillant chaque jour contre leurs voisins. Alors fut institué le vasselage. C’était le colonat modifié.
Le Seigneur donnait ses terres à cultiver aux serfs de ses domaines et comme redevance prenait le dixième des produits, que le serf devait prélever et conduire chez le Seigneur avant de serrer sa propre récolte.
Les peines les plus sévères étaient infligées aux contrevenants. Enfin les Seigneurs établirent une foule de lois et coutumes vexatoires, qu’il serait trop long d’énumérer. On était alors au dixième siècle ; siècle d’ignorance et de superstitions grossières, qui fut surnommé le siècle de fer.
On peut juger par là, de l’état de l’Agriculture à cette époque. Presque toutes les terres étaient en friche, et les famines régnaient souvent au milieu des guerres intestines, qui désolaient le beau pays de France.
Sous Louis-le-Gros, avec l’affranchissement des communes, la France commence un peu à respirer, mais toutefois la féodalité est tellement enracinée, que ni les croisades, ni les proscriptions de Richelieu, ne purent l’abattre. Sous Richelieu et Colbert, l’Agriculture se releva un peu ; mais elle ne tarda pas, comme le commerce et l’industrie, à être sacrifiée aux longues guerres de Louis XIV, et au luxe de la cour de ce dernier et de son successeur, Louis XV, qui acheva la ruine du pays.
Alors apparaît la grande Révolution de 1793, qui détruisit les vieilles lois et coutumes, abolit les droits de dîmes et de terrages. Puis succèdent les longues guerres de l’Empire, qui enlevèrent à la culture, tout ce qu’il y avait de travailleurs du sol. Cette période, ne pouvait être guère favorable aux progrès d’un art, qui ne peut vivre de concert avec la guerre.
La Restauration donne quelque repos à la France, qui dut payer alors des milliards aux souverains alliés. Enfin, depuis ce temps, la culture française est sortie sur quelques points, de l’ornière profonde où l’avaient plongée la féodalité et une routine aveugle, fermant obstinément les yeux sur l’avenir.
C’est en marchant sur les traces de l’Angleterre et de l’Allemagne, dont elle a pris, comme à regret, le chemin dans la voie lente du progrès, que la France, doit de présenter une situation agricole, sinon brillante, mais en général presque satisfaisante.
Suivons la route si péniblement tracée par l’Angleterre et l’Allemagne, profitons de leur travail, évitons les erreurs où elles sont tombées et bientôt marchant à grands pas dans cette voie, qui nous sera bientôt familière, nous égalerons les puissances qui nous y précèdent et assurerons le triomphe du génie et de la persévérance, sur la matière inerte, sur le sol, qui souvent ne demande pour fructifier qu’un peu de travail et de patience.