I
=I= euphonique.—Dans certains dialectes wallons on intercale souvent un i entre deux voyelles qui se suivent dans le même mot ou entre deux mots placés l'un à la suite de l'autre; cet i que l'on pourrait appeler euphonique, semble avoir pour but de faire disparaître l'hiatus; mais, quoi qu'il en soit, il est fautif et il faut soigneusement l'éviter.—Prononcez donc Caïn, Noé, Noël, Saül, Canaan, Napoléon, un-à-un, prier, prière, crier, oublier, oublieux, il cria, ils crièrent, ouvrier, linéaire; et non, Caïe-ïn, Noïé, Noïel, Saïul, Canaïan, Napoléïon, un-à-ïun, pri-ïer, pri-ïère, cri-ïer, oubli-ïer, oubli-ïeux, il cri-ïa, ils cri-ïèrent, ouvri-ïer, liné-ïaire.—Dites encore: cet homme est né à Ans, à Anvers; et non, à ïAns, à ïAnvers;—j'ai été à Ostende, à Arlon, et non, j'ai ïété à ïOstende, à ïArlon;—il est allé avec son papa et sa maman, et non, il est allé ïavec son papa ïet sa maman.
2. Cette sorte d'i est également fautive dans la prononciation du latin; vous direz donc De-us, me-us, grati-a, glori-a, benedicti-o, di-es, terti-us, confite-or, etc., et non, De-ïus, me-ïus, grati-ïa, glori-ïa, benedicti-ïo, di-ïes, terti-ïus, confite-ïor.—Voyez u.
=Ibidem=, signifie dans le même lieu; idem, la même chose; item, de plus.—Prononcez ibidème, idème, itème.
=Ichneumon=, s. m. (rat, insecte), ichonographie, s. f., (plan d'édifice), ichnographique, adj.; ichoreux, euse, adj. (séreux et âcre); ichthyolithe, s. m., (poisson pétrifié), ichthyologie, s. f., (histoire naturelle des poissons), ichthyologique, adj., ichthyologiste, s. m. (celui qui étudie l'ichthyologie), ichthyophage, s. m. (qui vit de poissons):—dans tous ces mots ch se prononce k.
=Ici.=—Ne dites pas: ces livres ici, ces jours ici, ces enfants ici, mais, ces livres-ci, ces jours-ci, ces enfants-ci.
2. Ne dites pas: d'ici à là nous comptons deux lieues; dites, d'ici-là...; mais il faut dire, d'ici à demain, d'ici à Tongres.
3. Ne dites pas non plus: ici à Liége on dîne vers une heure; mais, à Liége on dîne vers une heure.
=Idéal, ale=, adj.—L'Académie ne dit pas si cet adjectif a un pluriel masculin; Buffon a dit, des êtres idéaux et la plupart des grammairiens approuvent ce pluriel.—Prononcez idéal et non idé-ial.
=Idée.=—On a dans l'idée ce qu'on pense, ce qu'on croit; on a dans la tête ce qu'on veut, on y travaille: nos imaginations, nos espérances, nos pensées sont dans l'idée; nos desseins, nos projets, nos résolutions sont dans la tête.
2. Ne dites pas: cela m'est sorti de l'idée; dites, de la mémoire; ou bien, était sorti de ma mémoire; ou bien, je n'y pense plus.
3. Ne dites pas: l'idée lui a pris d'aller à Verviers, mais, il lui a pris l'idée, l'idée lui est venue, il a pris la résolution, il a formé le projet de...
4. Ne dites pas: vous ferez mon habit une idée plus grand, une idée plus petit; dites, ... un peu plus grand, un peu plus petit.
=Idem=, le même: prononcez idème et voyez ibidem, item.
=Idiotisme.=—C'est une façon de parler propre au génie particulier de chaque langue, et qui, traduite mot à mot dans une autre langue, passerait justement pour une locution barbare.
2. Anglicisme, idiotisme de la langue anglaise; Flandricisme, idiotisme de la langue flamande; Gallicisme, idiotisme de la langue française; Germanisme, idiotisme de la langue allemande; Hébraïsme, idiotisme de la langue hébraïque; Hellénisme, idiotisme de la langue grecque; Hispanisme, idiotisme de la langue espagnole; Latinisme, idiotisme de la langue latine; Lusitanisme, idiotisme de la langue portugaise; Wallonnisme, idiotisme de la langue wallonne.
Prononcez, idiotis-me, wallonnis-me, flandricis-me, gallicis-me, etc.; et non, idiotisse, wallonnisse, flandricisse, gallicisse, ni idiotim-se, wallonnim-se, flandricim-se, gallicim-se.
=Idole=, s., est féminin: une idole de bois; on le faisait autrefois du masculin.
=Ie.=—I, suivi d'un e muet, se prononce long et l'e ne se fait pas entendre du tout; il faut se garder aussi de faire sentir un second i après l'i: Marie, prononcez Marî (î long); vie, vî (î long); envie, envî (î long); Julie, Julî (î long); Italie, Italî (î long); il crie, il crî (î long); je me fie, je me fî, (î long); je publie, je publî (î long); punie, punî (î long); crucifiement, crucifîment (î long); maniement, manîment (î long); je prierai, je prîrai (î long), etc.—Mais ne prononcez pas: Mariïe, viïe, enviïe, Juliïe, Italiïe, il criïe, je me fiïe, je publiïe, crucifiïement, maniïement, je priïerai, etc.—Voyez ée, oue, ue.
=Ié, Ier, Iez.=—Prononcez ami-ti-é, cabare-ti-er, charcu-ti-er, vous ache-ti-ez, vous je-ti-ez, etc., et non, cabaretchier, amitchié, charcu-tchier, vous ache-tchiez, vous je-tchiez, etc.—Voyez ti et di.
2. Prononcez de même: pa-nier, de-nier, cordon-nier, der-nier, doua-nier; vous don-niez, vous son-niez, nous son-nions, etc.; et non, pa-gnier, de-gnier, cordon-gnier, der-gnier, doua-gnier; nous don-gnions, nous son-gnions, vous don-gniez, vous son-gniez, etc.—Voyez ni.
=Igname=, s. m., (plante), igné, ée, adj., (de feu), ignicole, adj. (qui adore le feu), ignition, s. f. (combustion):—dans tous ces mots on prononce le g dur: igh'name, igh'né, igh'nicole, igh'nition (à peu près comme ikname, ikné, iknicole, iknition).
=Ignorer=, ignorant, ignominie: prononcez i-gnorer, i-gnorant, i-gnominie, et non, igh'norer, igh'norant, igh'nominie, ni ign'norer, ign'norant, ign'nominie, ni ih'norer, ih'norant, ih'nominie.—Voyez gn.
=Il= pour =On=.—Les flamands disent il sonne, pour, on sonne; il frappe, pour, on frappe, etc.
2. Il (impers.) se dit des choses inanimées et on, des personnes.
3. =Il y a.=—Ne dites pas: c'est aujourd'hui un an que mon père est mort; mais, il y a aujourd'hui un an... (Fland.)
=Ill=, au commencement des mots, ne se mouille pas; il en est de même des terminaisons illaire, illation;—au contraire, illard, illet, illot, illac, se mouillent toujours.
=Illégal=, illégitime, illettré, illicite, illinois, illisible, illumination, illuminer, illustre, illustrer, Illyrie:—dans tous ces mots les deux ll se prononcent;—le plur. masc. de illégal est illégaux.
=Illisible.=—Voyez inlisible.
=Illustré, ée=, adj.—Un ouvrage illustré est un ouvrage orné de gravures, lithographies, portraits, etc.
=Imaginer, s'imaginer.=—Imaginer, c'est se représenter quelque chose dans l'esprit, créer, inventer. Ce verbe ne doit jamais être suivi de que ni d'un infinitif; on ne doit pas dire: j'imagine qu'il le fera; il imagine qu'il est recherché; on doit dire: je m'imagine que... il s'imagine être recherché.—Mais, on imagine des tours, des expédients, de nouveaux procédés, etc., c'est-à-dire, on les invente.
2. S'imaginer, v. a. pr., c'est se figurer une chose, croire, penser, présumer, se persuader; les pronoms me, te, se, etc., sont régimes indirects, et par conséquent le participe ne s'accorde jamais avec eux: ce n'est pas aussi difficile que vous vous l'imaginiez.
3. S'imaginer ne demande point de préposition devant l'infinitif qui suit: on dit, il s'imagine être un grand docteur et non, d'être un grand docteur.
=Iman=, s. m., prêtre turc; prononcez iman et non imane.
=Imbroglio=, s. m., confusion; prononcez imbroillo, ou imbroille, sans faire sentir l'i de io et en mouillant le gl.
=Imiter.=—On dit imiter l'exemple ou suivre l'exemple de quelqu'un. (Acad.)
=Immaculé, ée=, adj., sans tache de péché.—Dans ce mot et dans tous ceux qui commencent par imm, on prononce les deux mm et l'i conserve le son qui lui est propre (ime'maculé, ime'mense, etc., et non ain-maculé, ain-mense).
=Immanquable=, adj., infaillible; prononcez ime-manquable, comme immense et non ain-manquable. Toutefois, Lévy et Bescherelle donnent cette dernière prononciation.
=Immédiat=, adj.—On ne prononce pas le t.
=Imminent, te=, adj.: voyez éminent.
=Immoral, ale=, adj.—L'Académie ne donne point d'exemple du pluriel masculin; cependant rien n'empêche de dire immoraux comme on dit moraux.
=Impardonnable, Pardonnable; Excusable, Inexcusable.=—Une faute est pardonnable ou impardonnable, parce qu'on dit pardonner une faute;—une personne n'est ni l'un ni l'autre, parce qu'on ne dit pas pardonner une personne;—mais une personne est excusable, inexcusable et une faute l'est également, parce qu'on dit excuser quelqu'un, excuser quelque chose.
=Imparfait de l'indicatif.=—Les flamands sont exposés à employer l'imparfait de l'indicatif pour le passé défini ou le passé indéfini; ainsi ils diront: je recevais cette semaine une lettre de mon frère; au lieu de, j'ai reçu cette semaine...;—j'écrivais hier, la semaine dernière une lettre à mon père; au lieu de, j'écrivis hier, la semaine dernière une lettre....—Pour éviter ces sortes de fautes, il est important de bien connaître les règles touchant l'emploi de l'imparfait ainsi que du passé défini et du passé indéfini.
2. Or, l'imparfait de l'indicatif affirme une chose comme ayant eu lieu en même temps qu'une autre chose: j'ai appris que vous étiez malade la semaine dernière; vous écriviez quand je suis entré; je jouais pendant que vous faisiez vos devoirs.—Le passé défini affirme une chose comme ayant eu lieu dans une période de temps entièrement passée, au moment où l'on parle: je reçus une lettre l'année dernière, le mois passé, la semaine dernière, hier. Mais on ne dira pas: je reçus une lettre cette semaine, parce que la semaine où l'on est, n'est pas entièrement écoulée. On ne dira pas même: je reçus une lettre ce matin, parce que, pour employer le passé défini, il faut au moins une nuit d'intervalle entre le moment où l'on parle et celui où la chose a eu lieu.
Le passé indéfini affirme une chose comme ayant eu lieu dans un temps qui est ou qui n'est pas entièrement écoulé: j'ai reçu une lettre la semaine dernière; j'ai reçu une lettre cette semaine.
3. Les flamands doivent également éviter un autre écueil: c'est de remplacer régulièrement leur imparfait par le passé défini, lequel a, comme nous venons de le voir, son emploi bien déterminé: je jouai, quand vous faisiez vos devoirs; vous écrivîtes, quand je suis entré, etc.
=Imparfait du subjonctif.=—C'est une faute d'employer le conditionnel présent ou passé au lieu de l'imparfait ou du plus-que-parfait du subjonctif après les verbes qui gouvernent le subjonctif: je voudrais que vous iriez porter cette lettre à la poste; j'aurais voulu que vous seriez rentré à dix heures; dites, je voudrais que vous allassiez...; j'aurais voulu que vous fussiez rentré...—Cet emploi vicieux du conditionnel pour le subjonctif a lieu ordinairement après un verbe employé lui-même au conditionnel.
2. Beaucoup de personnes prononcent la première et la deuxième personnes de l'imparfait du subjonctif comme la première ou la deuxième personne du passé défini: que j'aima, que tu aimas pour que j'aimasse, que tu aimasses;—que je finis, que tu finis, pour que je finisse, que tu finisses;—que je reçus, que tu reçus pour que je reçusse, que tu reçusses;—que je rendis, que tu rendis, pour que je rendisse, que tu rendisses.
=Impartial=, adj., qui est juste, qui n'est ni pour ni contre quelqu'un; partial, qui est injuste, qui est pour ou contre quelqu'un; impartialité, qualité de celui qui est impartial; partialité, qualité de celui qui est partial.—Nous avons souvent entendu confondre ces mots.
2. L'Académie ne donne point d'exemple du plur. masc.; La Harpe a dit, des juges impartiaux:—en général les grammairiens approuvent ce pluriel.—Le plur. masc. partiaux (de partial) est peu usité.
=Impasse=, s. féminin.—C'est une rue sans issue, ou un cul-de-sac (prononcez cu-de-sac).—Impasse ne signifie nullement impolitesse, injure, insulte, outrage, passe-droit.
=Implicitement, Explicitement.=—Explicitement signifie, d'une manière explicite, développée, en termes clairs, formels, précis, en toutes lettres: ce criminel a explicitement demandé sa grâce.—Implicitement signifie, d'une manière implicite, enveloppée, c'est-à-dire, en termes qui ne sont ni exprès, ni formels, ni clairs: il m'a fait implicitement entendre que je pouvais compter sur lui. —Il faut en dire autant des adjectifs implicite et explicite.
=Impoli, Grossier, Rustique=: voyez rustique.
=Import=, dans le sens de montant, n'est pas français: je vous paierai le montant de vos fournitures et non l'import.
=Importer, Exporter.=—On importe quand on fait arriver dans son pays les productions, les marchandises étrangères: on importe en Belgique le café, le thé.—On exporte, quand on transporte des marchandises, des productions hors d'un pays: la Belgique exporte des armes à feu en Asie, en Amérique, etc.—La différence que nous venons d'établir, s'applique aux substantifs importation et exportation.
=Imposer, En imposer.=—Imposer, c'est inspirer du respect, de la crainte (c'est être imposant): la figure de cet homme impose.—En imposer a été pris souvent dans le même sens, mais il signifie plus exactement tromper, surprendre, abuser, en faire accroire: ne le croyez pas, il en impose; il m'en avait imposé par son air de douceur.
=Impossible=, adj.—Ne dites pas: il m'est impossible de pouvoir vous rendre ce service (pléon. vic.); dites: il m'est impossible de vous rendre ce service, ou je ne peux pas vous rendre ce service.
=Imprégner=, imprégnation: mouillez gn, comme dans ensei-gner; cependant, quelques grammairiens prétendent qu'il faut prononcer impreghnation (g dur).
=Impression.=—Ne dites pas: ce discours m'a fait impression, mais, a fait impression sur moi, m'a impressionné.
=Impromptu=, s. m., ce qui se fait sur-le-champ; vers improvisés: prononcez impromp'tu.
L'Académie écrit impromptu; d'après elle, il s'écrit sans s au pluriel; cependant elle fait remarquer que quelques-uns l'écrivent avec une s: des impromptus (en un seul mot). Nous ferons observer toutefois que in-promptu, conservant sa forme latine, ne peut pas prendre d's au pluriel.
=In=: voyez in-douze.
=Inanimé= (cadavre), pléonasme vicieux; dites simplement cadavre.
=Inattention.=—Ne dites pas: c'est faute d'inattention qu'il a laissé passer cette faute sans la corriger; c'est en effet à cause de son inattention (et non par défaut d'inattention, ou à cause de son attention), qu'il a laissé passer la faute; dites, c'est par inattention ou faute d'attention qu'il a laissé passer...—Voyez faute, 2.
=Incendie=, est masculin: il ne faut qu'une étincelle pour allumer un grand incendie.
2. Ne dites pas: compagnie d'assurance contre incendie; dites, contre l'incendie.
=Incessamment=, signifie sans cesse: il travaille incessamment.—Il signifie aussi sans délai, au plus tôt: nous partirons incessamment; cet ouvrage paraîtra incessamment.—Ne dites donc point: nous partirons très-incessamment, cet ouvrage paraîtra très-incessamment, car cela signifierait très sans délai, très au plus tôt, ce qui est absurde.
=Inclus, Incluse=, part. passé du verbe inusité inclure.—Ci-inclus: cette locution s'emploie comme adverbe (et reste par conséquent invariable), lorsqu'elle précède le verbe ou le substantif: vous trouverez ci-inclus copie du contrat; ci-inclus, vous trouverez copie du contrat.—Néanmoins, si le substantif est précédé d'un article ou d'un adjectif déterminatif, ci-inclus est adjectif et s'accorde, pourvu toutefois qu'il ne commence pas la phrase: vous trouverez ci-incluse la copie du contrat et ci-inclus la copie du contrat.—Après le substantif, ci-inclus est toujours adjectif: la lettre ci-incluse.—Ces observations s'appliquent également à la locution ci-joint.
=Incognito=, s. m., sans être connu: mouillez gn comme dans agneau et ne dites pas incogh'nito, incoknito. (Acad.)
=Inconnu=, demande la préposition à devant son régime, tandis que connu demande la préposition de: il est inconnu à tout le monde; il est connu de tout le monde.—Cependant, en poésie et dans le style soutenu, on peut mettre de devant le régime d'inconnu: l'hymen est inconnu de la pudique abeille. (DELILLE.)
=Inconsolable=, adj.—L'Académie ne le dit pas seulement des personnes, elle le dit aussi de la douleur: homme inconsolable, douleur inconsolable.—Prononcez inconçolable. (s dure) et non inconzolable ni inconsolape.—Voyez consolable.
=Indemne=, adj., dédommagé; prononcez indèm'ne.
=Indemniser= (dédommager), indemnité (dédommagement); prononcez indam'nizer, indam'nité.
=Index=, s. m., table d'un livre, deuxième doigt; prononcez indekce et non indêke.
=Indice=, signe apparent, est masculin: j'en ai de grands indices.
=Indigeste=, adj.: voyez digestion.
=Indigestion=, s. f., défaut de digestion; prononcez ti comme dans menti: indiges'thion et non indigècion; il en est de même de digestion, combustion, mixtion, suggestion, question, bastion, Ephestion, Péthion.—Voyez digestion et digestif.
=Indigne=: voyez digne.
=Indignité=, s. f.—Prononcez indi-gnité (en mouillant gn) et non indign'nité ni indigh'nité—Voyez gn.
=Indomptable=, indompté: voyez dompter.
=In-douze=, in-dix-huit, in-quarto, in-vingt-quatre; in-trente-deux, in-folio: prononcez ain-douze, ain-dix-huit; ain-quarto, etc., et non ine-douze, ine-dix-huit, ine-quarto.—In-octavo: prononcez ine-octavo.
=Induire à erreur, Induire en erreur.=—Induire à erreur, c'est être la cause volontaire ou involontaire de l'erreur où tombe une personne: il fut induit à erreur par un faux bruit.—Induire en erreur, c'est tromper à dessein, avec intention: il voulait m'induire en erreur. (Acad.)
=Indulgent.=—On dit indulgent pour ou envers: il est indulgent pour ses amis, envers ses enfants;—indulgent à se dit aussi, mais il est peu usité.
=Indult=, s. m., privilége ecclésiastique; prononcez indulte et non indule.
=Inénarrable=, adj., qu'on ne peut conter; prononcez inénar'rable, en faisant sentir les deux rr.
=Inestimable=, adj.—Ce mot veut dire qui ne peut pas être estimé à cause de son grand prix: un diamant d'une valeur inestimable, un service inestimable.—Ce serait donc un barbarisme de faire de ce mot le contraire d'estimable, qui n'est pas estimable, qui n'est pas digne d'estime.
=Inexact=, adjectif, qui n'est pas exact; prononcez inexac-te.
=Inexpugnable=, adj., qu'on ne peut prendre d'assaut; prononcez inekspugh'nable (g dur).
=Inextinguible=, adj., qu'on ne peut éteindre; prononcez inekstinguible (ui diphth.) et non inekstinghible, ni inekstinghouible.
=Infaisable=, adj., non faisable: prononcez infesable et non infaisable ni infèsable.
=Infect=, adj., puant, corrompu: prononcez infecte et non infèke.
=Infectation.=—Ne dites pas: c'est une infectation en parlant de mauvaise odeur; dites, c'est une infection (infect, infecter, infection).
=Infecter, Infester.=—Infecter (infect), c'est corrompre ou incommoder par communication de quelque chose de puant, de contagieux ou de venimeux: ces égoûts infectent la ville de leurs émanations délétères; il nous infecte de son haleine; le choléra a infecté toute la province; il infecta le pays de sa pernicieuse doctrine. (Acad.)—Infester, c'est ravager tourmenter par des actes fréquents de violence et de brigandage: les pirates infestaient toutes les côtes; le pays était infesté par des brigands.
=Infinité=, employé seul ou avec un pluriel veut le verbe au pluriel: une infinité sont d'avis; une infinité de personnes ont péri. Mais si ce mot est suivi d'un collectif singulier, le verbe se met au singulier: une infinité de monde est venue le voir; une infinité de peuple a pris les armes. Précédé de en, il régit le pluriel: il y en a une infinité qui disent (sous-entendu de gens).—Cette remarque est applicable aux collectifs partitifs et aux adverbes de quantité, un grand nombre, une foule, peu, beaucoup, toute sorte, toute espèce; ainsi l'on dira: toute sorte de monde est venu; toute sorte de personnes sont venues.
=Inflammation=: ne dites pas enflammation.
=Informer.=—On informe quelqu'un de quelque chose; ne dites donc pas: j'informe que, mais, je vous informe de..., j'informe le public de...—Informer ne peut jamais être suivi de que, par la raison que la proposition qui suit ce que tiendrait lieu de régime direct d'informer, ce qui ne serait pas correct (on informe quelqu'un de quelque chose). Dites donc j'ai l'honneur de vous informer de tel fait, de telle circonstance, et non, j'ai l'honneur de vous informer que, phrase vicieuse adoptée à tort par nos administrations.—Si l'on ne peut pas remplacer le que par de suivi d'un substantif, il faut remplacer informer par un autre verbe, tels que annoncer, faire savoir, donner avis, porter à la connaissance, etc. Voyez prévenir.
=Ingrédient=, s. m., partie d'un mélange; prononcez ingrédian et non ingrédiain.
=Inhérent=, inhérence: prononcez inéran, inérence.—Adhérent, incohérent, incohérence; prononcez adéran, incoéran, incoérance.
=Inhibition=, s. f., défense: prononcez inibition.
=Inhumer= (enterrer), inhumation (action d'enterrer), inhumain, inhumanité; prononcez inumer, inumation, inumain, inumanité.
=Initial, ale=, adj.—L'Académie ne donne point d'exemple du plur. masc.—Dumarsais, Beauzée, Boinvilliers et quelques autres grammairiens, disent initials.—Prononcez inicial, inicier, iniciation (initier, initiation).
=Inlisible, Illisible.=—L'Académie admet ces deux mots comme parfaitement synonymes; mais l'usage a consacré le dernier: écriture illisible.—Quelques grammairiens pourtant s'ingénient à établir une différence entre ces deux mots: illisible, se dirait de l'écriture qu'on ne peut pas lire; manuscrit illisible;—inlisible se dirait d'un ouvrage ennuyeux à lire, d'un style fatiguant: ce poème est inlisible.—Nous croyons que généralement on ne tient pas compte de cette nuance et que illisible est à peu près exclusivement usité.
=Inn=, au commencement des mots: les deux nn se font sentir excepté dans innocent et ses dérivés.
=Innocent=, dans le sens de, qui a l'esprit faible, borné, est français: c'est un innocent, un grand innocent; vous faites l'innocent. (Acad.)
=Innommé=, adj., sans nom: prononcez ine'nomé et non ain-nomé.
=Innover= (introduire des nouveautés), innovation: prononcez les deux nn.
=In-octavo=, s. et adj.: prononcez ine-octavo. Voyez in-douze.
=Inonder, Inondation=: ne prononcez qu'une n et ne dites pas in'-nonder, in'-nondation.
=In-partibus= (on sous-entend infidelium), se dit de celui qui a un titre d'évêché dans un pays occupé par les infidèles: évêque in-partibus:—prononcez ine-partibuce.
=In-petto=, adv., dans l'intérieur du cœur, en secret: cardinal nommé in-petto; prononcez les deux tt, ine pet'to.
=In-plano=, s. m., se dit du format d'un livre où la feuille imprimée ne contient qu'une page de chaque côté: prononcez ine-plano.
=Insatiable=, adj., qu'on ne peut rassasier: prononcez inçaciable et non inçathiable, ni inçaziable.—On dit aussi irrassatiable, mais ce mot est peu usité.
=Insçu= (à l'): on écrit plus souvent et mieux insu.
=Insecte=, petit animal articulé, est masculin: un chétif insecte.—Prononcez insek-te et non insèke.
=Insigne=, insister, insurgé, insurrection, insipide, insulter: prononcez l's dure comme dans insensé et non comme z dans désirer.
=Insipide=, adj., qui n'a nul goût, nulle saveur.—C'est une faute d'employer insipide, dans le sens de sciant, ennuyeux, importun, insupportable, impatientant, et de dire, voilà des enfants bien insipides, au lieu de, bien ennuyeux, bien insupportables, bien impatientants, etc.
=Instinct=, s. m., esprit des animaux; prononcez instin, et non instinke.
=Institut=, s. m., établissement où l'on enseigne une ou plusieurs sciences, un ou plusieurs arts; ce mot n'est pas français dans ce sens et ne figure dans aucun dictionnaire; dites école de commerce, école de médecine, école normale, école militaire, etc.—Il faut en dire autant de institut d'enseignement; dites, école, collége, pensionnat, maison d'éducation, selon le sens.—Cependant le mot institution, pour signifier un établissement destiné à l'instruction et à l'éducation de la jeunesse, est aujourd'hui consacré par l'usage et figure dans de bons dictionnaires: institution de jeunes gens, institution de demoiselles, chef d'institution.
=Instrument=: voyez jouer.
=Insulter.=—Insulter quelqu'un, c'est l'outrager de faits ou de paroles: il l'a insulté publiquement.—Insulter à, c'est manquer à ce qu'on doit aux personnes ou aux choses: il ne faut pas insulter aux malheureux; il ne faut pas insulter à leur misère.
=Intact=, adj., auquel on n'a pas touché: prononcez intak-te et non intake.
=Intellect=, s. m., intelligence: prononcez intel-lek-te; —intellect, intellectuel, intelligence, intelligent, intelligible, intelligiblement: dans tous ces mots on fait sentir les deux ll.
=Intention.=—Ne dites pas, je suis d'intention; mais, j'ai l'intention de faire telle chose.
=Interdire=, se conjugue comme médire: vous interdisez et non vous interdites.
=Intérêt=, s. m.—Ne dites pas: ce domestique est sur les intérêts de son maître; dites, ce domestique soigne les intérêts, a à cœur les intérêts de son maître.
=Intérim=, s. m., entretemps: prononcez ain-térime et non ine-térime; il ne s'emploie pas au pluriel.
=Interjeter=, v. a.—Il ne double point le t devant un e muet, comme jeter: ils interjètent appel de ce jugement.
=Interligne=, est masculin, excepté lorsqu'il se dit des lames de métal que, dans les imprimeries, on place entre les lignes pour les séparer et les maintenir: écrire dans un interligne; la largeur d'une interligne.
=Interpeller, Interpellation=, requérir, sommer, action de...: prononcez les deux ll.
=Interrègne=, s. m., intervalle de deux règnes: prononcez les deux rr.
=Interroger=, interrogation, interrompre, interruption, interrupteur:—dans ces mots et leurs dérivés, on ne prononce qu'une r.
=Interstice=, intervalle de temps; ce mot est masculin: les interstices sont remplis.
=Intervalle=, est masculin: ce fou a de bons intervalles.
=Introït=, s. masculin, prière au commencement de la messe: prononcez aintro-ite et non inetroïte ni intro-iït.
=Intrus=, participe passé du verbe inusité intrure, qui est introduit contre le droit dans quelque dignité ecclésiastique; prononcez aintru et non intruce; le féminin est intruse.—Il est adjectif et substantif.
=Invectiver=, dire des choses injurieuses, est un verbe neutre; on ne doit donc pas dire invectiver quelqu'un, mais, invectiver contre quelqu'un comme on dit invectiver contre le vice.
=Inventaire=, pour signifier ce plateau d'osier que portent devant elles les marchandes de fruits, de légumes, de poissons, etc.; ce mot n'est pas français; il faut dire éventaire (s. m.): voyez ce mot.
=Inventeur=, fait au féminin inventrice.
=Inviter=, suivi d'un infinitif, demande la préposition à: il m'a invité à dîner. (Acad.)
=Invoquer, Évoquer.=—On évoque les morts;—on n'invoque que Dieu, les saints, les vivants, les choses inanimées.
=Ipécacuana=, s. m., racine brune ou grise; ne dites pas ipicacuana.
=Irai.=-Ne dites pas: j'irai z'à Stavelot demain, mais j'irai à...; la terminaison ais appartient à l'imp. de l'ind. et au condit. prés. et non au futur simple.
=Iris=, arc-en-ciel, plante, est masculin; on l'a fait autrefois du féminin.—Iris, personnage mythologique (messagère de Junon), est féminin.—Prononcez irice dans les deux cas.
=Irr=, au commencement des mots:—on fait sentir les deux rr: ir'riter, ir'résistible, ir'récusable, ir'ruption, etc.
=Irruption=, s. f.: voyez éruption.
=Isle=, s. f., islot, s. m.; écrivez et prononcez île, îlot.
=Isme, Iste=, à la fin des mots.—Prononcez distinctement l's et l'm ainsi que l's et le t: catéchis-me, schis-me, barbaris-me, wallonnis-me et non catéchisse, schisse, barbarisse, etc., ni catéchim-se, schim-se, barbarim-se.—Prononcez de même catéchis-te, calvinis-te, résis-te, persis-te, Baptis-te, et non catéchisse, calvinisse, etc.—Voyez finales.
=Israël.=—Prononcez Is'ra-èle et non Is'raïèle ni I-zraèle, Isra-éle (é fermé).
=Isthme=, s. masculin, langue de terre entre deux mers; prononcez is'me.—Isthmique, prononcez is'mique.
=Italianisme, Italicisme, Italisme=, idiotisme de la langue italienne; ces trois mots sont français, mais italicisme est préférable.—Prononcez italicis-me et non italcisse ni italicim-se: voyez idiotisme.
=Item=, adv., de plus: prononcez itème. Voyez ibidem, idem.
=Ivoire=, est masculin: cet ivoire est bien blanc.
=Ivraie=, s. f., mauvaise herbe: prononcez ivrai (ai long) et non i'vrai-ïe.
=Ivre=, adj.—Ne dites pas: il s'est fait ivre, pour il s'est enivré; cela signifierait, il a feint d'être ivre.
2. Ivre-mort et mort-ivre, font au féminin ivre-morte, morte-ivre, et au pluriel ivres-morts, morts-ivres, ivres-mortes, mortes-ivres.
=Ivresse=, s. f., se dit au pluriel dans le sens de passions: le réveil suit de près vos trompeuses ivresses. (J.-B. ROUSSEAU.)
2. Il peut également s'employer au pluriel dans le sens propre, d'après Laveaux, pour signifier des états d'ivresse particuliers et distingués les uns des autres: dans ses fréquentes ivresses, il ne connaît plus personne.
=Ivrogne=, adj. et s. m.—Le féminin correspondant est ivrognesse.
J
=J.=—Je ne doit pas se prononcer che; où suis-je, que dis-je, j'ai jeté, se déjeter, etc., et non, où vais-che, que dis-che, j'ai cheté, se décheter. (Wall.)
=Jaconas=, s. m., espèce de mousseline: une robe de jaconas; l's ne se prononce pas.—Jaconade n'est pas français.
=Jadis=, adv., autrefois.—Il s'emploie quelquefois adjectivement avec le mot temps: les bonnes gens du temps jadis; cela était bon au temps jadis: cet emploi est familier. (Acad.)—Prononcez jadice.
=Jais=, s. m., bitume d'un noir luisant.—Ne dites pas: cela est noir comme un geai, mais, comme jais ou comme du jais.—Voyez geai, jaune et lait.—Prononcez jè (long).
=Jalouser.=—Ce verbe est actif et il faut dire: ce marchand jalouse ses concurrents (et non contre, ou sur ses concurrents); les gens du même métier se jalousent entre eux (et non jalousent l'un contre l'autre, l'un sur l'autre).
=Jalousie.=—Gardez-vous bien d'écrire ou de prononcer jalouserie.
=Jamais.=—Prononcez jamais et non jamain.
=Jambe.=—Ne dites pas: mettre la jambe à quelqu'un pour le faire tomber; dites, donner le croc-en-jambe à quelqu'un...—Le c de croc se prononce fortement; prononcez jambe et non jampe.
=Jambonneau=, s. m., petit jambon: jambonnet n'est pas français.
=Jarreté=, qui a les jambes de derrière tournées en dedans et si peu ouvertes que les jarrets se touchent presque en marchant: je ne veux point de ce mulet, il est jarreté.—Ne dites point jarreteux ni jerreteux.
=Jauger=, mesurer un vase pour voir s'il est de la mesure dont il doit être; ne dites ni jaucher ni gauger.
=Jaune.=—Ne dites pas: il est jaune comme un safran, mais, comme safran ou comme du safran.
2. Ne dites pas: ces poires sont jaunes, mais, sont mûres.
=Je.=—Lorsqu'on élide l'e, il faut se garder de prononcer je comme che: il faut que je fasse mes devoirs et non, que ch'fasse mes devoirs.
=Jésus.=—Voyez antechrist et Christ.
=Jet d'eau=, eau qui jaillit d'un tuyau; ne dites pas jeu d'eau, qui est français, mais qui a un sens plus particulier.
2. Jet, dans le sens de levure, n'est pas français.
=Jeter.=—Ne prononcez pas le j placé devant un e muet comme un che: je l'ai jeté (jeté et non ch'té) par la fenêtre; nous jetons (et non nous ch'tons), vous jetez (et non vous ch'tez), je jetterai (et non je ch'terai).—Il en est de même du substantif jetée et des dérivés de jeter.—Voyez je.
=Jeu=, s. m.—Ne dites pas: je ne puis plus jouer qu'un jeu; dites, je ne puis plus jouer qu'une partie.
=Jeune=, peu âgé: prononcez jeune (eu bref);—jeûne, abstinence, prononcez jeûne (eû long);—prononcez de même jeûner, jeûneur, déjeuner (déjeuner s'écrit sans accent circonflexe.)
2. Quand l'adjectif jeune est précédé de l'article, on ne peut pas le placer indifféremment devant ou après le substantif: le jeune Pline signifie que Pline n'est pas âgé, tandis que Pline-le-Jeune se dit pour le distinguer de Pline-l'Ancien.
3. On dit jeune homme au singulier et jeunes gens au pluriel; quand il s'agit de filles, on dit mieux aujourd'hui jeune personne, jeunes personnes que jeune fille, jeunes filles.
4. Ne dites pas, un vieux jeune homme, pour désigner un homme d'un certain âge qui vit dans le célibat; dites, un vieux garçon, un vieux célibataire; dites de même une vieille fille, une vieille demoiselle:—célibataire ne se dit pas des femmes.
5. Ne dites pas: du fromage jeune, du beurre jeune; dites, du fromage, du beurre frais, nouveau.
6. Jeune, employé comme substantif, ne peut pas se dire d'un animal nouvellement né; il faut se servir du mot petit dans cette acception: les petits (et non les jeunes) d'une chatte, d'un pigeon, d'un corbeau.—Cependant en parlant de grives, de perdrix, par exemple, on pourrait dire: les jeunes sont tendres et délicates, tandis que les vieilles sont plus coriaces.—Ici jeune est pris comme adjectif et est opposé à vieux.
=Jeunesse=, s. f.—Ne dites pas: laissez rire ces jeunesses, c'est leur âge; dites, laissez rire ces jeunes gens, ou bien, ces jeunes personnes, selon le cas.
=Joailler=, s. m., qui fabrique et vend des joyaux; ne dites pas jouailler:—jouailler, c'est jouer petit jeu.
=Jockey=, s. m., mot anglais.—Prononcez jokè.
=Joint, te=: ci-joint: voyez ci-inclus, au mot inclus.
=Jointée=, s. f., autant que les deux mains rapprochées peuvent contenir: une jointée d'orge, une jointée d'avoine.
=Joli, Beau.=—Joli, offre l'idée de quelque chose de gentil, qui plaît; beau se dit de ce qui est grand, de ce qui inspire de l'admiration.—D'où il suit que joli ne peut pas se dire d'une composition large et sérieuse ou d'une scène grandiose de la nature; ne dites donc pas: Athalie est une jolie tragédie; la mer, le lever du soleil est une jolie chose, etc.; dites, Athalie est une belle tragédie... Mais vous direz très-bien: Perrault a écrit de jolis contes; Lafontaine a fait de jolies fables, etc.
2. Ne dites pas: voilà un joli enterrement;—joli en effet exclut toute idée de tristesse, de douleur; dites, un bel enterrement.
=Joliment=, adv., se dit dans un langage très-familier pour beaucoup, extrêmement: il l'a joliment puni; vous vous êtes joliment trompé. (Acad.)—Beaucoup de personnes font un étrange abus de ce mot et disent par exemple: il a joliment neigé, j'ai joliment dormi, j'ai joliment faim, etc. Nous pensons qu'il faut rejeter ces sortes de locutions.
=Jouer.=—Ne dites pas, jouer avec les cartes ni jouer une carte, mais, jouer aux cartes. (Flandr.)—Voyez jeu.
2. Ne dites pas d'un musicien: il joue si bien sur le piano, sur le violon, etc.; mais, il joue si bien du piano, du violon.
3. Ne dites pas: jouer banqueroute, mais faire banqueroute. (Flandr.)
4. Ne dites pas: jouer dans la tête, en parlant d'idées, de chimères, de ce qu'on appelle faire des châteaux en Espagne; dites, passer par la tête:—ce sont de vaines idées qui vous passent par la tête.
5. Jouer, est un mot générique qui se dit de tous les instruments de musique, et dans cette acception il est neutre et doit être accompagné de la préposition de: jouer de l'orgue, du piano, du violon, etc.
6. On bat la caisse, le tambour, les timbales.—On donne du cor.—On sonne du cor et de la trompette.—On pince la harpe, la guitare, le luth, le téorbe.—On touche l'orgue, le piano, l'harmonium.
7. Prononcez jou-er et non jou-wer; je joue, (je joû, oû long), et non jou-we; je jou-ais, et non je jou-wais; je jouerai (je joûrai, oû long), et non je jou-we-rai, etc.—Prononcez de même jou-eur, et non jou-weur.
=Jouereau=, s. m., qui joue mal à quelque jeu ou qui hasarde peu au jeu; prononcez joûrau.
=Joueur de tours=, se dit aussi bien que faiseur de tours.
=Joug=, s. m.—Prononcez jougue, en faisant sentir le g même devant une consonne: un joug pesant, un joug honteux, un joug honorable.
=Jouir.=—On jouit de quelque chose d'agréable, d'avantageux;—ne dites donc pas: il jouit d'une mauvaise santé, d'une mauvaise réputation; dites, il a une mauvaise santé, une mauvaise réputation.
2. Prononcez: jou-ir, je jou-is, je jou-issais, jou-issance et non jou-wir, je jou-wis, je jou-wissais, jou-wissance.
=Jour.=—Faire son bonjour, faire ses dévotions, sont des locutions françaises. (Acad.)
2. On dit, jour ouvrable, jour ouvrier, et non jour d'ouvrier.
3. Ne dites pas: c'est mon jour aujourd'hui, demain; dites, c'est ma fête aujourd'hui, demain. (Flandr.)
4. Ne dites pas: cela est arrivé un jour au matin, un jour au soir; dites, ... un matin, un soir.
5. On dit indifféremment: vivre au jour le jour et vivre au jour la journée, c'est-à-dire, s'inquiéter peu du lendemain, être sans prévoyance. (Acad.)
6. Ne dites pas: au jour d'aujourd'hui l'instruction est bien répandue; dites, aujourd'hui ou à présent ou au siècle où nous sommes, ou bien, selon le sens, à l'heure qu'il est, l'instruction est bien répandue.
7. Ne dites pas: quel jour avons-nous? dites, quel jour est-il, quel jour sommes-nous, quel jour est-ce aujourd'hui?
8. Ne dites pas: jour bien employé, mal employé; dites, journée bien employée...—La journée est le jour par rapport à la manière dont il s'est passé.
9. Jour civil, espace de vingt-quatre heures qui se prend de minuit à minuit.—Jour naturel, temps qui s'écoule entre le lever et le coucher du soleil.—Jour astronomique, espace de vingt-quatre heures solaires moyennes, d'un midi à l'autre.—Jours complémentaires, dans le calendrier républicain, se disait des cinq ou six jours que l'on comptait à la fin de l'année, pour compléter le nombre de trois cent soixante-cinq ou de trois cent soixante-six jours, les mois de ce calendrier n'étant chacun que de trente jours.
10. Jours gras, les derniers jours du carnaval qui sont le jeudi, le dimanche, le lundi et le mardi.
11. Les noms des jours de la semaine s'écrivent sans majuscules: dimanche, lundi, mardi, etc.—Voyez calendrier républicain.
=Jourd'hui=, le jour actuel, appartient au vieux langage; il ne s'employait qu'avec le ou ce.—Ce jourd'hui est encore usité au palais.
=Journal.=—Ne dites pas: j'ai lu cette nouvelle sur le journal, sur la gazette, etc., mais, dans le journal, dans la gazette, comme on dit, j'ai lu dans tel livre.
=Journellement=, tous les jours, chaque jour: il étudie journellement cinq heures consécutives.—Journalièrement n'est pas français.
=Jubé=, s. m., espèce de tribune élevée dans une église; ne dites pas doxal ni toxal.
=Juge.=—Prononcez ju-ge, je ju-ge, je ju-gerai, jugement et non ju-che, je ju-che, je ju-cherai, ju-chement.
=Juger=, v. a. et n.—Ne dites pas: il juge tout ou sur tout à tort et à travers; dites, il juge de tout ou il tranche sur tout...
2. Juger quelqu'un ou quelque chose, c'est décider comme juge ou arbitre, ou bien exprimer d'une manière tranchante, une opinion, un avis: juger un procès (comme juge); jugez-nous (comme arbitre), je vous prie; vous jugez (décidez sur le mérite de) cet homme trop sévèrement.
3. Juger de, c'est avoir, énoncer une opinion; cette forme est plus vague et surtout moins pédantesque: juger sainement des choses; juger de la pièce par l'échantillon; il ne faut pas juger des gens sur l'apparence. (Belgicismes, par M. J. BENOIT.)
=Juif=, fait au féminin juive et non juifresse ni juivresse. —Faites sentir l'f de juif au singulier et au pluriel; prononcez ju-if, ju-ive, et non jou-if, joui-ve (ui diphth. et non oui).
=Juillet.=—Prononcez ju-illet (ui diphth.) et non jou-illet, ni ju-let, julette: on mouille les ll.
=Juin.=—Prononcez ju-in (ui diphth.) et non jeun, jun ni jou-in.
=Jujube=, est féminin: de la jujube.—Prononcez juju-be et non juju-pe.
=Jumeau, Jumelle=, se dit de deux ou de plusieurs enfants nés ensemble.—Ne le confondez pas avec gémeau, subst. masculin, qui n'est usité qu'au pluriel Gémeaux, pour signifier l'un des douze signes du zodiaque.
=Junte=, s. f., nom que l'on donne à différents conseils en Espagne et en Portugal: la junte du commerce. Prononcez jonte.
=Jurer=, se dit pour blasphémer; jurement se dit également dans le sens de blasphème, imprécation, exécration. (Acad.)
=Jury, Juré, Juriste.=—Le jury est le corps, la réunion des jurés;—le juré est un membre du jury;—le juriste est celui qui écrit sur des matières de droit.—Quelques-uns écrivent juri, dit l'Académie, qui cependant a adopté jury.—Beaucoup de personnes confondent les deux mots jury et juré.
=Jus=, s. m.—Ne dites pas: cet enfant tousse, il faut lui donner du jus; dites, ... du jus de réglisse.
=Jusque=, prép., exige toujours à sa suite une préposition avec son complément: jusque dans les enfers, jusque par-dessus la tête, jusqu'à nouvel ordre.
2. On écrit quelquefois jusques avec une s à la fin, lorsque ce mot est suivi d'un autre mot commençant par une voyelle; alors on fait sentir la liaison entre jusques et le mot suivant: jusques au ciel, jusques à quand.
3. Jusque, suivi de là, adverbe, prend toujours un trait d'union: ils en vinrent jusque-là, et non jusqu'à-là qui n'est pas français.
4. On dit jusqu'à hier, jusqu'à demain, jusqu'à midi, jusqu'à Paris, jusqu'à Namur, et non pas jusque Paris, jusque Namur.—On peut dire jusqu'aujourd'hui et jusqu'à aujourd'hui, mais le premier est préférable.—Prononcez jusque (e muet) et non jusquè.
=Juste.=—Comme de juste est une expression aussi vicieuse que le seraient comme de vrai, comme de faux; dites comme de raison, comme il est juste.
2. Ne dites pas: il est sept heures justes; dites, il est sept heures précises.—Mais on dira bien: il est arrivé juste à l'heure du dîner; juste, est ici adverbe et signifie justement, exactement. Prononcez jus-te et non jusse.
=Justement.=—Dites, ce chasseur tire juste; peser juste; cela entre juste; chanter juste; il a deviné juste; il raisonne juste, etc., et non justement.
2. Justement signifie avec justice: il a été condamné justement.
3. Il signifie aussi la même chose que précisément: je suis arrivé justement quand on se mettait à table.
4. Ne dites pas: vous venez à propos, il est justement arrivé; dites, il vient d'arriver, il ne fait que d'arriver.—Voyez faire.
K
=Kakatoès=, s. m., sorte de perroquet huppé: prononcez kakatoua. (Acad.)
=Karat=, s. m.: on écrit plus souvent carat.
=Keepsake=, s. m., souvenir (mot anglais): prononcez kip'sèke.
=Kermesse= ou =Karmesse=, s. f., nom qu'on donne en Belgique et en Hollande aux fêtes annuelles communales ou paroissiales. (Acad.)
2. Ducace ou dicace se dit également pour kermesse dans ces pays; mais ce mot n'a pas été adopté par l'Académie, attendu qu'il n'est qu'une corruption du mot dédicace, lequel ne se dit que de cérémonies ou de fêtes religieuses.
=Kilogramme.=—On dit souvent par abréviation, dans le commerce: kilo, cinquante kilos. (Acad.)
2. Quoi qu'en dise l'Académie, le pluriel kilos est un véritable barbarisme, car il n'est pas permis de mettre la marque du pluriel à une abréviation, à la moitié d'un mot: on doit donc écrire cinquante kilo, ou mieux cinquante kilog. et mieux encore cinquante kilogrammes.—Ne dites pas kulo ni tilo pour kilo.
=Kinine=, s. f.: on écrit plus souvent quinine.
=Kiosque=, s. m., pavillon de jardin: prononcez kios-que et non kiosse.
=Kip-kap=, mot flamand: dites mou de veau.
=Kirsch-wasser= (ou simplement kirsch), eau-de-vie de cerises: prononcez kirche-ouaceur (eur bref), kirche.
=Knout=, s. m., supplice du fouet en Russie: prononcez knoute.
=Koekebak=, mot flamand estropié, par lequel on désigne souvent des crêpes (bouquettes en wallon).
=Kopeck=, s. m., monnaie russe d'environ quatre centimes; on écrit aussi copeck.—Prononcez kopèke.
=Koran=, s. m.: on écrit plus souvent Coran: voyez Alcoran.
=Kreutzer=, s. m., monnaie allemande: prononcez kreutzère; quelques-uns prononcent krètche.
=Kyrie-eleison=, s. m., prononcez ki-ri-é-éleis-sone, et non ki-ri-é-élei-zone.