VII - I
LA VOITURE DE FLEURS
L’ivresse des jasmins, la tendresse des roses, Ces robes, ces figures, ces yeux, toutes les nuances, Les violettes pâles et les pivoines roses Où l’amour se pâme avec indolence.
Ainsi s’en va, traîné le long des rues, Le songe de mes anciens printemps, Cependant qu’une femme a rougi d’être nue Dans la foule indiscrète des amants.
Pourquoi? Tu as senti l’odeur de mon désir? Tu as senti la fraîcheur amoureuse des nuées Tomber sur tes épaules, et le plaisir Souffler du vent dans tes cheveux dénoués?
Je ne te voyais pas. Je regardais les femmes et les fleurs Comme on regarde des étoffes ou des images: Je me souviens alors de toutes les couleurs Qui enchantaient mes premiers paysages.
Ces belles fleurs m’apportent des campagnes et des jardins, Dans leurs aisselles et parmi les plis frais de leurs feuilles, Je reconnais le goût des filles des chemins, Du sureau, de la sauge, du tendre chèvre-feuille;
Je promène mon rêve autour de tes rosiers Et de tes pavots, parc aux antiques sourires; Puis je me glisse à travers la houle de vos halliers, Bois où mon cœur avec joie se déchire.