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Chapitre 12

Ils s’aimèrent six mois ardemment.
D’abord des rendez-vous, le soir, à l’endroit où ils s’étaient la première fois rencontrés. Rendez-vous inquiets, passionnés d’autant plus ! Furtive et tremblante, Domnine s’alarmait pour un rien, pour un frisson de feuilles, pour un reflet de lune sur l’eau ; et, Domnine une fois partie, Médéric restait là des heures à penser vaguement en fumant des cigares et en regardant les étoiles.

Puis, Médéric vint chez Domnine.

Un soir, par enfantin caprice, et pour se manifester dans sa gloire, elle avait voulu lui montrer la chambre de la rue des Poternes, les œillets de la terrasse. Médéric fut ravi, elle heureuse.

Bientôt, l’habitude se prit ; et, à moins qu’il ne fît trop clair, toutes les nuits, une fois les lumières éteintes et le quartier paysan endormi, Médéric, retenant son haleine et assourdissant le bruit de ses pas, avec la crainte d’éveiller sœur Nanon, se glissait dans l’escalier.

Il y eut ce miracle : malgré l’œil méfiant et toujours ouvert de l’inquisition provinciale, jamais personne ne les soupçonna. Médéric savait être prudent, et Domnine, restant la même, n’avait pas occasion d’étaler ces compromettants gages d’amour, bijoux, fichus ou châles neufs par qui tant de fillettes se trahissent.

Une fois, Médéric laissa passer l’heure du départ matinal et dut rester toute une journée chez Domnine. Délicieux contretemps ! Domnine sous son tablier, en grand émoi, apporta un repas léger qu’ils se partagèrent.

Lui vit, au moment du soleil levant, les martinets tourbillonner autour du clocher teint de rose. Il entendit Domnine causer avec les pratiques et sœur Nanon, dans l’écurie, maugréer gaiement en gouvernant Brusquette.

Sur la fin, pourtant, le soir lui parut long à venir ; et, comme il ne pouvait pas fumer, des idées mélancoliques l’envahirent :

— Sans doute Domnine était charmante et il aimait beaucoup Domnine. Seulement, puisque tout ici-bas a un terme, comment cela finirait-il ?

Mais le jour baissait. Domnine reparut, apportant des fleurs et des fruits. Il l’embrassa non sans tendresse. Domnine lui semblait plus belle. Pour la première fois il frissonna en écoutant vibrer dans la chambre, sonores et comme présentes, les notes de l’Angélus. Il eut même, sans savoir pourquoi, un vague désir de pleurer tandis qu’il tenait Domnine dans ses bras ; ce fut la seule éclaircie poétique de sa vie.

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