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Chapitre 4

Sœur Nanon était du Tiers Ordre. Elle avait, avec un dessous de malice, la bonté naïve du bon saint qui, lorsqu’il allait à travers champs, s’arrêtait parfois pour prêcher les sauterelles, disant : – Sauterelles, mes sœurs !

On l’appelait aussi, à cause de ses bavardages sur la légende franciscaine, la sœur Nanon des Sept Soleils. Mais cela ne la fâchait point, bien qu’il y eût un peu d’ironie.

Les sœurs du Tiers Ordre, comme était sœur Nanon, font vœu de vivre en religion dans le monde sans quitter pourtant les engagements légitimes de leur état. Le devoir principal que prescrit la règle est d’assister les malades et de leur procurer une bonne mort.

Sans quitter les engagements légitimes de son état, qui consistait surtout à repasser ses aubes et à mener brouter sa chèvre, jamais un seul jour sœur Nanon ne manqua au devoir principal, quêtant discrètement pour les malades pauvres et préparant à leur intention, quand son travail lui en laissait le loisir, toutes sortes de confitures dont elle seule avait le secret.

Dans la simplicité de son âme, c’est ainsi que sœur Nanon comprenait les mots « bonne mort » : une mort tranquille, entourée de quelques gâteries.

Pour le reste, sœur Nanon ne s’en inquiétait pas, comptant sur les effets de la grâce et sur l’indulgence infinie d’un Dieu que, sans mal penser, tout naturellement, elle avait créé quelque peu à sa propre image.

— Chacun a son paquet, qui gros qui petit, disait sœur Nanon ; c’est à la fin que tout se règle.

Puis elle ajoutait, montrant le ciel :

— La grande maison bleue est large ; qui sait ? en se serrant un peu, peut-être trouvera-t-on là-haut de la place pour tout le monde.

Car, hérétique inconsciente, elle ne pouvait concevoir l’enfer.

Toujours vive et gaie avec cela !

L’inquisition l’eût brûlée ; mais aux âges de vraie foi, alors que les paysans canonisaient qui les aimait, on lui eût bâti quelque part, sur quelque rocher bien en vue, un oratoire rustique comme elle, abritant une statuette à sa ressemblance, modelée dans la glaise et vernissée de jaune au four du potier.

Un jour, faveur qu’elle ne prodiguait pas, sœur Nanon fit entrer Domnine dans sa chambre ; ce fut pour l’ingénue fillette comme une vision de paradis.

Domnine n’avait jamais rien vu de comparable.

Ces rideaux si blancs aux fenêtres ! Ce carreau net, d’un si beau rouge, où se réfléchissait le bas des meubles et sur lequel, tandis qu’avec ses gros souliers, elle avait peur de glisser, les pantoufles bronzées de sœur Nanon craquaient à chaque pas doucement et pieusement !

Et ce crucifix, les bras étendus, sœur Nanon expliquant que Jésus, mort pour tous, ouvrait ainsi pour tous ses bras !

Et ces reliquaires venus d’Italie, où l’on voyait sous la vitre des fragments d’os avec des devises latines au milieu d’enroulements de papier doré ! Et le plus beau : ces deux bouteilles, travail d’un ouvrier d’autrefois, représentant, en verre soufflé, l’une la naissance de saint François dans une étable toute pareille à celle de Nazareth, et l’autre saint François debout après sa mort, sous la voûte qu’il s’est choisie pour sépulcre, tandis qu’autour de lui se groupent, artistement représentés, les poissons en paquet, leur tête hors de l’eau, alors qu’il passe sur la rive, les hirondelles à qui il parlait, le loup maigre qu’il apprivoisa, les arbres qu’il faisait verdir en hiver et les fleurs que produisait la terre aride en recevant le sang vermeil de ses plaies.

Dans la chambre de sœur Nanon flottait une délicieuse et indéfinissable odeur d’encens, de cire et de pommes mûres.

Toutes ces choses ravissaient Domnine.

Enfin, sœur Nanon ayant tourné la clef d’une antique table fermée dont les battants à ferrures luisantes laissaient deviner mille merveilles, fit d’abord cadeau à Domnine d’une pomme toute ridée, car on était en plein hiver, mais qui lui parut infiniment plus douce et parfumée que celles cueillies sur l’arbre, à la saison. Puis, toujours de la table fermée et de ses insondables profondeurs, sœur Nanon sortit, mystérieusement, une boîte.

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