L’ABBÉ CHERRIER.
Ce petit livre, que son titre seul avait fait proscrire des bibliothèques dans le siècle dernier (on ne le trouve guère que dans deux ou trois catalogues, notamment dans celui de Falconnet), ne méritait pas, à coup sûr, sa mauvaise réputation. Nous l’avons, Dieu merci, innocenté depuis vingt-cinq à trente ans, et les plus honnêtes bibliophiles n’ont pas dédaigné de l’admettre dans leurs collections.
Leber fut le premier à le réhabiliter, en lui accordant cette note honorable dans le Catalogue raisonné des livres imprimés, des manuscrits et des estampes, qu’il avait recueillis avec amour (Paris, Techener, 1839, in-8, t. I, nº 2434): «Le plus plein, le plus court et, partant, le meilleur de tous les recueils de quolibets. C’est, d’ailleurs, un des moins communs et peut-être le plus innocent de la famille. Trompé par le titre, l’amateur de _drôleries_ y chercherait bien inutilement ce qu’il aurait cru y trouver en l’achetant. On l’attribue à l’abbé Cherrier.»
Charles Nodier n’avait pas manqué de lui donner place dans sa dernière Collection de livres; mais il ne vécut point assez longtemps pour nous dire ce qu’il en pensait, dans la _Description raisonnée_ de cette jolie Collection (Paris, Techener, 1844, in-8, nº 948). G. Duplessis suppléa au regrettable silence du collectionneur, en écrivant cette note: «Il faut être bien hardi pour donner un pareil titre à son livre; il faudrait être bien spirituel pour se faire pardonner cette hardiesse. L’auteur de celui-ci a-t-il rempli cette seconde condition? J’affirmerai, du moins, qu’il a fait quelques efforts à cet égard, et j’ajouterai qu’il n’a pas toujours été aussi hardi que son titre.»
Viollet-le-Duc n’éprouva donc aucun embarras à exprimer une opinion conforme à celle de Nodier et de Leber, lorsqu’il eut fait figurer le _Polissonniana_ dans la seconde partie de sa _Bibliothèque poétique_ (Paris, J. Flot, 1847, in-8, p. 197): «Le volume, dit-il, tient tout ce que promet le titre, et, de plus, des _calembours_ en grande quantité. Alors on appelait cela des _espèces de bons mots_, des _allusions_, des _équivoques_; le nom n’était pas encore trouvé, mais bien la chose, témoins _les Jeux de l’inconnu_.
«Ce recueil, sauf l’obscénité en moins, est fait à l’imitation du _Moyen de parvenir_. Ce sont des espèces de dialogues, ou plutôt des défis, entre plusieurs amis, à qui fera le plus de pointes, à qui dira le plus de billevesées, de bêtises, tranchons le mot; mais il y en a de bien bonnes, d’excellentes, et on trouve réuni, dans ce livre, à peu près tout ce qui a été dit de mieux en ce genre. Le volume, du reste, est fort rare et attribué à Cl. Cherrier, abbé et censeur de la police, mort en 1738.»
Changez le titre du livre, et vous avez un ana presque irréprochable au point de vue de la morale et de la décence. C’est le chef-d’œuvre de la bouffonnerie et de la grosse bêtise; c’est, en quelque sorte, le répertoire de la gaieté naïve du peuple de Paris; c’est aussi le dévergondage de l’esprit français entre deux vins.
Cet ana était tout à fait oublié depuis plus de trente ans, quand le libraire André-Joseph Panckoucke s’en empara et le refondit dans l’_Art de désopiler la rate_ (1754, in-12), qui fut réimprimé cent fois, sans que personne ait encore dénoncé le larcin.
Le _Polissonniana_ avait paru pour la première fois en 1722, sous la rubrique d’_Amsterdam, chez Henry Desbordes_, in-12 de 140 p., non compris le titre. Nous pouvons dire avec certitude qu’il fut imprimé à Paris, peut-être avec une permission tacite. On le réimprima trois ans après, et toujours clandestinement, dans la même ville (_Amsterdam, Henry Schelte_, 1725, in-12). Ces deux éditions renferment un autre ouvrage du même genre, lequel avait été publié, dix ans auparavant, sans nom d’auteur: _l’Homme inconnu, ou les Équivoques de la langue, dédié à Bacha Bilboquet_ (Dijon, Defay, 1713, in-12). Ce second ouvrage obtint, longtemps après, les honneurs d’une nouvelle édition également anonyme: _Équivoques et bizarreries de l’orthographe françoise_ (Paris, Gueffier, 1766, in-12).
L’auteur de ces deux opuscules était Claude Cherrier, qui prenait la qualité d’abbé et qui, sous le pseudonyme de _Passart_, fut, pendant plus d’un demi-siècle, censeur, pour le lieutenant de police, non pas des livres que publiait la librairie parisienne, mais de toutes les feuilles volantes, de tous les _canards_ et _bilboquets_, qu’on imprimait à Paris, à Rouen, à Lyon, à Troyes, etc., et qui se vendaient, par l’intermédiaire des colporteurs, dans les rues, dans les marchés et dans les foires. L’abbé Cherrier remplissait très-consciencieusement son rôle de censeur, et, malgré ses sympathies naturelles pour tout ce qui était salé, poivré et épicé, en fait de littérature populaire, il n’hésitait pas à refuser son approbation aux facéties trop libres et trop joyeuses.
Il n’avait pas été toujours aussi sévère, et plus d’une fois il eut à se repentir de son indulgence à l’égard de cette littérature de colportage. Ainsi, en 1699, il avait approuvé l’impression d’un livre intitulé: _le Chapeau pointu de Merinde_. Le comte de Pontchartrain écrivit, à ce sujet, au lieutenant de police Voyer d’Argenson, le 24 mars 1700: «Le roy a esté estonné de voir que vous ayez permis l’impression d’un tel livre. En effet, si vous l’avez, vous verrez, en plusieurs endroits, et particulièrement pages 12 et 25, qu’il y a des maximes aussi dangereuses que celles qui estoient dans la _Correction fraternelle_. S. M. veut donc sçavoir comment vous vous estes laissé surprendre en donnant cette permission et qui est l’approbateur que vous aviez commis pour examiner ce livre.» L’abbé Cherrier fut vigoureusement tancé et promit d’être plus circonspect à l’avenir.
Notre abbé censura les brochures de la Bibliothèque Bleue, jusqu’à sa mort, que les biographes fixent au mois de juillet 1728. Il devait avoir alors plus de quatre-vingts ans. Dans les derniers temps de sa vie, il avait été chargé d’examiner les pièces du Théâtre de la Foire, avant l’impression, et, tout en admirant les équivoques licencieuses qu’il rencontrait dans les opéras-comiques en vogue, il ne laissait rien passer de trop ordurier. Nous avons sous les yeux, parmi les manuscrits de la Bibliothèque de l’Arsenal, sa correspondance autographe avec le lieutenant de police, au sujet des suppressions qu’on pouvait demander aux auteurs des spectacles forains. Une partie de cette correspondance inédite a paru dans la _Correspondance littéraire_, de M. Ludovic Lalanne, par les soins du savant M. Guessard.
On comprend que, comme censeur de police, l’abbé Cherrier ne devait pas, ne pouvait pas avouer _le Polissonniana_. Le livre n’était pourtant pas en lui-même répréhensible, et le titre, qui nous effaroucherait aujourd’hui, n’avait point alors le sens que nous lui donnerions maintenant. Le mot _polisson_ était nouveau dans la langue de la bonne compagnie, car on ne le trouve pas encore dans les dictionnaires, à cette époque. On ne l’employait que familièrement, pour caractériser un homme qui se servait volontiers du langage du peuple et qui ne reculait pas plus devant la licence de la pensée que devant la crudité de l’expression. On avait d’abord donné ce nom qualificatif de _polisson_ à des gueux qui erraient par bandes, à moitié nus, à moitié ivres, et qui ne se faisaient pas faute de blesser la vue autant que les oreilles des passants. «Les _polissons_, dit Dulaure, en copiant Sauval, dans son _Histoire de Paris_ (Paris, Guillaume, 1824, in-8, t. VII, p. 147), les _polissons_ allaient de quatre à quatre, vêtus d’un pourpoint sans chemise, d’un chapeau sans fond, le bissac sur l’épaule et la bouteille sur le côté.»
L’abbé Cherrier a mis en scène, comme dans le _Moyen de parvenir_, huit personnes d’érudition, qui s’assemblent, après boire, pour faire assaut de _polissonneries_, c’est-à-dire de boutades plaisantes et grotesques: «Les turlupinades, les quolibets, les rébus, les fausses pensées, les jeux de mots et autres dictions, que vous appelerez, si vous voulez, _polissonneries_, ne valent rien, quand on les donne pour bonnes; mais elles sont bonnes, quand on les donne comme ne valant rien.» Telle est la définition de ces dialogues entre huit _polissons_ qui portent des noms de guerre: «Gelois, Mixame, Azore, Blanir, Pindor, Fruisque, Verion et Hilare.»
Nous avons eu la patience de chercher à deviner l’énigme de ces noms, que l’auteur n’a pas forgés au hasard et qui doivent avoir une signification relative. Ainsi, l’abbé Cherrier paraît s’être caché lui-même sous le nom de _Gelois_: «Vous ne laissez pas d’être aimable, lui dit Mixame, quoique vous approchiez du septuagénaire, car l’amour s’est caché sous les rides de votre front.» Mais que voudrait dire _Gelois_? Est-ce l’anagramme de _Gelosi_, surnom des membres d’une célèbre académie vénitienne à la fin du seizième siècle? _Pindor_ pourrait bien être aussi l’anagramme de _Pirond_ ou Piron. Quant à _Hilare_, c’est le mot latin _hilaris_, qui s’est francisé et qui représente un ami du gros rire. _Blanir_, _Fruisque_, _Verion_, sont évidemment des locutions du _jargon_ ou de l’argot réformé, mais nous sommes fort en peine de découvrir le sens ou plutôt l’idée que l’auteur y attache. Ce sont des _polissons_ qui possèdent toutes les finesses du _Polissonniana_.
L’abbé Cherrier, que nous nommerons le créateur du calembour et le précurseur du brillant marquis de Bièvre, avait signé la dédicace de son premier opuscule: _l’Homme inconnu_, d’un pseudonyme qui semble analogue à celui de _Gelois_, tiré de _Gelosi: Chimérographe, académicien des jeux Olympiques_.
VARIA.
LIVRES A L’INDEX EN 1774.
Nous avons plusieurs recueils assez volumineux offrant la nomenclature de tous les livres qui, depuis le seizième siècle jusqu’à nos jours, ont été mis à l’index par le Saint-Siége apostolique, et signalés ainsi à l’animadversion de tous les fidèles. Ce fut seulement vers 1540, que la Cour de Rome eut l’idée de séparer ainsi le bon grain de l’ivraie, dans un temps où des ouvrages en tous genres étaient plus ou moins infectés du poison de la Réformation. Depuis ce premier Index, rédigé à la hâte et encore peu étendu, de nombreux suppléments sont venus sans cesse augmenter la liste des livres interdits sans rémission, et l’on peut dire que la réunion de tous ces livres formerait aujourd’hui une bibliothèque considérable, très-curieuse et même assez bien choisie. Il faut constater cependant que l’autorité civile, du moins en France, n’a pas accepté les yeux fermés l’Index ultramontain, et que dès le commencement du dix-septième siècle une foule d’ouvrages, marqués du sceau de la réprobation papale, étaient fort honorablement approuvés par les bons esprits de France et souvent réimprimés avec privilége du roi.
Mais il y eut dès lors un Index spécial, préparé au point de vue de la politique monarchique, des libertés de l’Église gallicane, et de l’_honnêteté_ française; index variable de sa nature, et continuellement modifié par l’administration et par les magistrats. Cet Index purement civil, confié exclusivement au syndicat de la corporation des libraires, n’a jamais été mis au jour, sans doute parce qu’il se modifiait suivant les circonstances. Le temps et l’usage se chargeaient d’innocenter tel ouvrage qui avait été d’abord dénoncé à la police et condamné par les tribunaux. Il serait utile, pour l’histoire littéraire, de refaire cet Index de la Librairie, par ordre chronologique, et de montrer par là les inexplicables changements de l’opinion, en ce qui concerne les délits vrais ou prétendus de la pensée et de la presse. Mais où retrouver les éléments de cet Index, à partir du procès criminel intenté aux poëtes Théophile, Frenicle et Colletet, en 1623, à l’occasion du _Parnasse satirique_? Le savant Gabriel Peignot nous a donné deux volumes de Dictionnaire raisonné, seulement pour les livres _condamnés au feu_; il faudrait au moins quatre volumes pour les livres condamnés tacitement et supprimés par la police, jusqu’à la Révolution de 89.
En attendant que ce grand travail bibliographique s’exécute, nous publierons ici une liste assez longue des ouvrages qui furent retirés par les experts-syndics de la Librairie et détruits, sinon vendus sous le manteau, lors de la vente publique des livres de feu M. de Rochebrune, commissaire au Châtelet de Paris. Ce digne commissaire, qui figure plusieurs fois d’une manière plaisante dans les journaux de Bachaumont, était un excellent homme, un peu naïf et crédule, mais très-ami des livres et des gens de lettres. Sa bibliothèque s’était enrichie naturellement dans les expéditions de saisie qu’il eut à faire pendant quarante ans à Paris: il avait ramassé de la sorte beaucoup de livres très-rares et très-singuliers, qu’il lisait à ses heures pour se délasser des fatigues du commissariat; il tenait aussi certains volumes suspects, imprimés ou manuscrits, de la munificence des auteurs, qu’il avait conduits à la Bastille, ou au For-l’Évêque, ou au Châtelet, avec une déférence et une politesse dont les patients lui savaient gré, d’autant plus qu’elles ne faisaient pas partie obligée de son ministère. M. de Rochebrune était même lié intimement avec Piron, Collé, Vadé, et quelques autres de même joyeuse humeur. Il fut regretté au Parnasse, dans les tavernes et chez les libraires.
Mussier fils, qui avait sa librairie sur le quai des Augustins, au coin de la rue Gît-le-Cœur, fut choisi pour dresser le catalogue des livres de M. de Rochebrune; la vente devait avoir lieu dans la maison mortuaire, rue Geoffroy-l’Asnier. Mussier fils mit à part les ouvrages défendus, les recueils de gravures obscènes, les livres trop licencieux, les poésies trop érotiques. Nous voulons bien croire que tout cela fut brûlé impitoyablement, quoique la vente en fût alors très-facile par l’entremise des colporteurs qui exerçaient le commerce secret de la librairie. Ensuite le libraire disposa les cartes de son Catalogue; mais, au moment de l’impression, ces cartes furent soumises à un nouveau contrôle d’experts qui marquèrent à l’encre rouge une centaine d’articles, qu’on ne pouvait pas même exposer, par leurs titres, au scandale de la publicité. La place que ces articles occupaient est restée en blanc dans le Catalogue où les experts ont laissé figurer une quantité d’ouvrages aussi et plus dangereux que ceux qu’ils supprimaient. Parmi ces derniers, dont nous publions la liste telle que les experts l’ont rédigée, on remarquera bien des livres, qui aujourd’hui ne scandalisent personne, et auxquels la police ne se soucie plus de donner la chasse dans les catalogues de la librairie de luxe ou de la librairie à bon marché.
Voici cette liste curieuse, qui servira désormais à remplir les lacunes que les bibliographes regrettaient de trouver dans le célèbre Catalogue du commissaire Rochebrune.
NOTE DES LIVRES ET MANUSCRITS PROHIBÉS ET RETIRÉS.
Histoire du Christianisme, ou Réflexions sur la Religion chrétienne, in-4, Mss.
Les Princesses malabares, ou le Célibat philosophique, in-12.
L’Existence de Dieu, par l’idée que nous en avons, in-8, XVIIIe siècle, Mss.
Dieu et l’Homme, 1771, in-12, br.
Système de la Religion naturelle, in-4, Mss.
Doutes sur la Religion, dont on a cherché l’éclaircissement de bonne foi, in-4, Mss.
Recherches de la Religion, 1760, in-12.
La Religion chrétienne analysée.--Doutes sur la Religion, in-8, Mss.
La Religion du Médecin, de Brown, 1668, in-12.
L’Évangile de la Raison, in-8, br.
Lettres de Trasibule à Leucippe, in-4, Mss.
Histoire de l’état de l’homme dans le Péché originel, 1731, in-12.
Le Chemin du Ciel ouvert à tous les hommes, in-8, Mss. maroq.
Extrait des Pensées de Jean Meslier, in-8, Mss.
Sermons des Cinquante, in-8, Mss.
Sermons du curé de Cotignac, in-4, Mss.
Les Doutes, in-4, Mss.
Recueil sur les matières les plus intéressantes, par Albert Radicati, in-8.
L’Antiquité dévoilée par ses usages, 1766, 3 vol. in-12, br.
Discours sur la liberté de penser et de raisonner. _Londres_, 1718, in-12.
Les Trois Imposteurs, in-8, Mss.
Questions et Lettres sur les miracles, in-8, br.
David, ou l’Homme selon le cœur de Dieu, 1768.--Saül et David, tragédie, 1760, in-12, br.
L’Arétin, ou Paradis des Histoires de la Bible, 2 vol. in-12, br.
Lettres iroquoises, 1755, in-12.
Recueil de Pièces concernant le saint Nombril de Châlons, in-8, Mss.
Taxes de la Chancellerie romaine, ou la Banque du Pape, 1744, in-12.
Le Contrat social, par J.-J. Rousseau, 1762, in-12, br.
L’Asiatique tolérant, in-12, br.
Entretiens des Voyageurs sur mer, 4 vol. in-12.
Apologie de la Révocation de l’Édit de Nantes et de la Saint-Barthélemy, 1758, in-8.
Avantages... du mariage des Prêtres, 2 vol. in-12.
La Philosophie du bon sens, 2 vol. in-12.
Principes de philosophie morale, ou Essais sur le mérite et la vertu, 1745, in-12.
Le Monde, son Origine et son Antiquité.--De l’Ame et de son Immortalité, 1751, in-8.
Histoire d’Ema, 1752, in-12.
Histoire naturelle de l’Ame, trad. de Charpp, 1745, in-12.
Œuvres de la Mettrie, 2 vol. in-12.
De l’Esprit, in-4.
Lettres sur les Sourds et Muets.--Lettres sur les Aveugles, 2 vol. in-12.
Lettres philosophiques de Voltaire, avec plusieurs pièces libres, 1747.--La Fille de joie, 1751, maroquin.
L’École de l’Homme, etc. 3 vol. in-12, en un relié.
Les Mœurs, 1748, in-12.
Le Cosmopolite, ou le Citoyen du monde, 1753.--Margot la Ravaudeuse, in-12.
Le Bonheur, poëme en six chants, 1773, in-12, br.
Méditations philosophiques, in-8, Mss.
Pensées philosophiques, 1746, in-12.--Pison, etc.
Questions sur l’Encyclopédie, 1770, 9 vol. in-8, br.
Mes Pensées. Qu’en dira-t-on? 1751, in-12.
Œuvres de J.-J. Rousseau, 10 vol. in-8, br.
Philosophie de la Nature, 1770, 3 vol. in-12, br.
Lettres sur les Ouvrages philosophiques brûlés le 18 août 1770, br.
L’Art de faire des garçons, 2 vol. in-12. (A cause de la reliure.)
La Pucelle de Voltaire, 1762, in-8.
La Dunciade, ou la Guerre des Sots, 2 vol. in-8, br.
Meursii Elegantiæ latini sermonis, 1657, in-12.
L’Académie des Dames, figures, in-12, maroq.
Angola, 2 vol. in-12.
Le Berceau de la France, in-12.
La Berlue, 1759, in-12.
Les Bijoux indiscrets, 2 vol. in-8, fig.
Le B..... (Bidet), histoire bavarde, 1749.
Candide, 1761, in-12, br.
Canevas de la Pâris, ou Mémoires pour l’histoire du Roule, in-12.
Cléon, rhéteur cyrénéen.--Le Canapé couleur de feu, in-12, maroq.
Le Cousin de Mahomet, 2 vol. in-12.
L’École de la Volupté.--Essai sur l’esprit et les beaux esprits.--Politique du Médecin, de Machiavel, in-12.
La Fille de Joie, 1751.--Mlle Javotte, 1758, in-12.
Histoire du prince Apprius, in-12.
Histoire de la Brion, de la comtesse de Launay.--Vénus dans le cloître, ou la Religieuse en chemise, in-12.
Hipparchia, histoire grecque, in-12, maroq.
L’Homme au Latin, ou la Destinée des Savants, 1769, in-8.
Le Huron, ou l’Ingénu, 2 vol. in-12.
Les Lauriers ecclésiastiques.--Mémoires pour la Fête des Fous, in-8.
Margot la Ravaudeuse.--L’Art d’aimer et le Remède d’amour, in-8, maroq.
La Messaline, in-12, br.
La Princesse de Babylone, in-8, br.
Les Reclusières de Vénus, in-8.
Le Sopha, 2 vol. in-12.
Tanzaï et Néardané, 2 vol. in-12.
La Tourière des Carmélites.--L’Origine des C..... sauvages, in-12, br.
Le Moyen de parvenir, 2 vol. in-12.
Le Cabinet satirique, in-8, maroq.
La Légende joyeuse, ou les Leçons de Lampsaque, in-12.
Pièces libres de Ferrand.--Nocrion, conte allobroge.--Tourière des Carmélites, in-12, maroq.
Poésies galantes latines et françaises, 2 vol. in-12, et un volume italien.
Passe-temps des Mousquetaires, in-12.
Le Balai, poëme, in-8.
Aventures de Pomponius, 1724, in-12.
Mémoires pour..... l’Histoire de Perse, 1746, in-12.
Amours de Zeokinizul, roi des Kofirans, in-12.
La Dernière Guerre des Bêtes, 1758, in-12.
Mémoires de Mme de Pompadour, 2 vol. in-12.
L’Espion chinois, 3 vol. in-12, br., 1765.
Mémoires de M. de T....., maître des requestes, in-8, Mss.
Jean danse mieux que Pierre, in-12.
Les Jésuites en belle humeur, 1760, in-12.
Histoire de la Bastille, 5 vol. in-12, br., figures.
Histoire amoureuse des Gaules, 5 vol. in-12.
Extrait du Dictionnaire de Bayle, 2 vol. in-8, br.
Analyse de Bayle, 4 vol. in-12.
Cette liste est intéressante; on y voit figurer des ouvrages peu édifiants, il est vrai, mais très-littéraires, tels que le _Moyen de parvenir_, le _Cabinet satirique_, etc., qui se trouvent souvent décrits dans la plupart des catalogues de vente imprimés à cette époque. On y rencontre naturellement quelques écrits hétérodoxes de Voltaire, de Fréret, du baron d’Holbach, de J.-J. Rousseau; mais on peut supposer que la qualité du propriétaire de cette bibliothèque fut pour beaucoup dans la proscription des livres, qu’on n’a pas voulu laisser vendre sous la garantie du nom d’un commissaire au Châtelet de Paris. C’est ainsi que, dans ces derniers temps, le Conseil de l’instruction publique s’est ému du Catalogue des livres plus que légers qui composaient la bibliothèque de feu Noël, ancien inspecteur de l’Université, et a exigé l’épuration de cette bibliothèque avant la vente. Quoi qu’il en soit, les experts désignés à l’effet d’épurer aussi le Catalogue des livres de M. de Rochebrune n’ont pas pris garde à certains ouvrages plus hardis et plus scabreux que ceux qu’ils retranchaient. Nous citerons les suivants qui sont restés à leur place dans le Catalogue.
Nos 2270. Contes très-mogols. _Paris_, 1770, in-12.
2319. Aventures philosophiques. _Tonquin_, 1766, in-12.
2334. Cela est singulier, histoire égyptienne, 1752, in-18, imprimé sur papier bleu.
2353. Giphantie. _Babylone_, 1760, in-12.
2374. Histoire et Aventures de dona Rufine. _Paris_, 1751, in-12.
2383. Kanor, conte traduit du sauvage. _Amsterdam_, 1750, in-12.
2387. Les Libertins en campagne. _Au Quartier-Royal_, 1710, in-12.
2389. Lucette, ou les Progrès du libertinage. _Londres_, 1765, 3 vol. in-12.
2425. Mille et une Fadaises, contes à dormir debout. 1742, in-12.
2433. Les Nouvelles Femmes. _Genève_, 1761, in-8.
2435. La Nuit et le Moment, ou les Matinées de Cythère. _Londres_, s. d., in-12.
2436. On ne s’y attendait pas. _Paris_, 1773, 2 vol. in-12.
2443. Le Plaisir et la Volupté, conte allégorique, 1752, in-12.
2447. Psaphion, ou la Courtisane de Smyrne. 1748, in-12.
2458. Les Sonnettes, ou Mémoires du marquis de... 1751, in-12.
2460. Tant mieux pour elle. In-12.
2464. Les Têtes folles. _Paris_, 1753, in-12.
2372. Zéphirine, ou l’Époux libertin, anecdote volée. _Amsterdam_, 1771, in-8.
Ce sont précisément ces petits romans de galanterie transcendante que les censeurs de l’Université ont supprimés dans le Catalogue de feu Noël, sans doute parce qu’ils les connaissaient bien: _experto crede Roberto_. Les experts de 1774 n’avaient pas probablement la science infuse en ces sortes de matières. L’échantillon que nous avons donné du Catalogue de Rochebrune suffira pour prouver que ce joyeux commissaire était digne d’être l’ami de Crébillon fils et du chevalier de Mouhy.
PRIX DES LIVRES DE THÉOLOGIE EN 1797.
Lors de la suppression des ordres monastiques et des maisons religieuses, il y eut une baisse immédiate dans le prix des livres de théologie, non-seulement parce que les bibliothèques de couvents contenaient une énorme quantité de ces sortes de livres, qui allaient inévitablement rentrer dans la circulation commerciale, mais parce que les fonds des éditions publiées par les Bénédictins de Saint-Maur et par d’autres congrégations se trouvaient accumulés dans des dépôts qui devenaient propriété nationale. Pendant cinq ou six ans, en effet, ces beaux livres, si précieux pour l’histoire, furent frappés d’un tel discrédit, qu’on les vendait au poids du papier, et qu’on détruisait ainsi des éditions presque entières. Quelques libraires pressentirent alors que les grandes collections des Pères, des Conciles, des historiens de l’Église, reprendraient bientôt leur valeur; ils achetèrent, comme papier à la rame et comme vieux papier, tout ce qu’ils purent trouver dans ce genre, et ils ne tardèrent pas, en effet, à réaliser d’énormes bénéfices, en vendant à l’étranger d’abord, et, peu de temps après, en France, ces ouvrages excellents, dont le Gouvernement avait, pour ainsi dire, provoqué la destruction.
Une vente à l’encan, qui eut lieu à Paris, rue et porte Saint-Jacques, les 15 et 16 floréal an VI (1797), révéla tout à coup une hausse inattendue sur les livres de théologie que le libraire chargé de la vente avait osé admettre dans une notice sommaire. Ravier, qui publiait alors son _Journal de la librairie et des arts_, y inséra un extrait de cette notice, qu’il fit précéder des observations suivantes, que nous croyons devoir reproduire à cause de leur justesse, malgré leur mauvais style; c’est un document curieux pour constater les variations du prix des livres:
«Nous insérons la notice suivante, quoique peu conséquente, parce qu’elle contient un genre de livres qu’on ne rencontre pas très-fréquemment dans les ventes, la plus grande partie des bibliothèques qui les contenoient ayant été fondues dans les dépôts nationaux; on sera surpris de voir que des livres, qu’on ne croyoit pas susceptibles aujourd’hui d’un grand produit, aient été portés à leur ancienne valeur, et plus surpris que le Gouvernement n’ait pas été conseillé, lorsqu’il en étoit encore temps, de faire passer, en Espagne, en Portugal et en Italie, ces masses énormes, qu’il auroit pu échanger très-avantageusement. Il n’est plus temps aujourd’hui de s’occuper de cette idée; les circonstances ont fixé, dans tous les gouvernements, et dans les corporations religieuses surtout, cet esprit d’inquiétude qui s’accorde moins avec les acquisitions de ce genre qu’avec tout autre. Il ne reste d’autre moyen d’en tirer parti que de les verser dans le commerce, ce dont on nous menace tous les jours; mais, si ce projet s’effectue, les volumes de 15 à 18 francs, la plupart de ces chefs-d’œuvre d’impression se vendront au poids, et, pour retirer une goutte d’eau, le Gouvernement aura porté le dernier coup au commerce. Ainsi, pour n’avoir pas saisi le moment opportun de s’en défaire, il se trouve aujourd’hui dans l’impérieuse nécessité de les conserver.»
J. Menochii Commentarii totius Scripturæ, studio R. J. de Tournemine. _Parisiis_, 1719; 2 vol. in-fol., 19 fr. (Valeur actuelle, selon le _Manuel du Libraire_, de Brunet, 24 à 30 fr.; estimé 30 à 45 fr.)
Œuvres de Bossuet. _Paris_, 1743, 20 vol. in-4, v. m., 106 fr. (Selon Brunet, 100 fr. environ, après avoir valu 250 à 300 fr. sous la Restauration; estimé 150 à 180 fr.)
J. Goar, Rituale Græcorum, gr. et lat. _Parisiis_, 1647, in-fol., 18 fr. (Selon Brunet, 30 fr.)
Pontificale romanum, in-fol., fig.; net 10 fr. (Selon Brunet, 20 à 24 fr.)
J. Cottelerii Patres apostolici, gr. et lat., ex edit. J. Clerici. _Amsterd._, 1724; 2 vol. in-fol., 35 fr. (Selon Brunet, 120 à 150 fr.)
L. Dacherii Spicilegium veterum aliquot scriptorum. _Parisiis_, 1723; 8 vol. in-fol., 30 fr. (Selon Brunet, 100 fr.; estimé 150 à 180 fr.)
Ecclesiæ Græciæ monumenta, gr. et lat., ex edit. J. Cottelerii, _Parisiis_, 1677; 3 vol. in-4, 15 fr. (Selon Brunet, 30 à 36 fr.; estimé 60 à 90 fr.)
S. Justini opera, gr. et lat., ex edit. Benedictinorum. _Parisiis_, 1742; in-fol., 20 fr. (Selon Brunet, 40 à 48 fr.; estimé 50 à 80 fr.)
S. Cypriani opera, ex edit. Steph. Baluzii. _Parisiis_, 1726; in-fol., 19 fr. (Selon Brunet, 36 à 40 fr.; estimé 50 à 70 fr.)
S. Irenei opera, gr. et lat., ex edit. B. Massuet. _Parisiis_, 1710; in-fol., 18 fr. (Selon Brunet, 40 à 48 fr.; estimé 40 à 60 fr.)
S. Hilarii opera, gr. et lat., ex edit. Petri Constant. _Parisiis_, 1693; in-fol., 13 fr. (Selon Brunet, 30 à 36 fr.; estimé 40 à 60 fr.)
S. Cyrilli Hierosolymitani opera, gr. et lat., ex recensione A. Touttée. _Parisiis_, 1720; in-fol., 18 fr. (Selon Brunet, 36 à 48 fr.; estimé 50 à 70 fr.)
S. Basilii magni opera, gr. et lat., ex edit. J. Garnier. _Parisiis_, 1721; 3 vol. in-fol. (Selon Brunet, 120 à 150 fr.; estimé 150 à 180 fr.)
S. Ambrosii opera, ex edit. Le Nourry. _Parisiis_, 1686; 2 vol. in-fol., 65 fr. (Selon Brunet, 70 à 72 fr.; estimé 70 à 100 fr.)
S. Joannis Chrysostomi opera, gr. et lat., ex edit. Bern. de Montfaucon. _Parisiis_, 1718; 13 vol. in-fol., 200 fr. (Selon Brunet, 500 à 600 fr.; estimé 800 fr.)
S. Hieronymi opera, ex edit. Ant. Pouget. _Parisiis_, 1693; 5 vol. in-fol., 94 fr. (Selon Brunet, 120 à 150 fr.; estimé 200 à 250 fr.)
S. Augustini opera, ex edit. Benedictinorum. _Parisiis_, 1679; 8 vol. in-fol., 73 fr. (Selon Brunet, 200 à 250 fr.; estimé 250 à 350 fr.)
S. Leonis magni opera, ex edit. Pascasii Quesnel. _Lugduni_, 1700; in-fol. Réuni à l’article suivant, faute d’acquéreur.
S. Prosperi opera, ex edit. L. Mangeart. _Parisiis_, 1711; in-fol., 18 fr. (Selon Brunet, 24 à 36 fr.; estimé 40 à 50 fr. Quant à l’édition des Œuvres de saint Léon, en un seul volume, elle est peu estimée en comparaison des éditions de Rome et de Venise, en 3 vol in-fol. chacune; néanmoins, elle vaut bien 15 à 25 fr.)
S. Gregorii magni opera, ex edit. Benedictinorum. _Parisiis_, 1705; 4 vol. in-fol., 71 fr. (Selon Brunet, 80 à 120 fr.; estimé 150 à 200 fr.)
Guarini Grammatica hebraica et lexicon, 4 vol. in-4, v. m., 54 fr. (Selon Brunet, 40 à 48 fr.; estimé 50 à 80 fr.)
On voit, par le rapprochement de ces différents prix à cinquante et soixante ans d’intervalle, que les bons livres tombés au rabais par suite de circonstances qu’on peut appeler de force majeure, ne manquent jamais de se relever et de remonter à leur ancien prix, sinon à un prix supérieur. Ainsi la vente du C***, au mois de floréal an VI, fut comme le signal de la hausse qui n’a pas cessé depuis de favoriser le commerce des grands ouvrages de théologie, et qui ne paraît pas même s’être arrêtée par suite de la réimpression à bon marché de ces ouvrages, indispensables à toute bibliothèque d’érudition.
PLAN D’UNE ÉDITION DES OPUSCULES D’ANTOINE-ALEXANDRE BARBIER.
Les bibliographes sont généralement un peu paresseux, dès qu’il s’agit de publier; ils travaillent beaucoup, ils travaillent sans cesse; ils entreprennent et ils mènent à bonne fin des ouvrages immenses, dont l’idée seule épouvanterait le littérateur le plus prodigue de son encre, mais qu’on ne leur parle pas de faire imprimer: ils n’ont jamais fini la tâche qu’ils se sont imposée, ils ne la jugent jamais assez parfaite, ils veulent toujours y ajouter, et ils y ajoutent toujours. Voilà comment tant de beaux travaux bibliographiques restent inédits, quoique achevés. Adry, Mercier de Saint-Léger, Beaucousin et tant d’autres, ont laissé une prodigieuse quantité de notes manuscrites qui feraient d’excellents livres.
Cet exorde n’a pas d’autre objet que de chercher querelle (et Dieu fasse qu’il me le pardonne!) à mon cher et savant collègue, M. Louis Barbier, directeur de la Bibliothèque du Louvre. Je l’accuse hautement de négligence, sinon de paresse, à l’égard de l’admirable monument bibliographique élevé par son illustre père, et continué par lui avec tant de zèle et de persévérance; oui, je lui reproche, dans un sentiment d’affectueuse et sincère sympathie qu’il appréciera, de ne pas faire paraître une nouvelle édition augmentée et complète du _Dictionnaire des anonymes et pseudonymes_. Ce dictionnaire, dont la seconde édition (Paris, Barrois, 1822-27, 4 vol. in-8) est épuisée depuis plus de trente ans, n’est pas seulement un livre utile et vraiment digne d’estime, c’est un livre nécessaire, indispensable pour quiconque s’occupe de bibliographie; tout le monde désire, tout le monde attend une réimpression que M. Louis Barbier nous a promise, et qu’il nous doit, à nous tous qui sommes les humbles et fidèles disciples de l’auteur du célèbre _Dictionnaire des anonymes_.
Ce dictionnaire est presque un chef-d’œuvre de critique et d’érudition; on peut le perfectionner en certaines parties, on peut l’augmenter et l’étendre, on peut surtout le continuer jusqu’à présent, mais il ne faut pas songer à le refondre ou à le refaire sur un nouveau plan. Ce serait en détruire l’économie et lui ôter sa valeur intrinsèque. Il s’agit là d’un ouvrage essentiellement remarquable, connu partout, cité sans cesse et adopté d’une manière définitive. Si cet ouvrage était de ceux qui changent de forme et qui se remplacent par d’autres plus complets et mieux exécutés, les exemplaires qu’on voit passer de temps en temps dans les ventes publiques trouveraient-ils acquéreur au prix de 70 à 80 francs? Au reste, nous savons, de bonne source, que M. Louis Barbier n’a pas cessé depuis trente-cinq ans de préparer l’édition que nous lui demandons avec instances aujourd’hui, au nom des bibliographes et des bibliophiles, pour l’honneur de la mémoire de son digne père.
Mais ce n’est point assez, et s’il fait droit à notre demande, comme nous l’espérons, nous sommes déterminés à lui demander davantage. Il ne prendra pas, Dieu merci, nos demandes en mauvaise part. Nous lui demandons, dès à présent, de réunir les opuscules bibliographiques d’Antoine-Alexandre Barbier, et de les publier aussi, pour la plus grande joie des bons bibliophiles. Il y a maintenant un public, et même un public nombreux et passionné, pour ces sortes de publications. Les brochures que Peignot faisait imprimer à petit nombre pour les distribuer à ses amis, qui ne les lisaient pas toujours, sont recherchées maintenant par les amateurs, qui se les disputent dans les ventes, à des prix de plus en plus excessifs. Quand Techener recueillera les œuvres bibliographiques de Charles Nodier, il trouvera plus de souscripteurs que le charmant conteur et spirituel écrivain n’en eut pour ses romans et ses nouvelles fantastiques. Le moment est bon, ce me semble, pour rassembler en corps d’ouvrage les travaux épars, oubliés ou inconnus, d’un bibliographe.
Antoine-Alexandre Barbier a été un des meilleurs collaborateurs de Millin, et il a répandu quantité de mémoires, de notices et de lettres dans la volumineuse collection du _Magasin_ et des _Annales encyclopédiques_, collection précieuse que les grandes bibliothèques publiques ne possèdent pas. Auparavant, il coopérait à la rédaction du _Mercure de France_; plus tard, il a prêté son concours à d’autres recueils périodiques, ainsi qu’à diverses publications collectives. Tout ce qu’il a écrit pour les journaux et pour les encyclopédies est marqué au coin d’un rare esprit de critique. Aucun de ses contemporains ne fut initié mieux que lui aux détails intimes de l’histoire littéraire, non-seulement pour la France, mais encore pour les pays étrangers. Personne ne traitait comme lui un point de bibliographie raisonnée; personne ne composait plus solidement un article de biographie; personne, en un mot, ne faisait un meilleur usage des livres, et personne ne savait mieux les juger.
N’est-il pas étrange et monstrueux que des travaux si utiles et si estimables soient comme non avenus, et se trouvent enfouis çà et là dans des collections qu’on ne lit plus? Eh bien! je propose d’en extraire avec soin tout ce qui doit former les œuvres bibliographiques et critiques de l’auteur du _Dictionnaire des Anonymes_. Quelques-unes de ces notices ont été tirées à part, et même le marquis de Chateaugiron avait fait imprimer à dix exemplaires un titre destiné à les réunir en volume. Ces dix exemplaires, que sont-ils devenus? Nous n’en avons pas vu passer un seul dans le flot incessant des ventes de livres. Mais un volume ne suffit pas pour nous contenter, il en faut trois, il en faut quatre et davantage, si notre cher collègue, M. Louis Barbier, nous donne satisfaction en publiant les travaux inédits de son père, notamment les rapports que le bibliothécaire de l’empereur Napoléon Ier rédigeait, par ordre, sur des ouvrages anciens et nouveaux.
Voici comment j’entendrais la division des œuvres d’Antoine-Alexandre Barbier.
I. _Lettres bibliographiques._ Je comprendrais sous ce titre les lettres de différents genres que l’auteur a fait insérer dans les journaux, de 1795 à 1825. Je vais citer, sans ordre méthodique, celles de ces lettres qui sont venues à ma connaissance.
Lettres relatives à divers points d’histoire littéraire. (_Clef du cabinet des souverains_, nos 1717, 1331, 1334 et 1785.)
Lettre aux rédacteurs des Soirées littéraires. (T. III, p. 142 de ce Recueil.)
Lettre sur l’Histoire de Marie Stuart, par Mercier, de Compiègne. (_Mercure de France_, t. XX, p. 236.)
Lettre sur le Gouvernement civil de Locke, et particulièrement sur les traductions françaises de cet ouvrage. (_Ibid._, t. XXII, p. 29.)
Lettre sur les Aventures de Friso, par Guillaume de Haren, traduites par Jansen, et sur la littérature hollandaise. (_Ibid._, t. XXIII, p. 3.)
Lettre sur le jugement que l’auteur des Soirées littéraires a porté du philosophe Favorin et de J.-J. Rousseau. (_Ibid._, t. XXVI, p. 357.)
Lettre sur l’Aristénète grec et l’Aristénète français. (_Ibid._, t. XXIX, p. 25.)
Lettre contenant la dénonciation de plusieurs plagiats. (_Ibid._, t. XXIX, p. 94.)
Lettre à Chardon de la Rochette sur la bibliographie. (_Magasin encyclopédique_, 1799, t. III, p. 97.)
Lettre à Millin sur quelques articles du Magasin encyclopédique. (_Ibid._, 1799, t. V, p. 79.)
Lettre au même sur un article relatif à dom Lieble. (_Ibid._, 1814, t. II, p. 369.)
Lettre sur la traduction de Plaute, par Levée. (_Ibid._, t. VI, 1815, p. 275.)
Lettre au sujet de la Notice nécrologique de Ripault. (_Revue encyclopédique_, t. XXII, p. 766.)
Nombreuses lettres publiées depuis la mort d’Antoine-Alexandre Barbier, dans le _Bulletin du Bibliophile_ et dans d’autres recueils littéraires par les soins de son fils.
II. _Études bibliographiques._ Ce sont des dissertations et des notices, dans lesquelles l’auteur a prouvé qu’il ne s’arrêtait pas aux titres des livres, et qu’il envisageait toujours la bibliographie au point de vue littéraire.
Catalogue des livres qui doivent composer la bibliothèque d’un lycée; rédigé à la demande de Fourcroy. (_Paris, impr. de la République_, an XII-1803, in-12 de 43 p.)
Préface et table des divisions du Catalogue des livres de la bibliothèque du Conseil d’État. (_Paris_, an XI-1803, in-8 de 54 pages.)
Réponse à un article du Mercure de France relatif au Dictionnaire des Anonymes. (_Paris_, 1807, in-8; réimprimé à la fin du t. IV de la 1re édit. de ce Dictionnaire.)
Notice sur les éditions des Vies de Plutarque et du roman d’Héliodore; traduits par Amyot. (A la suite du t. IV de la 1re édit. du Dictionnaire des Anonymes.)
Articles insérés dans l’_Encyclopédie moderne_ de Courtin: _Anonymes_, _Autographes_, _Bibliographie_, _Catalogue_.
Analyse du Mémoire de Mulot sur l’état actuel des bibliothèques. (_Mercure de France_, t. XXVII, p. 33.)
Anecdote bibliographique sur les _Illustrium et eruditorum virorum Epistolæ_. (_Magasin encyclopédique_, 1802, t. I, p. 235.)
--Sur le véritable auteur de la Connoissance de la mythologie. (_Ibid._, 1801, t. I, p. 37.)
--Sur l’Histoire critique du Vieux Testament. (_Ibid._, 1803, t. I, p. 295.)
Notice du Catalogue raisonné des livres de la bibliothèque de l’abbé Goujet. (_Ibid._, 1803, t. V, p. 182, et t. VI, p. 139.)
Notice des principaux ouvrages relatifs à la personne et aux ouvrages de J.-J. Rousseau. (_Annales encyclopédiques_, 1818, t. IV, p. 1.)
Notice sur les dictionnaires historiques les plus répandus. (_Revue encyclopédique_, t. I, p. 142.)
Notice sur la table des matières du Magasin encyclopédique. (_Ibid._, t. I, p. 574.)
Notice sur les Recherches de Petit-Radel, relatives aux bibliothèques et à la bibliothèque Mazarine. (_Ibid._, t. I, p. 575, et t. II, p. 360.)
Notice sur le Manuel du Libraire, de M. Brunet. (_Ibid._, t. VIII, p. 154.)
Notice bibliographique sur les Lettres portugaises. (_Ibid._, t. XXII, p. 707.)
État des différentes Bibliothèques publiques de Paris en 1805. (Imprimé dans l’_Annuaire administratif et statistique_ du département de la Seine, par P.-J.-H. Allard.)
Réflexions sur l’anecdote relative à la première édition de l’Imitation de Jésus-Christ, traduite par l’abbé de Choisy. (_Publiciste_, 16 prairial an XII.)
--Sur une édition rare de l’Exposition de la Doctrine de l’Église catholique, par Bossuet. (_Journal des Débats_, 15 fructidor an