‹ Errantes et VagabondesChapitre 10 sur 46 · Le régiment qui passe

Le régiment qui passe

J’entends le régiment qui passe :
Vite, vite, accourez enfants,
Laissez fuir l’heure de la classe.
J’entends le régiment qui passe :
Venez voir les soldats charmants.
Au coin débouche la colonne :
En tête sont barbus sapeurs,

Les enfants chéris de Bellone,
Des cuisinières les doux cœurs.
Non, rien ne résiste à leur hache ;
Tout obstacle, devant leurs pas
Disparaît. Sans être bravache
Sapeur on est ou sapeur pas.
Mais admirez ce superbe homme,
À l’air heureux, reluisant d’or
Comme de sa canne la pomme.
Enfants, c’est le tambour major :
Aux tapins, avec grâce, il marque
Le signal des ras et des flas :
Bel homme, au grand jour de ta parque,
On pleurera tes échalas.
Aux tambours battant, en cadence,
La marche qui marque le pas,
Vient succéder la fugue intense
Des trombones et des trombas :
Le troupier dit que la musique
Délasse le corps et l’esprit :
C’est pourquoi cet art magnifique
Chez tout aveugle est en crédit.
Fait caporal en Kabylie,
Capitaine à Balaclava,
Commandant sorti d’Italie,
Puis aux Mexique on l’acheva :
Tel est le grand chef de la bande ;
Qu’il est vaillant sur son coursier !
Tout tremble à la voix qui commande !
Allez, c’est un fameux guerrier.
Il est suivi de son escorte,
Que l’on nomme l’état-major,
Officiers de plus d’une sorte :
Blancs-becs, vieux grisons, vrai trésor
De sécurité pour la France :
Car viennent des jours menaçants,
Les troubades, malgré leur vaillance,
Sans eux, seraient-ils triomphants ?
Salut, grenadiers intrépides,
Au regard vif, au teint bronzé :
À voir vos poitrines solides
De vaincre nul s’est refusé :
Aux premiers rangs dans la bataille
On vous destine, hommes de cœur :
À vous les premiers la mitraille,
La mort. Grenadiers, c’est flatteur.

Chapeaux bas ! Voici la houlette
Ralliant de Mars le troupeau ;
Sont inscrits sur sa colorette
Ses faits d’armes : c’est le drapeau !
Que de vengeances, que de crimes
En son pays se sont accomplis !
Que d’illusions, de victimes
Sont ensevelies sous ses plis !
Derrière la sombre tenue
Tiennent les rangs des fusiliers ;
Hier innocente recrue,
Demain terribles grenadiers :
Car un conscrit est incapable,
Sur l’arme sans un long labeur
D’occire ou blesser son semblable :
Pour cela, vive un voltigeur !
Voltigeurs, voltigeurs alertes,
Pour finir vous faites très bien ;
Coups de mains, surprises, alertes,
Non, avec vous, il n’en est rien.
Vos baïonnettes sont cruelles…
À vous le décisif moment…
Les regards langoureux des belles :
Sans voltigeur nul régiment.
Mais j’oubliais la cantinière ;
La voici, son gentil chapeau
Est sur l’oreille, en bandoulière
Elle porte un petit tonneau.
Depuis dix ans elle est le gage
de certain caporal-tambour,
Qui veut bien, en homme fort sage,
Boire son vin pour son amour.
J’entends le régiment qui passe :
Vite, vite, accourez enfants,
Laissez fuir l’heure de la classe,
J’entends le régiment qui passe,
Venez voir les soldats charmants.

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