Filles et fleurs
Pleines de charme, de souplesse
Sur leurs tiges, de belles fleurs,
Aux yeux ravis de leur déesse,
Étalaient leurs vives couleurs ;
Mais, par une aurore sorcière sereine,
— La rosée ondoyait à peine
Des corolles le teint vermeille —
Sous le feu brûlant du soleil,
Et du zéphir la chaude haleine,
S’étiolèrent lys et jasmin !
Et, sur sa tige languissante
La rose, la veille éclatante,
Vit ravir son royal carmin !
De la fleur vous êtes l’image :
Dans ce séjour d’illusions,
Jeunes filles, fleurs du bel âge,
Craignez le feu des passions !
La sagesse, c’est la rosée
Qui vos jeunes fronts fait fleurir :
Onde pure, source irisée,
Puissiez-vous ne jamais tarir !
1867.