Salut printemps
Salut, printemps ! salut, beaux jours !
Salut, saison des terrestres amours !
Soleil d’avril, sous ta suave haleine,
Je pourrai donc courir la plaine,
Et m’enivrer des parfums doucereux
Qui naissent de tes tièdes feux !
Je pourrai donc, loin du foyer,
Où m’enfermait un climat meurtrier,
Aller, courant les champs et les prairies,
Chercher de douces rêveries !
Et puiser dans le domaine des fleurs
De quoi dissiper mes langueurs !
De toi je fus longtemps privé,
Printemps ! enfin ton règne est arrivé !
J’ai bien souffert dans ma cruelle attente !
À présent, heureuse et contente,
Mon âme fuit le triste souvenir
Du passé qui la fit gémir !
Je sens mon cœur se dilater :
À pleins poumons, je puis vous respirer,
Air bienfaisant, douce brise que j’aime !
Combien mon bonheur est extrême
Lorsque je vois, dans ce jour radieux,
La nature sourire aux cieux !
La verdure couvre le sol,
Et les petits oiseaux prennent leur vol !
Arbres, buissons, que vous bourgeons s’entr’ouvrent,
Que de feuilles vos troncs se couvrent :
Il faut à ces chantres d’épais berceaux
Lors de l’échange des anneaux.
Bientôt j’irai, tous les matins,
Sur les bords des sentiers et des chemins,
Respirer les parfums de la violette !
Bientôt la blanche pâquerette,
Comme l’étoile au limpide horizon.
Étoilera tendre gazon !
Bientôt le lilas, le muguet,
Parfumeront et jardin et bosquet !
Bientôt, au fond de la colline,
Je pourrai cueillir l’aubépine,
Et réunir, en bouquets de printemps,
La tulipe à la fleur des champs !
De la vie, attrayant portrait,
Tout, du monde animé, renaît et reparaît :
Le papillon, l’hirondelle, l’insecte,
Saluent sa végétale secte,
Les conviant au bienheureux séjour
Où règnent bonheur et amour.
Déjà, l’on voit, sur les côteaux,
Bondir pâtres, bergères et troupeaux ;
Le laboureur occuper la campagne,
Et le bûcheron la montagne,
Pour au travail gaiement se préparer,
Et par lui les cieux célébrer.
L’amant pourra donc, cette fois,
À ses amours tresser, tout à la fois,
Guirlandes et printanières couronnes !
Les jeunes et pures madones
Pourront orner, parer les saints autels
De bouquets aux parfums réels !
Beau ciel, longtemps je t’attendis !
Regrettant les trésors que tu perdis !
Mais, aujourd’hui, tu renais, ô merveille !
La nature, avec toi, s’éveille !
Et ma lyre exhale, dans ses accords,
Des accents qu’elle avait cru morts !