À Paul Déroulède
Alors que tout était perdu ! que notre Alsace
Venait grossir le prix d’une infâme rançon !
Que Metz était vendue ! au deuil, que rien n’efface,
La France se voua ! Bismarck avait raison.
Voilà treize ans et plus que la France vous pleure,
Provinces arrachées violemment de son cœur !
Vous oublier ? jamais ! ah ! plutôt qu’elle meure,
Jetant aux nations un dernier cri vengeur !
Quoi ? ce peuple oublier celui qui toujours brille
Parmi les peuples grands, libres et généreux ;
Celui qui fit crouler les murs de la Bastille,
Au cri de : Liberté ! répercuté chez eux ?
Oublier ? quand de toi seulement nous sépare
La montagne fleurie, assise des ballons !
— Au pieux souvenir vaine et fragile barre —
Alsace, de regrets tu remplis nos vallons ?
Quand les Vosgiens, enfants de la grande famille,
D’où l’on vient t’arracher, en un moment fatal,
Ont encore présent ce crime, d’entre mille,
Commis par ces bandits : Le crime de Laval ?
Non, l’oubli là n’est point où toute haine couve :
Prête, au premier signal, à se voir assouvir :
C’est l’espoir du vaincu, l’instinct de la louve
Songeant à ses petits qu’on vient de lui ravir…
..................
C’était, on s’en souvient, à la saison des orges :
Les hordes de Werder, accourant par milliers,
Après avoir franchi les profondeurs des gorges
De nos monts, vinrent choir sur toi, Rambervillers !
Toi, second Châteaudun, que la patrie enflamme ;
Peuple de héros, sous le nombre succombant !
Toi, qui sus protester ; toi, que la Gloire acclame,
Oublier ? à ce mot, ton cœur est bondissant !…
..................
France ! quand apparut l’instant du sacrifice
Un cri de désespoir retentit tout là-bas !
Mais vienne, un jour, sonner l’heure de la Justice,
Des revendications, des décisifs combats,
Aux sauvages « hurrahs ! » de la tudesque engeance,
De sublimes élans nos montagnards remplis,
Jetteront aux échos, leur houle de vengeance !
Crois-m’en, ô vaillant preux ! terreur des noirs oublis.
28 avril 1884.