Le chasseur prudent
« Tout beau,
Perdreau ! »
Disait à son chien de race
Un amateur de la chasse ;
Et l’intrépide quêteur
De maîtriser son ardeur.
Comme on veut son chien on le dresse.
Perdreau ne manquait pas d’adresse ;
Il tenait mordicus l’arrêt,
Et solide était son jarret.
Chasseur et chien longeaient un arpent de luzerne ;
Le Nemrod, d’un coup de sauterne
À peine s’est-il enhardi
Que, soudain, Perdreau s’est raidi :
Il tient un arrêt magnifique.
« De la prudence ! et je me pique
D’avoir pièce dans mon carnier ! »
Pense le chasseur… Un ramier,
Puis deux, puis trois, enfin une douzaine
Prennent le large, vers la plaine.
Le madré couche en joue… attend…
— « Chasseur, l’émotion te trouble
Que tu ne tires point ? » — « Coup double
Ne se fit précipitamment…
Je ne perdrai rien pour attendre…
Tir assuré, gibier au croc à pendre… »
Pauvre chasseur ! je crois l’entendre.
................
« Perdreau cesse de pâtir !
Deux coups viennent de partir :
Cherche ! cherche ! cherche encore !
Vainement, jusqu’à l’aurore
Tu chercherais ! car vois-tu.
Le gibier n’a fait que craindre
Le plomb qui, loin de l’atteindre,
Dans le vide a combattu. »
L’exemple ici l’on voit d’un excès de prudence.
1863.