‹ Errantes et VagabondesChapitre 22 sur 46 · Aux femmes de France

Aux femmes de France

Il ne sera pas dit qu’aux jours des représailles,
Des revendications, des dernières batailles,
Vous, femmes, dont le cœur noble après comme avant,
Fut toujours prêt à plaindre, à s’indigner, devant
Tant d’ardeur au combat, tant de foi, tant de rage,
À l’élan déployé de ce mâle courage,
Vous ne sentiez en vous ce que Jeanne sentit
À l’aspect du drapeau de l’ennemi maudit !
Il ne sera pas dit, vous, qu’aux heures d’angoisses,
Alors que le tocsin, aux clochers des paroisses,
Lugubrement hélait vos fils et vos époux ;
Alors que prosternées saintement, à genoux,
Le cœur plein de fiel, de poignantes alarmes,
Femmes, tout en pleurant, vous bénissiez leurs armes.
Que les Teutons maudits, demain comme jadis,
Exécuteurs haineux de noirs desseins ourdis,
Viendront en légions de bandits et non d’hommes,
Assouvis de pillage, incendier vos chaumes ;
Étaler, de rechef, à vos sombres regards
Leurs mines de rustauds, leurs faces de soudards ;
— Horde puant le musc, qui dans ses doigts se mouche —
Violer vos foyers et salir votre couche :
Pendant que sur un peu de paille de méteil
Vous attendrez, en vain, le repos, le sommeil !
Il ne sera pas dit que les femmes de France,
Quand viendra retentir le grand cri de vengeance,

Que chaque bras valide aura son arme en main
Et chaque cœur l’espoir d’un riant lendemain,
Aux cris poussés par les poitrines haletantes
N’y joindraient pas l’élan des âmes combattantes !
Non, non, on les verra, dans les rangs décimés,
Se mêler aux efforts de leurs héros aimés !
Pour — faisant proclamer la victoire indécise —
Chasser les aigles noirs de l’Alsace insoumise
Les unes s’armeront de fourches et de pieux,
Pendant qu’autres iront leur arracher les yeux

26 juin 1886.

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