Un soir d’automne
Qu’on est heureux un soir d’automne
Quand, par un beau soleil couchant,
On vient jouir du dernier chant
Des oiseaux, dont le bois résonne !
Quand, à l’ombre des picéas,
Parmi les touffes de bruyère,
Assis sur la molle fougère,
On entend murmurer, tout bas,
Le petit ruisseau dont l’eau vive
Coule de rocher en rocher,
Dans lequel viennent s’abreuver
Et le rouge-gorge et la grive !
Mais, ceint d’une couronne blanche
D’aubépine, lys et muguet,
De guirlandes où le bluet
S’unit à la tendre pervenche ;
Juillet, août, riches épis d’or,
Odoriférantes prairies,
Le ciel des âmes attendries
Non, vous n’égalez pas encor :
Car les sens le printemps enivre,
L’été brûlant les engourdit,
Tandis qu’au calme de l’esprit,
Au charme l’automne les livre.
Au printemps, sous les frais ombrages
De vos séculaires rameaux,
Des siècles parant les tombeaux
Vieux sapins, respectés des âges.
Combien ne vins-je pas m’asseoir ?
Loin du murmure de la ville,
Sous vos berceaux heureux, tranquille
Vous m’abritâtes plus d’un soir ?
Avec le pinson, la fauvette
J’étais heureux de me trouver !
Mais, aujourd’hui j’y viens rêver
Et déjà s’enfuit l’alouette !
J’y viens rêver ! et la Nature
Hélas ! bientôt verra pâlir,
S’étioler, s’effacer, mourir
L’auréole de sa parure !
Tout disparaîtra de ces lieux :
Mes fraîches et vertes rotondes,
Vous volerez vers d’autres mondes
Et le linot vers d’autres cieux,
Bien triste alors sera ma lyre !
Les regrets empliront mon cœur !
Adieu plaisir ! adieu bonheur !
Je ne pourrai plus vous sourire !