Viens, gentille abeille !
Viens, près de moi, gentille abeille !
Il est trop tôt pour butiner :
Le soleil à peine s’éveille,
Chaque fleur encore sommeille ;
Viens, autour de moi, bourdonner !
Viens ! nous serons deux, douce amie,
Pour sourir à l’aube et jouir
De cette heure où l’âme est ravie !
Où l’on voit, riante et jolie,
La nature s’épanouir !
Viens ! sois, un instant, ma captive !
Déjà, vois le pâle horizon
Ceindre son auréole vive !
Au souffle du frais aquilon !
De grandeur attrayant symbole,
Sous des milliers de diamants,
S’ouvrent et calice et corolle !
L’oiseau de branche en branche vole
Et Tyrcis répond à ses chants !
Le jour se lève et sa venue
Le coq trois fois a répété :
Le laboureur, à sa charrue,
Rend grâce au dieu de la nue
Des pavots dont il a goûté.
La nuit a fini sa carriére :
Voiles et ténébres ne sont plus.
Au foyer de chaque chaumière
Chacun récite sa prière
Au tintement de l’angelus,
C’est l’heure où se pare la terre
De fleurs, de perles, de corail,
Où l’enfant embrasse sa mère,
Où deux bœufs s’attèlent en paire,
Car c’est l’heure aussi du travail.
Le travail t’invite et t’appelle
Vole vers lui, vole à tes fleurs
Abeille ! au suc de leur mamelle
Va puiser ton miel, ma belle ?
Va butiner dans tous les cœurs !
1868.