‹ Errantes et VagabondesChapitre 41 sur 46 · Qui es-tu ?

Qui es-tu ?

D’essence immortelle et divine,
Toi, devant qui mon front s’incline :
De tout le centre et le milieu,
Unique et que l’on nomme Dieu ;
Toi, qui créas astre, planète,
Le vent, la foudre, la tempête ;
L’être, soit homme ou vermisseau :
Qui mis des ailes à l’oiseau.
L’amour dans toute la nature,
Afin que chaque créature
Y puise à longs traits le bonheur
Ne serais-tu qu’un imposteur ?…
Tour à tour, on te représente
En Dieu d’amour ou d’épouvante,
Colère, doux et bienfaisant,
Selon le sujet, le moment.
C’est ainsi qu’à certaine école
Te faisant mystère et symbole
D’un tout formé d’un nombre trois,
— Et Panurge dit : Je le crois. —
Aux plus mauvais jours de ce monde :
Quand la misère au seuil abonde ;
Que du ciel la foudre et le feu
De ravager se font un jeu ;
Ou que le volcan sous ses laves,
Ensevelit rois et esclaves,
Chaumières, temples et palais ;
Engloutis, perdus à jamais,
Quand, sous l’effort de la tempête,
Se brisent trois-mâts et goëlette ;
On te montre, un pauvre pêcheur,
En Dieu terrible, au bras vengeur.
Puis, domaine de la féerie,
Ce Dieu qui, la veille en furie,
Frappait et causait tant de mal,
Pour peu qu’à certain tribunal
Avec un bon père on s’accorde,
Devient Dieu de miséricorde,

Dieu de clémence, Dieu d’amour…
Que de changements en un jour !…
Est-ce toi qui commets ces crimes
Où s’immolent tant de victimes
Qu’on les compte par milliers ?
Toi, qu’on dit le Dieu des guerriers,
Le Dieu qui donne la victoire
Au plus fort et couvre de gloire
Le vainqueur au meilleur canon,
Serait-ce possible ? non, non,
Puisqu’au lendemain des batailles
Des mères aux chaudes entrailles,
Qu’étouffent douleur et sanglots,
Des pleurs qu’elles versent à flots,
Tu viens, tu viens sécher la trace
en Dieu compatissant. De grâce !
Dieu d’ici-bas, du Paradis
Sors, vrai, de ce salmigondis.
Apparais à l’âme troublée
Comme un zéphyr dans la vallée,
Au souffle bienfaisant et bon,
Ne recélant aucun poison !
Si ton royaume est de ce monde.
Sois Dieu, non de la race immonde
Des Tartuffe et des mécréants,
Mais le Dieu des honnêtes gens.

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