‹ Errantes et VagabondesChapitre 6 sur 46 · Au pied d’un chêne

Au pied d’un chêne

Chêne, témoin du moyen âge
Je viens goûter quelque repos
Sous ton épais et vert feuillage :
Pâtres, bergères et troupeaux
Ont dit bonsoir à la vallée.
Et la brise, sur les côteaux,
Au crépuscule s’est mêlée.
Comme toi, de la solitude
J’aime le calme et les douceurs
Et mon âme, sans être prude,
Préfère le séjour des fleurs
À cette existence mondaine
Où l’on voit s’étioler les cœurs !
Le mien aime les vals, la plaine.
Que me font éclat, pompe, faste,
Vains honneurs et tous les plaisirs
Des grands, orgueilleuse caste ;
La Gloire, aux étoilés saphirs,
Si je ne puis, loin du malaise,
Pour satisfaire à mes désirs,
Courir les champs, tout à mon aise
Si je ne puis dans la Nature
Puiser à l’envi, à longs traits,

Parmi ses touffes de verdure,
Ses fleurs où siègent les attraits,
Quelques rayons de cette flamme
Que Dieu nous donne, en ses bienfaits,
Pour en faire jouir notre âme ?
Rameaux touffus, qu’Éole berce
D’un souffle doux et caressant,
Du monde je fuis le commerce
Et la sphère : tombeau vivant !
J’accours vers vous pour me soustraire
Aux feux du monstre chatoyant :
Rameaux, seuls vous savez me plaire !
Que la Nature m’est donc belle !
Que n’ai-je, en l’animé tableau,
Le vol léger de l’hirondelle
Et pour demeure un nid d’oiseau ?
Que ne suis-je source limpide,
Tendre, adolescent arbrisseau,
Liseron blanc, rocher aride ?
Que ne suis-je petit insecte,
Pour vivre heureux en mon sillon ?
Des fleurs pour sourire à la secte,
Que ne suis-je beau papillon ?
Que ne suis-je myrtile, alize
Pour mûrir au bois ? Aquilon
Pour soupirer avec la brise ?
Mais non ! je suis un pauvre hère
Rivé, par une chaîne, au sol !
Quand tout s’émeut, moi seul espère !
J’attends quand l’oiseau prend son vol !
Et si je chante la Nature.
Bien faible écho du rossignol,
Chêne, est ma pauvre créature !

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