‹ Essai sur l’espèce bovineChapitre 10 sur 10 · RÉSUMÉ

RÉSUMÉ

Résumons, avant de terminer, les considérations diverses exposées dans ce modeste essai relativement à l’histoire, à l’utilité et à la zootechnie de l’espèce bovine. Avec les géologues, nous avons retrouvé les premières traces du bœuf parmi les fossiles des terrains tertiaires et surtout parmi ceux des terrains quaternaires. Son apparition sur le globe terrestre coïncide avec l’apparition des premières traces de l’homme primitif. Aux époques préhistoriques, alors que pour sa conservation individuelle l’homme, ainsi que tous les êtres vivants, devait lutter et combattre, le bœuf dut très-certainement être l’objet de sa chasse. Plus tard, les instincts sociaux grandissant, l’homme dut faire choix, pour se les associer, de quelques espèces animales qui, dans la suite des âges, devinrent ses meilleurs, ses plus utiles, ses plus fidèles auxiliaires. C’est ainsi que l’espèce bovine fut, après le chien, la première qui accepta la servitude à elle imposée par le peuple des Aryas. Une aussi belle conquête ne pouvait être abandonnée par les peuples descendant des Aryas, et nous avons vu, dans la suite des temps, le bœuf domestique suivre l’humanité à travers les phases nombreuses de sa civilisation.

Actuellement, l’espèce bovine a subi dans ses races et ses variétés des influences nombreuses, et elle a pris le tempérament du ciel et la teinture des climats sous lesquels l’homme l’a transportée et élevée. L’influence des climats, si puissante sur toute la nature vivante, a agi avec bien plus de force sur des animaux domestiqués qu’elle n’aurait agi sur des animaux libres et sauvages. La nourriture préparée par la main de l’homme, souvent épargnée et mal choisie, jointe à la dureté d’un ciel étranger, a produit avec les siècles des altérations assez profondes pour devenir constantes en se perpétuant par les générations. Non point que cette cause générale d’altérations soit assez puissante pour dénaturer essentiellement des êtres dont l’empreinte est aussi ferme que celle du moule des espèces animales, mais elle les a changés à certains égards, les a marqués et transformés à l’extérieur ; elle a supprimé de certaines parties pour leur en donner de nouvelles ; elle a peint les races et les variétés de couleurs variées, et par son action sur l’habitude du corps, elle a influé aussi sur le naturel, sur l’instinct et sur les qualités les plus intérieures.

C’est ainsi que nous avons vu dans nos sociétés modernes l’espèce bovine diversement utilisée suivant les contrées et les races qu’on y élève ; nous avons exposé les quatre grandes fonctions économiques que le bœuf réalise si bien dans nos sociétés : producteur de force mécanique, — producteur de lait, — producteur de viande, — producteur de matières fertilisantes et industrielles. L’importance de ce précieux animal est donc réelle et incontestable, et nous devons apporter toute notre sollicitude et tous nos soins à la conservation et au perfectionnement de cette espèce. La docilité du bœuf, la facilité avec laquelle il se soumet sans résistance à tous les travaux domestiques, la libéralité et l’abondance avec laquelle il nous fournit et son lait et sa viande et ses autres dépouilles, n’est-ce pas là plus qu’il n’en faut pour nous faire aimer et estimer à un prix inappréciable un pareil animal ?

Pour ces motifs, nous avons dû faire connaître sommairement les diverses lois scientifiques qui régissent la production du bœuf. À ce sujet, nous avons distingué des lois économiques, des lois physiologiques et des lois zootechniques proprement dites. Nous nous contenterons en finissant de dire quelles conséquences zootechniques découlent de ces lois.

On a admis longtemps que notre bétail français en particulier ne pouvait être amélioré que par des croisements avec les races étrangères, ou même par des substitutions de races. Pendant de longues années on a introduit en France des reproducteurs Durham, des suisses, des hollandais, etc…, et quand à grands frais on avait cherché au loin un troupeau de race étrangère, on croyait avoir rendu un grand service à l’agriculture du pays. Longtemps aussi les éleveurs français et allemands ne se sont distingués que par ces importations et par les efforts qu’ils faisaient pour arriver à la création par des croisements absurdes de prétendues races nouvelles qui le plus souvent n’étaient propres à rien. Heureusement aujourd’hui ces sortes d’opérations zootechniques sont délaissées à peu prés complétement, et on a remarqué que nos races françaises ont des qualités réelles qu’on peut développer par leur amélioration, et qu’il faut avant tout conserver nos races nationales. Dans la pratique des améliorations de nos races bovines, il faut une sélection rigoureuse dans la race à améliorer, en prenant, si l’on veut, les reproducteurs dans les tribus déjà améliorées de la même race.

Enfin, la production fourragère et le progrès agricole en général doivent marcher de pair avec les autres moyens d’amélioration des bêtes bovines ; l’on peut aussi puissamment y contribuer par des soins hygiéniques mieux entendus et par une meilleure alimentation.

P.-F. Lafitte.

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