3° lois zootechniques
Des méthodes zootechniques. — On appelle ainsi les diverses combinaisons des lois physiologiques à l’aide desquelles les formes et les aptitudes des animaux peuvent être dirigées dans un sens déterminé. Par elles, l’homme exerce une action directe et raisonnée sur les animaux qui doivent servir à la satisfaction de ses besoins. Ces méthodes ont un objet, un but et des moyens ou procédés, ce qui leur donne un caractère réellement scientifique. En les appliquant, l’éleveur sait ce qu’il fait, pourquoi et comment il le fait ; c’est ce qui les distingue des préceptes empiriques auxquels ces méthodes ont succédé.
Objet des méthodes zootechniques. — L’objet de ces méthodes c’est d’imprimer aux formes anatomiques et aux aptitudes physiologiques naturelles des mortifications dans le but de les faire servir à la satisfaction des besoins nés de l’état social ; leur objet est encore de conserver et de perpétuer ces modifications ; une fois obtenues, ces modifications sont appelées améliorations.
But des méthodes zootechniques. — En zootechnie, le but à atteindre, ce sont donc des améliorations ou des individus améliorés. Améliorer, c’est augmenter la puissance des fonctions économiques des animaux.
Quels seront les procédés, les moyens, les méthodes à employer pour arriver à cette amélioration des individus ? Nous en reconnaîtrons quatre principaux : une première méthode qu’on a appelée du nom de gymnastique fonctionnelle, basée sur une loi générale de physiologie, ainsi qu’il sera dit plus loin ; les trois autres, dites méthodes de génération ou de reproduction, que nous ferons sommairement connaître sous les noms de sélection, croisement et métissage.
1° Gymnastique fonctionnelle. — On entend par ce procédé l’exercice méthodique d’une fonction physiologique quelconque ; plus spécialement, en zootechnie, c’est l’ensemble des procédés hygiéniques à l’aide desquels les fonctions des animaux domestiques peuvent être méthodiquement exercées en vue de leur perfectionnement et du développement des organes qui concourent à leur exécution. La théorie de cette méthode de zootechnie repose sur deux lois acquises à la physiologie et à l’hygiène : la première loi est relative à l’influence d’un exercice modéré sur le développement des fonctions organiques et sur la constitution des organes qui exécutent ces fonctions ; quant à la seconde loi, on peut ainsi l’exprimer : si tous les appareils de l’économie vivante sont également exercés en même temps, il en résulte un développement total plus intense de tous les organes et de toutes les fonctions ; l’équilibre se maintient parce que les rapports subsistent.
Gymnastique des fonctions de relation. — Le type le plus complet de la gymnastique fonctionnelle appliquée aux appareils de la locomotion, de la circulation et de la respiration, c’est la pratique de l’entraînement dans l’espèce chevaline ; pour l’espèce bovine en particulier, l’importance de ce qu’on appelle le dressage, bien qu’on s’en occupe davantage de nos jours, n’est pas encore suffisamment comprise des éleveurs, surtout quand il s’agit d’animaux destinés au travail du labour.
Gymnastique des fonctions de nutrition. — Il faut ici bien se pénétrer de la double influence des deux lois physiologiques ci-dessus énoncées à savoir : exercice de la fonction pour le meilleur développement de ses organes, et balancement organique si tous les appareils sont également exercés. Nous ne devons ici que donner des généralités ; mais ce qu’il ne faut jamais oublier et qui est même fondamental en zootechnie, c’est que si la gymnastique fonctionnelle qui a fait obtenir les variations des individus vient à cesser son action, l’individu retourne à ses aptitudes et à ses caractères primitifs ; c’est ce qui explique la dégénérescence des bœufs de Durham, qu’on avait la manie, il y a quelques années, de transporter dans des pays à ressources alimentaires insuffisantes. La gymnastique fonctionnelle donne bien des caractères secondaires dont dépendent les aptitudes, mais la fixité de ces caractères n’est pas absolue, elle n’est que relative, et la culture seule peut la maintenir.
Veut-on obtenir des individus vigoureux et forts pour résister aux travaux qu’on exigera d’eux ? Il faudra leur appliquer la gymnastique des fonctions de relation. Veut-on, au contraire, obtenir des animaux grands assimilateurs des éléments de la viande ? Alors la condition la plus favorable à l’exercice de cette aptitude spéciale ne sera plus l’activité des facultés de relation, mais bien l’activité des fonctions de nutrition. Ce sera, on le comprend aisément déjà, le repos au sein de l’abondance, ainsi que l’a si bien dit Baudement. En surexcitant dès le jeune âge l’activité nutritive par une abondante nourriture composée surtout d’aliments combustibles, on voit alors des animaux précoces dont le squelette se réduit ; le tronc l’emporte sur les membres et devient plus ample que les extrémités.
Telle est cette méthode de la gymnastique fonctionnelle sommairement énoncée.
2° Sélection. — Du latin seligere, choisir. La sélection, en zootechnie, signifie l’amélioration des races par elles-mêmes. Ce mot désigne donc aujourd’hui les méthodes de reproduction des animaux dans lesquelles il s’agit d’accoupler des individus aussi semblables que possible, et particulièrement d’obtenir des améliorations sans le secours du croisement. La sélection comporte elle-même deux procédés : elle est absolue ou relative.
Sélection absolue. — Cette opération zootechnique consiste à choisir pour la reproduction les individus des deux sexes qui présentent au plus haut degré les caractères et les qualités de leur race, en même temps que la puissance héréditaire attestée par leur origine ou les mérites constatés dans leur famille. Ce mode de reproduction est suivi pour la plupart des races bovines et ovines de l’Angleterre, la production du bétail dans ce pays (où elle est si remarquable à tous égards) étant dominée, dans l’esprit des éleveurs, par le respect de la pureté des races érigé en une sorte de dogme zootechnique. Faire de la sélection absolue, c’est donc reproduire la race dans sa pureté physiologique.
Sélection relative. — Ce procédé s’applique à toutes les opérations de reproduction. Dans ces opérations zootechniques, il faut toujours tenir compte des lois de l’hérédité et l’on ne peut arriver au succès qu’à la condition de ne point s’en écarter. Ici, les reproducteurs sont choisis seulement en vue des qualités particulières appropriées à la fonction unique que doivent remplir leurs produits. C’est ainsi que des éleveurs habiles ont pu constituer des familles d’animaux parfaitement homogènes par les caractères secondaires qui forment l’objet de leur exploitation. La sélection relative ne vaut donc que pour la conservation et la reproduction des aptitudes.
3° Croisement. — Le croisement est un mode de génération dans lequel des individus d’espèce ou de race différente s’accouplent pour se reproduire. Dans le premier cas, les produits sont dits hybrides (hybridation) ; dans le cas de différence de race seulement pour une même espèce, les produits sont dits métis ; mais il ne s’ensuit pas que l’opération doive être appelée métisation ou métissage ; ces derniers mots ont un sens précis et déterminé qui, en zootechnie, n’est pas celui du croisement. Le mot croisement correspond pour nous à l’idée d’un accouplement, pour la génération, de deux individus dissemblables par leurs caractères essentiels et fondamentaux, il ne peut s’entendre que de l’union d’espèces ou de races différentes, sans quoi il n’y aurait plus croisement.
Nous n’avons pas ici à nous occuper du croisement des espèces ou hybridation ; les considérations que ce croisement comporterait n’entrent pas dans ce sujet. Nous ne nous occuperons que du croisement des races. Buffon et, plus tard, Bourgelat soutinrent que les races ont une tendance naturelle à dégénérer, et pour arrêter cette dégénération, ils vantèrent les croisements de ces races entre elles, celles du nord avec celles du midi surtout. Huzard, le premier, s’éleva contre cette thèse et posa que le croisement, au lieu d’entraver cette prétendue dégénération, dénature les races. De nos jours l’école zootechnique admet que le croisement ne forme pas les races, mais qu’il les détruit. Le croisement conduit à deux buts distincts : ou bien il fait disparaître la race croisée dans la race croisante, en accouplant constamment et indéfiniment les femelles métisses à divers degrés avec des mâles de cette dernière, c’est là le croisement continu, encore appelé croisement de progression ; et dans ce cas les produits de la quatrième génération peuvent être considérés comme purs, car ils n’ont plus aucun des caractères essentiels de la race croisée. Le croisement des races peut, en second lieu, avoir pour objet la production des métis à divers degrés, valant individuellement pour le but industriel qu’ils ont à atteindre, et que les conditions économiques permettent de déterminer. Dans ces conditions, l’effet du croisement est de se plier parfaitement aux nécessités de la situation agricole, de faire obtenir des consommateurs de fourrage dont les aptitudes soient en rapport exact avec les ressources et avec les débouchés, rapport qui ne pourrait exister ni avec la race locale, ni avec celle qui sert pour son croisement. Ce second ordre de croisement est une opération délicate, difficile, qui exige de l’éleveur une grande capacité, une attention soutenue pour se maintenir toujours au niveau des conditions multiples dont le succès dépend, ni en deçà, ni au delà de ce même niveau. Ce mode d’emploi du croisement a un rôle important à jouer dans la production du bétail pour la consommation.
4° Métissage. — Cette opération doit s’entendre, non pas de la production, mais bien de la reproduction des métis. Il y a métissage toutes les fois que dans l’acte de la reproduction le mâle est un métis. Cette circonstance suffit donc pour différencier profondément le métissage du croisement proprement dit. Le métissage comporte lui-même deux cas. Celui de la reproduction des métis entre eux, et celui de la reproduction d’un mâle métis avec des femelles pures. Peut-on par cette méthode zootechnique arriver à la constitution d’un type fixe et déterminé, capable de se reproduire indéfiniment avec ses caractères propres, de façon à avoir des individus dont l’ensemble serait une race ? À cette question il faut répondre par la négative. Il existe en effet une loi naturelle et infaillible dite loi de la permanence des races, en vertu de laquelle l’atavisme reprend toujours ses droits : c’est cette loi qui ramène bientôt le type des métis au type primitif de l’une ou de l’autre des races qui ont concouru à leur formation et assure ainsi la conservation indéfinie des races.
Les métis sont donc impuissants à former des races. Mais à titre de méthode zootechnique, le métissage, conduit convenablement, peut, dans des cas déterminés, rendre des services industriels, si on le combine avec la pratique habile de la gymnastique fonctionnelle et avec celle de la sélection relative.