CHAPITRE II.
=De l’ivrognerie=, =I=, 613.--Tous les vices ne sont pas de même gravité; il y a entre eux des degrés, 613.--L’ivrognerie est un vice grossier qui n’exige pas, comme d’autres, de l’adresse, du talent, du courage, 615.--Dans l’ivresse on n’est plus maître de ses secrets. On a vu cependant quelques hommes conserver, en cet état, le sentiment de leurs devoirs; mais d’autres, en pareille situation, ont pu éprouver les plus grands outrages sans même en rien sentir (l’historien JOSÈPHE et un ambassadeur, AUGUSTE et LUCIUS PISON, TIBÈRE et COSSUS, CIMBER, CASSIUS, les ALLEMANDS, ATTALE et PAUSANIAS, une VILLAGEOISE des environs de Bordeaux), 615.--Les anciens ont peu décrié le vice de l’ivrognerie; c’est en effet celui qui porte le moins de dommage à la société, il est des plus faciles à satisfaire et dans les mœurs de certains peuples (SOCRATE, CATON LE CENSEUR, CYRUS), 617.--Les anciens passaient les nuits à table et quelquefois les jours; nous avons tendance en France à nous modérer sous ce rapport, mais nous nous dédommageons en nous adonnant davantage au libertinage, 619.--Portrait et caractère du père de Montaigne; ce qu’il pensait de la chasteté des femmes, 619.--Boire est à peu près le dernier plaisir qui demeure à la vieillesse. D’où vient l’usage de boire de grands verres à la fin des repas (ANACHARSIS), 621.--Platon interdit le vin aux adolescents tout en le permettant aux hommes faits; encore devraient-ils s’en abstenir lorsqu’ils sont à la guerre ou dans l’exercice de fonctions publiques; son abus est nuisible aux vieillards (les CARTHAGINOIS, STILPON, ARCÉSILAS), 623.--Le vin peut-il triompher de la sagesse? Pour répondre, il ne faut que réfléchir combien est grande la faiblesse humaine (LUCRÈCE, VIRGILE, PLUTARQUE), 625.--Les faits d’impassibilité au milieu des tourments que nous fournissent les philosophes et aussi les martyrs chrétiens, sont des effets de surexcitation due à un enthousiasme frénétique (MÉTRODORE, ANAXARQUE, les MARTYRS), 627.--Cette surexcitation apparaît également dans les propos tenus sous l’effet d’idées fixes; nous la constatons aussi chez les guerriers, les poètes chez lesquels l’âme peut, sous cette influence, s’élever au-dessus d’elle-même (ANTISTHÈNE, SEXTIUS, ÉPICURE, ARISTOTE, PLATON), 627.