III
LA DOCTRINE
Par la façon dont elle est manifestée, nous pressentons déjà ce que peut être la doctrine de Claudel. Elle n'est pas une construction philosophique, un système dont les parties soient distinctes et les unes les autres se compensent, constituant un équilibre architectonique. Car elle n'est pas une explication imposée après coup à la nature. Mais elle se produit à chaque instant dans sa totalité et chaque fois elle est plus complexe et plus une. C'est le mystère du génie, au lieu de s'exposer en trois points, de s'exprimer toujours entièrement et de s'agrandir en se répétant, en se recommençant sans cesse. La logique vraie n'est pas l'enchaînement de propositions séparées, mais la croissance, le grossissement, l'enrichissement perpétuels d'une seule vérité, en quoi toutes les autres peu à peu semblent éclore. Aussi la doctrine de Claudel est-elle indécomposable, _inexplicable_. Comment analyser cette révélation que nous sentons peu à peu naître en nous dans sa perfection et dans son unité? L'Arbre est un: il croît en même temps dans tous les sens. Comment décrire en phrases successives son expansion multiforme et simultanée? Je ne l'oserais pas si Claudel lui-même, dans l'_Abrégé de toute la doctrine chrétienne_, n'avait donné à sa pensée une forme déductive. Pour rendre absolument exacte l'interprétation, il faudra se souvenir sans cesse que le procédé analytique, nécessaire à l'exposition, change l'aspect de la doctrine et lui fait perdre la force qu'elle a dans sa concentration et dans sa plénitude.
LE MONDE
Pour voir le monde selon sa vérité, "nous ne chercherons point à comprendre le mécanisme des choses de par-dessous, comme un chauffeur qui rampe sur le dos sous sa locomotive. Mais nous nous placerons devant l'ensemble des créatures, comme un critique devant le produit d'un poète, goûtant pleinement la chose, examinant par quels moyens il a obtenu ses _effets_, comme un peintre clignant des yeux devant l'œuvre d'un peintre, comme un ingénieur devant le travail d'un castor[1]". Nous voyons le _volume_ de la réalité se dérouler continûment, nous constatons "une relation constante entre certains _motifs_, comme d'une fleur à sa tige, du bras avec la main[2]". Cela nous fait croire que tout s'enchaîne _nécessairement_, qu'"il n'y pas d'effet sans cause", qu'à chaque effet est assignée une cause véritablement productrice et créatrice, que le monde est soumis à des _lois_ qui en déterminent rigoureusement le cours. C'est là l'illusion du savant qui cherche "à comprendre le mécanisme des choses de par-dessous". Evitons-la. Que le monde nous apparaisse dans sa spontanéité. La cause, les lois sont des moyens de simplification, des procédés utiles pour "se retrouver dans le dictionnaire de la nature[3]". "Elles n'ont pas en elles-mêmes de force génératrice et de valeur obligatoire[4]".
Qu'est donc le monde, s'il n'est pas une machine montée au principe et qui marche par la détente progressive d'un ressort interne? Pour le savoir, cessons de considérer les choses comme isolées, et chaque objet comme n'ayant de rapport qu'à une cause antécédente qui le produirait. Le monde, vu dans l'instant, est un tableau dont chaque trait et chaque nuance est en relation avec tous les autres traits, toutes les autres nuances. Le monde est un accord, une harmonie infiniment complexe, dont toutes les notes s'évoquent mutuellement et se contrepèsent. En effet "nous ne pouvons _définir_ une chose, elle n'existe en soi _que par les traits_ en qui elle diffère de toutes les autres[5]". Définir un objet, c'est tracer sa limite, dire ce qu'il est en disant tout ce qu'il n'est pas, tout ce qui lui manque. De même être c'est _n'être pas_ telle et telle chose:
Toute chose est en ce qu'elle diffère[6].
Donc toute chose a besoin de toutes les autres pour exister; elle n'a point _une_ cause particulière, mais _des_ causes. Elle a pour _causes_ tout l'univers coexistant. Car la cause "... n'est point positive, elle n'est point incluse au sujet. Elle est ce qui lui manque essentiellement. Et que manque-t-il plus essentiellement à l'individu que d'être total[7]"? De cette indigence et de cette exigence de tout être, qui, manquant du monde entier, le réclame et le postule, résulte, par l'interdépendance de tous les termes, l'harmonie universelle. Un équilibre s'établit, une correspondance générale s'organise; le monde _se compense_ dans une unité ineffable, combinant un dessin, un accord, un chiffre.
Mais ce dessin a une perspective, cet accord poursuit sa résolution, ce chiffre tend à se _dé-composer_, à se _dé-nouer_. Le monde n'est pas immobile, il fuit, il coule intarissablement. La concordance de toutes choses est une coopération, c'est-à-dire qu'elle est une relation constante entre des mouvements, des actions, qu'elle se prolonge, se propage et se développe dans le temps. Ou plutôt le temps est lui-même ce déroulement de l'accord instantané et n'est pas autre chose: "Il ne nous suffit pas de saisir l'ensemble, la figure composée dans ses traits, nous devons juger des développements qu'elle implique, comme le bouton la rose, attraper l'intention et le propos, la direction et le _sens_. Le temps est le _sens_ de la vie[8]". Il est le mouvement du monde: et, comme tel, il est double: il y a un temps pur et uniforme, celui qui s'inscrit dans les signes célestes ou sur nos horloges terrestres et qui, régulier, procède par révolutions totales et recommencements; il y a aussi un temps réel, qualitatif, qui est le progrès des êtres vivants et la modification continue de leurs rapports: celui-ci ne recommence jamais, il est autre chose que la reproduction périodique "du jour, du mois et de l'année, il est l'ouvrier de quelque chose de réel, que chaque seconde vient accroître, le _Passé_, ce qui a reçu une fois l'existence[9]". Le temps pur est rempli et compté par les existences particulières; car ses périodes, pour être distinguées et nombrées, doivent contenir chacune une combinaison unique, irreproductible des éléments vivants: "Sous ce qui recommence, il y a ce qui continue. De cette durée absolue notre vie est, de la naissance à la mort, une division[10]". Chaque être a sa tâche prescrite, son morceau de temps à spécifier: "Je sais que j'ai été construit pour mesurer telle portion de la durée. Au-dessous des choses qui arrivent, je suis conscient de cette partie confiée à mon personnage de l'intention totale... J'apparais et je cesse à la place et à l'instant que le commande le dessin et le dessein à quoi je suis nécessaire[11]". Il est donc quelque chose qui s'élabore, une œuvre immense à quoi tous sont attelés; le temps est une coopération de tous les êtres, c'est-à-dire un drame. La vie est un drame:" Le temps passe, dit-on, oui: _il se passe_ quelque chose, un drame infiniment complexe aux acteurs entremêlés, que l'action même introduit ou suscite... J'y ai moi-même mon entrée et ma sortie; mes répliques sont stipulées. Là, toute chose, tout être est son nom propre, son poids spécifique dans le milieu où il est immergé, sa valeur totale en tant que signe du moment où l'action arrive[12]".
Essayons de mieux comprendre l'essence de ce drame et le rôle à l'homme dévolu, comment se joue cette partie et à quel titre chacun s'y trouve engagé: "Nous ne naissons pas seuls. Naître, pour tout, c'est co-naître. Toute naissance est une connaissance[13]". Toute chose apparaît au jour en même temps qu'une foule d'autres avec lesquelles elle est en étroite union et qui déterminent sa place et le sens de son évolution. Elle connaît ces complémentaires en leur co-naissant.--Mais comment le pourrait-elle, si elle n'était de même nature qu'eux, si tous les objets n'avaient une essence commune? Cette essence est le mouvement. "Tout est mouvement[14]" et n'est que mouvement. L'esprit, comme la matière, est un mouvement: tous deux dans leur fond,--bien qu'aucun d'eux ne soit l'auteur de l'autre,--sont homogènes. Or le mouvement qui _fait_ chaque objet, rencontre d'autres objets, c'est-à-dire d'autres mouvements, qui résistent et l'arrêtent; il est forcé de se replier sur lui-même au contact des êtres voisins et, comme il ne peut cesser, il devient vibration, va-et-vient à l'intérieur d'une certaine limite que tracent les présences externes et qui est une _forme_: "La vibration, c'est le mouvement prisonnier de la forme[15]". Chaque objet étant dans son essence un mouvement circonscrit, c'est-à-dire une vibration, travaille à créer sa forme: "Tout mouvement a pour résultat la création ou le maintien d'un état d'équilibre. Cet équilibre, dans le domaine de la matière, que ce soit organisée ou brute, ne se trouve que dans l'établissement d'une forme ou figure de composition[16]". Et les formes particulières, en s'agrégeant les unes aux autres par leurs "différences organiques[17]" arrivent à constituer la forme générale de l'univers, ce dessin complexe et un, en qui chacune trouve sa raison d'être, sa justification. Ainsi il n'y a rien d'inerte dans le monde. Les êtres matériels eux-mêmes travaillent à l'œuvre commune: ils sont dans un perpétuel effort. Chacun tâche à construire et à maintenir sa forme; et tous, ils s'appuient, ils s'arc-boutent les uns sur les autres pour construire et maintenir la forme totale. Et c'est en se co-naissant ainsi mutuellement qu'ils se connaissent; car ils s'éprouvent engagés dans une même besogne: la constitution de la face de l'univers. Tel est le premier aspect du drame et ses premiers acteurs.
Cependant les choses ont un rôle en un certain sens purement passif. Elles sont des formes fixes et stables, non point immobiles intérieurement, puisqu'elles sont vibration, mais toujours semblables à elles-mêmes, incapables de développement.--Les êtres organisés au contraire sont des formes actives, des formes changeantes, des formes qui se développent et qui, plus ou moins, s'adaptent. L'animal "n'existe plus par une simple limitation opposée du dehors, il se fait du dedans lui-même[18]". Il crée sans cesse sa forme, il la renouvelle continuellement, en consumant les aliments qu'il s'assimile:" Il se conserve en se détruisant[19]". Il lui est ainsi permis de se détacher de la source du mouvement et de se mouvoir spontanément parmi les êtres immobiles: "De même que le cercle ou le polygone s'insèrent suivant leur forme sur un plan, de même dans la nature, la bête conduit sa forme animée[20]".
Mais l'homme a plus et mieux à faire. L'animal est construit pour un certain développement; il est né pour co-naître à un certain nombre d'objets qui sont indispensables au maintien de sa forme. Il n'a que la connaissance sensible[21], qui l'informe seulement des objets particuliers, lui faisant savoir s'ils lui sont ou non utiles: "Il reconnaît les parties auxquelles il correspond, le petit monde autour de lui avec qui il a à s'aboucher. Adaptées d'avance, les choses lui fournissent le moyen d'exercer telle forme du mouvement particulier qu'il fournit[22]". "L'animal apporte une série toute prête de déclenchements à des touches prédéterminées. Mais l'homme a été fabriqué pour s'arranger avec tout[23]". En effet il co-naît selon le général, il connaît le général. En tout il sait discerner et extraire les éléments essentiels à son développement. Grâce à la connaissance intelligible, il peut "se "retrouver" partout[24]", s'adapter à toute condition de vie.--Cependant sa place dans l'univers est loin d'être indifférente. Quand il rentre en lui-même, il s'aperçoit qu'il a, lui aussi, un rôle particulier à remplir, qu'une fonction très précise lui est assignée. Les choses attendent de lui la conscience; elles exigent tacitement que leur effort obscur, leur co-naissance deviennent en lui une connaissance claire, une image. La matière invoque le secours de l'esprit: "Et voici que la vie a tressailli dans son sein. Voici végéter le visage[25]"! L'homme se fait "le signe commun" de "tous les objets dont il a connaissance[26]", "l'image passante du moment où ils peuvent souffrir entre eux ce lien[26]". Il les relie en les symbolisant, "il fait la somme[26]", il exprime chaque instant de l'univers. Il fait plus que l'exprimer, il l'aide à être, à passer, à s'écouler[27]. Il donne le signal de se déclencher à des séries de mobiles; il met en marche des stabilités; il fait passer à l'acte tout ce qui attend: "Il est des choses l'image comprenante, et consommante, l'hostie intelligible en qui elles sont consommées[28]". En quelque sorte il crée l'univers dans une partie de sa durée; il provoque, en _com-prenant_ les choses dans son intelligence, la représentation d'une scène du drame. "Chaque homme a été créé pour être le témoin et l'acteur d'un certain spectacle, pour en déterminer en lui le sens[29]".
Nous saisissons maintenant à quel titre l'homme est impliqué dans la tragédie universelle et quelle est la spéciale importance de son rôle. Il co-naît à un certain arrangement du monde, dont le développement et la résolution doivent être son œuvre et celle de ses contemporains. Il est chargé de jouer, en collaboration avec les autres intelligences, une certaine _représentation_.
· · ·
Il doit donc garder scrupuleusement sa place dans les évolutions du chœur. Sa présence dans la voie, qui lui est indiquée par son instinct et son tempérament, est essentielle à la perfection du drame. Le plus grand crime, le seul crime qu'il puisse commettre est de s'en écarter, de se départir de son personnage, de violenter ses goûts et ses tendances, de refuser son rôle:
Quand les Parques ont déterminé,
L'action, le signe qui va s'inscrire sur le cadran du Temps comme l'heure par l'opération de son chiffre,
Elles embauchent à tous les coins du monde les ventres
Qui leur fourniront les acteurs dont elles ont besoin,
Au temps marqué ils naissent.
Non point à la ressemblance seulement de leurs pères, mais dans un secret nœud
Avec leurs comparses inconnus, ceux qu'ils connaîtront et ceux qu'ils ne connaîtront pas, ceux du prologue et ceux de l'acte dernier[30].
Cependant il en est d'assez égarés pour ne pas vouloir observer la mesure et se tenir à leur place. Louis Laine et Thomas Pollock prétendent mépriser ces liens profonds qui les unissent à leurs partenaires: ils tentent d'échanger leurs femmes. C'est Lechy Elbernon qui leur inspire le crime: Lechy, la mutation personnifiée, le symbole de l'inconstance, du désordre, du dérèglement, de la désertion, du divorce; actrice aux multiples visages, _erreur_ et séduction:
Et je m'en vais de lieu en lieu, et je ne suis pas une seule femme, mais plusieurs, prestige, vivante dans une histoire inventée[31]!
Le poison de Lechy corrompt Louis Laine; il réveille en lui ce vieil instinct de liberté, de désobéissance à la vie, qui dort au cœur de tout homme. Voici qu'il va livrer sa femme à Thomas Pollock contre une poignée de dollars, sa femme, Marthe, Douce-amère, celle désignée pour le suivre partout, pour peser bien fort à son bras tout le long de sa route et de sa journée, pour lui "redemander" l'âme que "sa mère lui a donnée[32]". Marthe, le supplie avec indignation, lui montrant qu'à tout homme une femme est donnée pour l'accompagner toujours, et l'embarrasser, et augmenter et partager sa douleur:
Et l'homme n'a point d'autre épouse, et celle-là lui a été donnée, et il est bien qu'il l'embrasse avec des larmes et des baisers[33].
S'en séparer, c'est troubler l'ordre de la vie, c'est briser la mesure du chœur. Et tout échange, tout divorce sont punis. Marthe le sait bien quand elle implore la justice de l'Univers[34]. Laine le comprend à la fin: et voici qu'il court, hagard, cherchant la place qu'il a perdue, ne pouvant plus la reprendre.
Malheur à moi parce que je suis dans le grand monde comme un homme égaré et perdu[35]"!
Il s'est mis hors la loi; il faut qu'il disparaisse; la vie va reprendre son impassible régularité; sans violence, sans saccade, avec la sûreté lente des besognes inévitables, elle va disperser la folle tentative humaine:
Tout est vain contre la vie, humble, ignorante, obstinée[36].
L'échange est le crime essentiel; mais il est aussi le crime impossible; car il ne peut subsister. Ainsi qu'au fond de la nuit anxieuse un des veilleurs de _Tête d'Or_ l'avait compris:
... Toutes choses sont incommutables[37]!
Il faut donc obéir à sa voie, tenir sa partie, suivre sa route, accomplir sa journée. Quelle joie vaut celle d'acquiescer à cette ineffable cérémonie, dont nous sommes les protagonistes? Chacun a son volume à dérouler. Voici Violaine; en elle est éclose
La vocation de la mort comme un lys solennel[38].
Sans pitié pour son bonheur terrestre, avec une confiance divine, elle se jette en Dieu, ne s'épargnant aucune douleur, accueillant fidèlement tout martyre. Mais voici Mara aussi, qui sait bien que sa route est avec Jacques Hury, et qui s'acharne à le rejoindre malgré lui, et qui met son courage à le suivre désespérément; tous les crimes qui se trouvent sur sa voie, qu'elle doit commettre pour accomplir sa vie avec rigueur, elle les assume sans hésitation et, quand elle a tué Violaine, elle pense:
Je ne pouvais pas faire autrement. Il le fallait[39].
Jacques, amèrement trompé par Mara, détourné par elle de Violaine, comprend cependant qu'il a fait son devoir en vivant sa vie auprès de cette femme; ce qui importe ce n'est pas le bonheur de son amour, mais l'accomplissement exact de son rôle, sa signification, sa voix dans le chant total et l'universelle harmonie; si cette voix doit être douloureuse, elle n'en est pas moins nécessaire:
... Mais moi,
La tâche à faire, je l'ai encore devant moi, le devoir à épuiser, la rançon avec tous les termes à solder.
Ainsi faisant vie de tout comme un arbre qui pousse, ce n'est nulle part aucune douceur que je chercherai,
Mais l'utilité essentielle, car dans l'action est la vie et la jouissance est une pourriture[40].
Enfin Anne Vercors, en conduisant fortement; sa vie par la voie assignée, en quittant sans hésitation sa famille et ses biens, quand il sent que son devoir l'appelle en Amérique, découvre que le bonheur n'est pas un bien extérieur, qu'il faille capter, mais qu'il se retrouve dans l'accomplissement strict de la tâche prescrite, dans la collaboration librement acceptée à l'œuvre universelle. Ce n'est pas le bien-être qu'il faut espérer, c'est la satisfaction dans la lassitude, c'est l'abandon de tout l'être épuisé au repos, c'est le calme de la journée finie, c'est la paix:
La paix, pour qui la connaît, la joie
Et la douleur y entrent pour des parts égales[41].
Elle est dispensée, au moment suprême, à ceux qui furent des acteurs fidèles et scrupuleux du drame. Elle est refusée à ceux qui voulurent se dérober à leur mission, se dépouiller de leur personnage.
C'est qu'aucun geste n'est indifférent; chacun a sa valeur dans l'ensemble et pèse sur tout le reste.--Le Monde ne se développe pas par un enchaînement simplement mécanique; il n'est pas une machine fonctionnant avec une nécessité indifférente; les philosophes suppriment toute intention dans les choses; sous prétexte de science, ils excluent toute fin extérieure à la Nature: Aussi devant eux: "Voici l'automate éternel dansant indéfiniment[42]"!--Mais ils se trompent. Le monde a besoin que tous les êtres qui le composent coopèrent librement à son développement et travaillent sans cesse à le constituer. Car il est quelque chose qui _se fait_ dans une intention, qui a une fin extérieure. Cette fin, qui est aussi son origine, c'est Dieu.
[1] _Connaissance du Temps_. Art Poétique, p. 9.
[2] _Ibid_. p. 20.
[3] _Connaissance du Temps_. Art Poétique, p. 16.
[4] _Ibid_. p. 20.
[5] _Ibid_. p. 17.
[6] _Le Repos du Septième Jour_. L'Arbre.
[7] _Connaissance du Temps_. Art Poétique, p. 27.
[8] _Connaissance du Temps_. Art Poétique, p. 28.
[9] _Ibid_. p. 39.
[10] _Ibid_. p. 44.
[11] _Connaissance du Temps_. Art Poétique, p. 45.
[12] _Ibid_. p. 48-49.
[13] _Traité de la Co-naissance au monde et de soi-même_. Art Poétique, p. 53.
[14] _Traité de la Co-naissance_. Art Poétique, p. 62.
[15] _Ibid_. p. 68.
[16] _Ibid_. p. 66.
[17] _Ibid_. p. 66.
[18] _Traité de la Co-naissance_. Art Poétique, p. 70.
[19] _Ibid_. p. 83.
[20] _Traité de la Co-naissance_. Art Poétique, p. 108.
[21] Ce serait ici le lieu de décrire la connaissance sensible, qui est le privilège de l'animal, et qui consiste proprement dans le fait d'endurer le contact des objets circumvoisins, dans l'_information_ de l'être par le dehors. La connaissance intelligible, réservée à l'homme seul, est la perception de la _constance_, la découverte de ce qu'il y a de _semblable_ dans les choses, l'appréhension du général.--Voir la 2e et la 3e parties du _Traité de la Co-naissance_.
[22] _Traité de la Co-naissance_. Art. Poétique, p. 143.
[23] _Ibid_. p. 111-112.
[24] _Ibid_. p. 109.
[25] _Traité de la Co-naissance_. Art Poétique, p. 137-138.
[26] _Ibid_. p. 138.
[27] "L'intelligence est ce qui consomme les choses, ce qui les réduit à l'esprit, c'est-à-dire à ce mouvement dont elles le décèlent en fuyant..." _Ibid_. p. 141.
[28] _Ibid_. p. 142.
[29] _Traité de la Co-naissance_. Art Poétique, p. 148.
[30] _Les Muses_. Bibliothèque de l'_Occident_, p. 19.
[31] _L'Echange_. L'Arbre, p. 215.
[32] _Ibid_. p. 179.
[33] _L'Echange_. L'Arbre, p. 208.
[34] _Ibid_. p. 220.
[35] _Ibid_. p. 231.
[36] _Ibid_. p. 227.
[37] _Tête-d'Or_. L'Arbre, p. 33.
[38] _La Jeune Fille Violaine_. L'Arbre, p. 530.
[39] _Ibid_. p. 496.
[40] _La Jeune Fille Violaine_. L'Arbre, p. 532.
[41] _Ibid_. p. 530.
[42] _Connaissance du Temps_. Art Poétique, p. 25.
DIEU
Le Monde décèle Dieu. Le Monde n'est que mouvement; l'essence de toute chose et de tout être est mouvement; ce que nous appelons matière n'est point la cause ou le lieu du mouvement, mais simplement les "divers arrangements[1]", les formes que produit le mouvement. L'homme même est une vibration, son esprit un mouvement. Or: "le mouvement d'un corps est son abandon du lieu premièrement occupé. Il est donc, nous l'avons dit, de soi et avant tout, un échappement, un recul, une fuite, un éloignement imposé par une force extérieure plus grande. Il est l'effet d'une intolérance, l'impossibilité de rester à la même place, d'être là, de subsister... L'origine du mouvement est dans ce frémissement qui saisit la matière au contact d'une réalité différente: l'Esprit. Il est la dilatation d'une poignée d'astres dans l'espace; et la source du temps, la peur de Dieu, la répulsion essentielle, enregistrée par l'engin des mondes[2]". "Tout mouvement ... est _d_'un point et non pas _vers_ un point[3]". Ce fait que le monde se meut en toutes ses parties et passe, implique qu'il y a quelque chose qui ne passe point: "Toute chose créée ... désigne son origine en s'en écartant[4]". De même que nous reconnaissons la présence d'un lièvre au tremblement de la haie où il se cache, de même nous devinons Dieu au branle de l'Univers, le Créateur à "l'agitation sacrée de la créature[5]". En un certain sens le Monde est ce qui n'est pas: "Tout _périt_. L'univers n'est qu'une manière totale de ne pas être ce qui est[6]".--Dieu, s'il est, épuise toute l'existence. Pour exister aussi d'une certaine façon, il faut s'exclure de lui, se séparer de lui, le fuir, s'occuper à ne pas être ce qu'il est. Or en effet tout fuit d'un point qu'on ne voit pas, tout s'écoule, tout travaille à _périr_, à ne pas être. Donc Dieu est. C'est ainsi que l'instabilité du Monde prouve Dieu. Elle est inexplicable sans Lui. Le _sens_ des choses ne se comprend que par Lui.
Mais ce _sens_ ne peut être représenté par la ligne droite; le mouvement ne va pas indéfiniment dans la même direction: "Tout mouvement est limité par une fin, qui est la production, la naissance d'un être, quelque chose qui soit capable de _finir_[7]". Ainsi s'organise, comme nous l'avons vu, la combinaison des formes, dont la totalité constitue la Nature. La _Nature_ est ce qui "est occupé à naître[8]", c'est-à-dire à être ce qui n'est pas, à ne pas être ce qui est, à ne pas être Dieu. Chacun de ces efforts individuels, de ces mouvements particuliers, qui sont l'essence des choses, tend vers une _fin_, qui est son complément, ce qui lui manque pour être total. Et l'ensemble a aussi sa _fin_, qui est l'Unité. L'univers ("version à l'unité")[8] a pour _fin_ l'Un, c'est-à-dire Dieu, en qui il doit finalement se résoudre. De même qu'il sort de Dieu, il y retourne; il a en lui son principe et en lui sa consommation; son origine et sa fin sont Dieu. Dieu l'a créé pour qu'il "représente au-devant de ce qui est ce qui n'est pas[9]". Il ne faut donc pas qu'il oublie sa "précarité" et pense pouvoir se suffire. Il n'existe pas pour lui-même, mais seulement pour ne plus exister, pour "se décomposer dans l'accord explicatif et total, "pour" consommer la parole d'adoration à l'oreille de _Sigè_ l'Abîme[10]".
Seul l'esprit de l'homme ne passe point, il est la seule chose qui, hors de Dieu, _subsiste_. C'est qu'il a été créé pour une mission spéciale. Tandis que l'animal est "construit comme un joujou pour tel saut déterminé[11]", "l'homme connaît le permanent, c'est-à-dire qu'en toutes choses il reconnaît le fait de la variation par rapport à un point fixe, comme en chinois l'idée d'éternité est exprimée par le caractère "eau" avec un point au-dessus[12]". Il saisit le rapport constant entre la fuite du monde et l'immobilité de Dieu. Il réduit les choses à l'éternité en les _comprenant_ et en les nommant. Il les arrache au temps, il crée dans son esprit leur image indestructible et il les fixe dans un mot "inexterminable[13]".--Comme nous le savons, le rôle de l'homme est de se faire l'image commune des éléments innombrables de l'univers, de les comprendre. Nous voyons maintenant que c'est pour les offrir sous cette forme impérissable à Dieu. L'homme est chargé de _représenter_ sans cesse au Créateur la Création: "Tout _passe_, et, rien n'étant présent, tout doit être représenté[14]". A l'homme un esprit a été donné, simple, incorruptible pour connaître toutes choses, pour les ordonner autour de lui comme autour de leur principe, pour leur prêter un _sens_ en leur fournissant un point de convergence, et pour les dédier ensuite, ainsi éternisées, au Principe véritable qui les a produites: "L'homme est un principe exclu, une origine forclose. Par rapport au monde, il est chargé du rôle d'origine, de "faire" le principe selon quoi tout vient s'ordonner... Par rapport à Dieu, il est le délégué aux relations extérieures, le _représentant_ et le fondé de pouvoirs[15]". Dieu a établi l'homme sur la terre pour l'administrer comme un intendant qui doit compte au maître de sa gestion; il lui a livré le monde
... pour qu'il lui en fasse la préparation, l'offrande, le sacrifice et la dédicace[16].
Telle est la place de l'homme, tel est son "séjour intransgressible[17]". L'homme occupe "le très-saint Milieu[18]"; il est à l'intersection du Ciel et de la Terre, il est le centre de la Croix. Le bâton de l'Empereur a poussé deux branches latérales, et c'est le signe que présente au peuple l'Explorateur de l'Enfer. Comme l'Arbre, l'homme est soumis à une double attraction: celle du sol où l'attachent ses racines, celle du soleil qui fait épanouir ses feuilles et l'attire vers en haut. Autrement dit, l'homme subit l'exigence du monde où il vit, qui réclame de lui la conscience, et l'exigence de Dieu, à qui il doit consacrer cette image du monde qu'il élabore. A ces deux questions simultanées et contraires il doit répondre par son travail d'abord, ensuite par son repos. Par son travail il arrache à la terre tout ce qu'elle renferme de précieux, il réunit ses tendances obscures et en fait une pure idée. Par son repos il offre à Dieu ce joyau, cette quintessence. Il faut donc qu'après les six jours de labeur, il dédie le septième au repos:
... Comme un serviteur qui, ayant paré sa maison y introduit son maître, Qu'il élève les mains vers le Ciel[19].
Et qu'il se tienne debout sur la terre, comme un prêtre auprès de la table des offrandes[20].
Telle est la prescription par laquelle l'ordre est établi dans le Monde.
[1] _Traité de la Co-naissance_. Art Poétique, p. 152.
[2] _Connaissance du Temps_. Art Poétique, p. 33-34.
[3] _Ibid_. p. 52.
[4] _Traité de la Co-naissance_. Art Poétique, p. 134.
[5] _Abrégé de toute la doctrine chrétienne_, § 2.
[6] _Traité de la Co-naissance_. Art Poétique, p. 132.
[7] _Traité de la Co-naissance_. Art Poétique, p. 135.
[8] _Ibid_. p. 136.
[9] _Ibid_. p. 137.
[10] _Connaissance du Temps_. Art Poétique, p. 52.
[11] _Traité de la Co-naissance_. Art Poétique, p. 155.
[12] _Ibid_. p. 156.
[13] _Ibid_. p. 157 et 158.
[14] _Ibid_. p. 136.
[15] _Traité de la Co-naissance_. Art Poétique, p. 133.
[16] _Le Repos du Septième Jour_. L'Arbre, p. 304.
[17] _Ibid_. p. 314.
[18] _Ibid_. p. 310.
[19] _Le Repos du Septième Jour_. L'Arbre, p. 304.
[20] _Ibid_. p. 317.
LE PÉCHÉ ORIGINEL ET LA RÉDEMPTION
Mais en réalité l'ordre n'est pas dans le monde: "Nous vivons ... dans un état de désordre. Il y a eu une viciation de l'_Ordre_ primitif, du commandement qui a enjoint aux choses d'apparaître; un gauchissement de certains rouages qui cause du frottement dans tout l'appareil[1]". C'est pourquoi nous prend à contempler le monde cette angoisse qui étreint Cébès. Nous nous interrogeons dans la terreur, nous cherchons, sans le trouver, le sens de ce que nous voyons. C'est l'effroi du jeune homme:
... qui contemple sans comprendre l'ouverture du jour,
Empli de chuchotements comme un arbre mort[2].
Sa signification a été retirée à l'univers. Un chaos est présenté à notre anxiété.
"Ce désordre par définition ne peut être l'œuvre du Créateur, puisque toute chose est bonne de ce seul fait qu'elle soit son œuvre. Il ne peut donc être l'œuvre que de la créature libre, libre de se prendre elle-même pour fin, au lieu de Dieu qui n'a pas de fin. Différence, préférence. Cette préférence vicieuse est le péché dit _originel_, qui a pour cause cette différence originelle d'avec Dieu en qui l'être se complaît, se plaît en tant que tel[3]". Le péché originel est proprement le refus de l'aveu, le refus de reconnaître Dieu pour fin. Créé par Dieu à son image, l'homme s'est saisi de l'être qui lui était remis, et il a fait de lui-même sa fin; il a renié le Seigneur du Ciel; il a dénié l'hommage; il a détourné son regard de la présence divine; il a dit non à la lumière. L'humanité s'est soustraite à Dieu. C'est pourquoi s'émeut encore en nous cet "esprit de blasphème[4]", cette scélératesse profonde, ce "cri bas" dont l'Empereur, au contact du Démon, se sent brusquement torturé: relique du méfait primitif, survivance de la révolte originelle. En effet nous portons la faute du premier homme. L'homme, "séduit par le serpent, se complut dans sa fin comme si elle lui était propre et non point celle de la volonté de Dieu, dont il était l'instrument. Et c'est pourquoi une fin lui fut en effet donnée et la mort de ce corps qui lui servait à l'atteindre[5]". "La conséquence du péché originel, par qui l'être fini se choisit pour fin est la _Fin_, ou mort, ou séparation[6]".
C'est une fin qui est imposée à Tête-d'Or et à la Ville et au peuple du Milieu, car tous, victimes du péché originel, méconnaissent la vraie fin: Dieu. Tête-d'Or représente le plus grand effort de l'homme pour suppléer Dieu, et son échec. Par une tension désespérée de tout son être, par une frénésie d'héroïsme il s'arrache à son inertie, il soulève son pays; il entraîne derrière lui les peuples, comme un fleuve déborde ses berges, il gravit la plus haute cime du globe. Mais il retombe, arrêté par son propre poids, rappelé par les liens qui l'attachent à la terre et qu'il a consolidés de son adhésion. En effet c'est un esprit terrestre qui souffle en lui, qui le transporte et qui, l'abandonnant soudain, le laisse s'effondrer. Le sentiment de sa vie, de cette merveille qu'il y a à vivre, l'exalte et l'égare. Ce lui est un enchantement, un enivrement perpétuel de sentir:
... cette vie à moi, cette chose
Non mariée, non née,
La fonction qui est au-dedans de moi-même[7].
Et le délice d'éprouver sans cesse cette force en lui empêche Tête-d'Or d'en chercher la fin; il méconnaît son origine, il méconnaît Dieu. Non qu'il n'en ait aucune conscience: une inquiétude veille en lui, qui pourrait le sauver; au moment de s'élever sur les hommes, il sent soudain son insuffisance, il se précipite, sanglotant, sur la Terre, ne désirant, n'appelant plus que la nuit sur sa solitude. Plusieurs fois il s'arrête dans son exaltation, doutant de sa force, comprenant que quelqu'un lui manque:
Et qui ai-je, moi? et qui ai-je, moi[8]?
Mais chaque fois et jusqu'au dernier moment:
De nouveau
Comme une flamme roule
Dans sa poitrine le grand désir[9].
Désir "vorace, obstiné, insatiable[10]", délire brusque et obscur comme celui du vin, transport brutal qui l'étouffe, colère, passion. Il s'affole et blasphème, il affirme que l'homme sorti de la terre, doit revenir à la terre. Il ne comprend pas le sens de la mort de Cébès.--Cébès meurt de son inquiétude, mais dans cette inquiétude il trouve la certitude et la paix; il a si fort et si longtemps tiré sur ses chaînes terrestres qu'il obtient enfin le détachement suprême, l'attraction délicieuse, le ravissement en Dieu.--Tête-d'Or assiste, désolé et révolté, à sa béatitude et ne devine rien. N'a-t-il pas déjà, sans souci de ses aspirations confuses, enseveli la femme qui le suivait "la face contre le fond[11]" de la fosse, dans l'attitude de ressaisir la glèbe maternelle? A ce sacrilège il joint celui d'usurper la place de Dieu; il prétend se faire la seule fin du peuple; il lui demande exactement ce qu'exige Dieu, de se consumer pour lui, et sa volonté de puissance est telle, qu'il réalise un instant l'accord profond qu'organise entre les hommes la vision de Dieu. Son armée n'est plus qu'un immense amour, qu'un regard vers lui.
Mais la force qui l'anime est vaine; elle ne peut pas le porter longtemps. Voici le sommet du Caucase, le seuil du monde, le lieu marqué pour que l'effort de l'homme s'y défasse, voici le lieu de l'échec humain:
O Roi! ô Roi!
Tu t'élevais vers la fixité comme l'Ange qui porte le sceau de la vie[12]!
Et voici que dans ton triomphe soudain tu t'anéantis; la terre qui te soulevait, s'effondre, le souffle cesse, qui te poussait; quelqu'un est là, avec qui tu ne comptais point! Ta longue agonie, ta révolte, les derniers battements de ton désir, "ô Roi des Hommes[13]", nous y assistons dans l'angoisse et la consternation. Mais ta mort ne nous est pas inutile. Ce sang, que tu disperses en te débattant comme un lion, nous instruit et nous sauve. Nous savons maintenant ce qui manquait. Dieu manquait, dont nous avions détourné les yeux, que nous avions refusé pour maître et sans qui rien ne se peut accomplir:
... Et notre effort arrivé à une limite vaine
Se défait lui-même comme un pli[14].
De même la Ville périt pour avoir oublié Dieu. Elle s'est livrée à Isidore de Besme, l'ingénieur, dont le génie a captivé les forces élémentaires et qui lui a imposé sa domination bienfaisante:
Par moi, pour moi, la ville des hommes s'étend autour de moi
Afin que je connaisse la joie et qu'ils reçoivent de moi l'assistance[15].
Mais la fausseté, l'injustice de cette organisation se décèlent par la misère générale qu'elle entraîne. Comme Besme a usurpé la place de Dieu, comme il s'est fait la fin de la Ville, les hommes n'ont pas voulu offrir gratuitement leur travail à un homme comme eux; ils ont exigé un salaire: ainsi s'est institué le régime de l'échange. Tout a eu son prix; les choses ont été évaluées par l'or; on s'est mis à les échanger, à violer de cette nouvelle façon l'ordre incommutable du monde. De plus, le salaire promis au travail, en supprimant la joie et la liberté, a dissous tous les liens entre les hommes:
... Tout effort qui a le désir pour mobile suppose la satisfaction pour terme:
Toute satisfaction est individuelle, tout terme est immobile[16].
La Ville est en proie à la _décomposition_; et le régime qui la tue, ne peut même pas donner à son maître un soupçon de bonheur. Comme il a dérobé à Dieu sa place, comme il a prétendu le supprimer de la vie sociale, Besme ne trouve devant lui que le néant. Car "qui nie l'être, il nie tout être. Qui retire le _Verbe_ de la phrase, elle perd son sens". Besme est obligé d'avouer:
L'ennui de la mort est pareil à la solitude que j'envisage[17].
et il ajoute cette terrible menace:
L'homme ne sortira point du sépulcre qu'il s'est construit[18].
Il faudra la violence inconsciente et destructrice d'Avare, les divinations de Lâla et la révélation apportée par Cœuvre pour arracher l'homme à son abjection et fonder la Ville nouvelle
... dans la clarté de l'évidence[19].
Cette misère de l'humanité, qui semble irrémédiable à la plupart, c'est toujours à la faute originelle qu'elle est due. Elle a toujours pour cause le crime d'un homme qui usurpe la place de Dieu. Par elle nous expions le crime du désaveu. Mais un châtiment plus profond encore nous attend après la mort:
N'ayant plus que nous-mêmes pour fin[20],
nous avons cédé à l'attraction de la matière; c'est en elle que nous avons cherché notre joie, en elle que nous avons placé notre récompense, c'est dans sa compagnie que nous avons voulu nous complaire. Elle a déçu toutes nos attentes, elle nous a comblés de déconvenues. Il n'importe; notre peine est inévitable. La Terre nous réclame par l'intermédiaire des morts pour nous ensevelir. Une fois morts, nous suivons la direction de nos pensées, et si nos pensées se sont toujours inclinées vers la terre, nous pénétrons en elle, nous nous y glissons, afin de la posséder dans son intimité et dans sa profondeur; l'assentiment que nous avons donné, vivants, à son invitation, subsiste après notre mort. Et plus délibérée a été notre adhésion à la pesanteur, plus étroite est notre adhérence à l'épaisseur du sol. Certains entre les hommes ont fait plus que tourner leur préoccupation vers la matière; ils l'ont prise pour maîtresse et proclamée telle; ils ont avoué ouvertement leur monstrueux amour; ils ont écarté toute inquiétude par quoi l'homme peut retrouver Dieu; ils ont enseigné la placidité dans le blasphème. Ce sont les sectateurs de "l'Antiscience[21]" et,--comme leur crime, étant le plus conscient, est le plus odieux,--repliés sur eux-mêmes au plus profond de l'Enfer, dont ils constituent l'ossature, ils sont en proie au feu justicier, "pur, exact, indéfectible[22]".
Cet horrible châtiment: la mort et l'enfer, ne suffit pas à expier le péché originel. En effet
Quelque chose de Dieu a été volé[23]...
L'homme a soustrait à Dieu son image; il a commis un larcin qu'il ne peut réparer. Car "ce qu'il a dérobé innocent, il ne peut le rendre pécheur[24]".
... Où est le mérite de l'offrande? où est l'autorité du donateur?[25]
"Dieu seul peut rendre Dieu (ou l'œuvre de Dieu) à Dieu, par une espèce de recréation, de régénération[26]".
La miséricorde recrée tout[27].
De même qu'en lui refusant l'hommage, nous avons volé à Dieu
... son œuvre, et son bien très précieux, notre volonté[28].
de même Dieu nous "_dérobe notre crime_" et "_opère la restitution_".
Cœuvre.--L'homme s'étant soustrait à Dieu, doit être _restitué_.--
Ivors.--Que veux-tu dire?--
Cœuvre.--Je veux dire _substitué_[29].
Pour suppléer à notre indignité, dont l'offrande ne pourrait compenser notre ancienne grandeur, Dieu lui-même se substitue à l'homme pour se le restituer. C'est le mystère de la Rédemption: Dieu se fait homme et se sacrifie pour nous, constituant ainsi une réparation digne de l'offense, une compensation exacte du rapt originel.
Ce sacrifice sublime l'Empereur l'aperçoit dans l'avenir et le promet à son peuple comme récompense de l'observation du repos:
La gloire de la Vision viendra de la Montagne et de l'Ouest,
Le mystère de la restitution vous sera enseigné, le sacrifice suffisant sera constitué parmi vous[30].
Et l'Empereur nouveau, célébrant l'attente, implore son bienfait:
Entends ma prière! descends, ô Ciel, comme au printemps les eaux surabondantes immensément
Arrivent sur les rizières préparées[31].
Et Cœuvre montre à Ivors cette image
.... imprimée sur le linge de la Véronique.
L'expression en est si austère qu'elle effraie, et si sainte
Que le vieux péché en nous organisé
Frémit jusque dans sa racine originelle[32].
Enfin voici le cri délirant du chrétien, qui se sent sauvé, en qui Dieu efface en les assumant, l'humiliation, la honte, la mort:
Pourquoi cries-tu? tel qu'un cygne sur les eaux résonnantes!
Je me suis réveillé en triomphe,
Parce que me souvenant d'hier, je me suis vu tel que de la neige! Je suis pur! je suis pur!
Je m'enorgueillirai de mon crime; mon Dieu! j'agite ces mains meurtrières!
J'ai frappé, et l'ablution a jailli. J'ai craché,
Et mon insulte est sur toi comme une gorgée de pierreries!
C'est moi! Je vois
Chaque blessure que j'ai faite; elle luit
Plus qu'une lampe, ou qu'une flaque d'eau sous Midi ne rejette une poignée de dards!
Il remporte ma mort! Parce qu'il décrit ma servitude dans ses mains[33]!
Qui refusera le bienfait de la Rédemption? Qui osera repousser le présent divin qui nous est fait? Qui préférera sa mort à la joie de vivre en Christ?
"Par notre union au Christ, son chef, dans l'unité visible de l'Eglise, le corps des fidèles est restitué à Dieu[34]".
[1] _Abrégé de toute la doctrine chrétienne_, § 5.
[2] _Tête-d'Or_. L'Arbre, p. 16.
[3] _Abrégé de toute la doctrine chrétienne_, § 6.
[4] _Le Repos du Septième Jour_. L'Arbre, p. 282.
[5] _Traité de la Co-naissance_. Art Poétique, p. 162.
[6] _Abrégé de toute la doctrine chrétienne_, § 7.
[7] _Tête-d'Or_. L'Arbre, p. 12.
[8] _Ibid_. p. 25.
[9] _Ibid_. p. 157.
[10] _Tête d'Or_, L'Arbre, p. 138.
[11] _Ibid_. p. 10.
[12] _Tête d'Or_. L'Arbre, p. 128.
[13] _Ibid_. p. 128 et 134.
[14] _Ibid_. p. 164.
[15] _La Ville_. L'Arbre, p. 350.
[16] _Ibid_. p. 386.
[17] _La Ville_. L'Arbre, p. 388.
[18] _Ibid_. p. 352.
[19] _Ibid_. p. 422.
[20] _Le Repos du Septième Jour_. L'Arbre, p. 289.
[21] _Le Repos du Septième Jour_. L'Arbre, p. 294 et 301.
[22] _Ibid_. p. 286.
[23] _Ibid_. p. 284.
[24] _Abrégé de toute la doctrine chrétienne_, § 8.
[25] _Le Repos du Septième Jour_. L'Arbre, p. 318.
[26] _Abrégé de toute la doctrine chrétienne_, § 8.
[27] _Le Repos du Septième Jour_. L'Arbre, p. 315.
[28] _Ibid_. p. 305.
[29] _La Ville_. L'Arbre, p. 419.
[30] _Le Repos du Septième Jour_. L'Arbre, p. 318.
[31] _Ibid_. p. 329.
[32] _La Ville_. L'Arbre, p. 420.
[33] Théâtre (Première Série). II. _La Ville_ (première version) p. 170.
[34] _Abrégé de toute la doctrine chrétienne_, § 11.
LA PRÉSENCE DE DIEU
Nous voici de nouveau jetés entre les bras du Père, dans le sein de "Celui qui est toute vie[1]". Retour ineffable; tout nous est pardonné; le geste qui nous accueille a oublié toutes nos iniquités. Et maintenant "le Christ est avec nous[2]"; par notre adhésion à l'Eglise nous faisons corps avec le Christ, nous "communiquons au Christ[3]".--Parce que nous n'avons pas repoussé sa grâce, parce que nous avons entendu son appel, parce que nous avons senti qu'il ne cessait pas de nous solliciter
Tel que la flamme qui, volant sur le bois sec, le flaire en frémissant[4],
nous voilà réintégrés dans la communion et régénérés. La joie nous est donnée de posséder Dieu, de goûter à sa substance, de l'éprouver vivant en nous-mêmes.
D'un geste de folie admirable Violaine brise ses attaches terrestres; elle devine que, pour trouver Dieu, il faut se dépouiller de tout et se donner une soif digne de lui. Chassée de chez elle, aveuglée par sa sœur,
Toute sanglotante et chevelue, pauvre brebis de femme attrapée aux ronces par sa laine[5],
elle erre plongée dans sa cécité. Peu à peu ses yeux découvrent une lumière plus profonde, elle se sent envahir d'une connaissance nouvelle, qui est comme une effusion secrète. Elle "a crié"
... vers Dieu comme s'il était bien loin[6].
et ce qu'elle reçoit c'est:
Plus qu'une réponse, le tirement de toute ma substance,
Comme le secret enfermé au cœur des planètes, le rapport propre
De mon être à un être plus grand[7].
Elle découvre qu'il y a en elle quelqu'un qui n'est pas elle, elle se sent:
... comme lourde et enivrée de sa présence[8],
elle éprouve en son cœur une éclosion silencieuse, délicieuse et terrible. C'est que la présence de Dieu, quand plus rien en nous ne l'offusque, devient active et efficace. Dieu surprend ce que nous avons de plus secret:
Voici que tout éperdus, dans une révolte comme celle de la conception,
Nous sentons que nous ne pouvons plus défendre ceci en nous
Qui est comme le noyau germinal, le grain intime, la semence de notre propre nom[9].
Et cette essence cachée, Dieu la développe, la déploie, l'épanouit en fruits. Sous son aspiration l'arbre humain:
... invente dans son cœur ses fruits dans l'expansion de ses branches[9].
Dans une joie merveilleuse il grandit sur la terre, qu'il bénit de son ombre, il élargit son branchage bienfaisant, il ouvre ses fleurs vers le Ciel. Et quand la mort descend sur lui avec la fin du jour,
Au lieu de fleurs, il n'y a plus que des fruits et la terre en est jonchée[10].
Sous le rayon ineffable de Dieu, les âmes, comme celle de Violaine dépouillées, mûrissent et fructifient et c'est dans un perpétuel transport qu'elles vivent et meurent. Car: "la joie éternelle n'est pas loin de nous". Ce n'est pas un rêve ou un appétit morbide, c'est un besoin organique et légitime de notre nature, le plus essentiel: "Le Royaume des Cieux est en nous[11]".
Comme il est présent en nos cœurs, Dieu doit être présent au cœur de nos cités. Seules vivent et prospèrent les sociétés qui le possèdent; car seules sa vision, son ostension peuvent organiser l'union entre les hommes:
Chaque homme, pour vivre toute son âme, appelle de multiples accords[12]....
Ce n'est pas seulement la compagnie de la femme qui lui est nécessaire; il ne trouve pas en elle seule satisfaction; son besoin est plus vaste, son indigence plus exigeante. Il faut
Qu'à chaque homme _soient_ donnés tous les hommes[13],
que des correspondances relient chacun à toute l'humanité:
Je pense qu'il n'est point d'être si vil et si infime
Qu'il ne soit nécessaire à notre unanimité[14].
La Ville sera donc constituée en vérité et en solidité si elle ménage entre tous les hommes "une harmonie invincible[15]", si elle fonde entre les besoins de chacun et sa fonction un équilibre sûr, si elle remplace "l'échange" par "la communion[16]". Dans cette communion ce n'est plus un salaire qu'en retour de son travail attendra l'ouvrier, mais la satisfaction par les autres de ses besoins, la réponse de ses frères à ses désirs, le complément librement concédé de son indigence.
Mais, pour obtenir ce merveilleux accord, il n'est pas besoin d'une _ré-forme_, d'une modification de la forme sociale. La société n'est pas un engin à imaginer, une organisation à combiner: elle est un fait, elle existe. Elle est complète "avec tous ses organes[17]"; tous ses membres, même ceux qui contemplent et qui sont "ouverts sur l'esprit", ont leur rôle fixé et constituent un corps unique. Il ne faut que donner à ce corps une tête, que proposer à sa fonction la fin véritable: Dieu. Il suffit de rendre Dieu présent, de l'offrir sans cesse à tous les regards pour qu'ils trouvent en lui leur convergence. Car
... La vérité incompréhensible
Est comme le soleil dans la vision de qui toute chose
Dans l'ivresse de la joie et dans l'exultation du témoignage
Invente sa forme et sa vie[18].
Afin de fixer cette présence et de retenir Dieu parmi eux, les hommes construisent l'église. Au début ce n'est que le carrefour vêtu d'un toit; le lieu où les hommes se rencontrent et s'assemblent, s'abrite d'une couverture; l'église n'est que la basilique, asile du commerce et de la transaction. Mais Dieu vient substituer à l'échange la communion; il s'établit dans l'église; sa présence en gonfle et distend les parois; le plafond se mue en voûte, un effort soulève la pierre. La croix est "plantée dans le fond de l'édifice, selon ce geste des deux bras écartés qui montre, qui déploie, qui appelle et qui arrête; qui arrête, ne permettant pas d'aller plus loin[19]". La foule reflue, s'élargit; à son admission s'oppose et se propose la présence divine. L'église s'élance d'un second et vertigineux élan, déchirant l'épaisseur de ses murs, éployant ses ogives comme des ailes, produisant vers le ciel la prière de ses flèches. Elle devient l'âme de la ville, le centre et le noyau de la communauté et son geste vers Dieu. En elle se viennent confondre toutes les aspirations en une aspiration unique, en un seul amour, en une seule oraison: "Ainsi l'on ne voit jamais dans nos vieilles villes la Cathédrale se dégager nettement des maisons où elle est comme prise... L'église _levait_ de la ville et la ville naissait de l'église, étroitement adhérente aux flancs et comme sous les bras de l'Eve de pierre[20]". Elle était le signe de la communion en Dieu et de l'unité vivante de la cité.
Mais avec les siècles le doute est venu. Pour que nous n'oubliions pas Dieu, il faut que sa présence nous soit rendue par l'église plus évidente encore; il faut qu'à chaque instant du jour notre regard puisse le rencontrer:
Pour nous, moins forts que nos pères, nous avons besoin d'une assistance plus continue,
Et nous disons au Seigneur de rester avec nous,
Parce que le soir approche[21].
C'est pourquoi Pierre de Craon a bâti son église qui est triple; à l'Eglise du Matin il a soudé l'Eglise du Soir et l'Eglise de la Nuit. En chacune de partout on aperçoit "le flamboyant Autel[22]", "le Buisson ardent[22]", "le Centre sacré dans les flammes[23]" et, comme chacune s'appareille et s'accommode à un état de notre âme, ainsi toutes convergent vers la vision unique, vers l'ineffable incendie. A l'extérieur l'édifice s'exhausse confusément vers le ciel et, simulant le soulèvement de la ville tout entière vers Dieu,
Culmine en un faîte essentiel[24].
Tel est le piège ménagé par les hommes pour établir, consolider et retenir parmi eux Celui dont ils ne peuvent sans périr détourner les yeux.
Que sont cependant les bienfaits de la présence divine ici-bas au prix de la possession qui nous est réservée après la mort! Alors nous verrons Dieu face à face. Une fois le corps dépouillé et disparu ce mur qu'est la chair entre nous et Lui, nous "voici nus dans le Regard sévère[25]". Si sur terre nous avons vécu avec Lui en vivant dans l'église, Dieu va nous être livré pour que nous nous en emparions, pour qu'il soit notre bien et notre inépuisable délice. Cependant notre possession ne sera pas une confusion, un évanouissement en Lui. L'âme reste distincte: car, si elle ne diffère point de Dieu par sa substance, si elle est son image adéquate, si elle est simple comme il est simple, elle a du moins une fin spéciale, elle a été créée dans une intention particulière, elle est appelée à rendre un témoignage qu'elle seule peut rendre. C'est ce secret de son individualité qu'elle apprend par la révélation de "ce "nom nouveau" dont parlent les Saints Livres[26]". Elle possède, quand elle le sait, "le rythme essentiel de ce mouvement[27]" qui la constitue et par là même elle connaît le mode particulier de son union à Dieu. Elle transforme selon l'_idée_ qui lui est spéciale, la substance qu'elle puise en Lui. Elle aspire Dieu et elle expire une image marquée de son propre sceau. C'est la véritable _action de grâces_, semblable à la fonction respiratoire: "O continuation de notre cœur! ô parole incommunicable! ô acte dans le Ciel futur!... Quelle prise, d'un empire ou d'un corps de femme entre des bras impitoyables, comparable à ce saisissement de Dieu par notre âme, comme la chaux saisit le sable, et quelle mort (la mort, notre très précieux patrimoine), nous permet enfin un aussi parfait holocauste, une aussi généreuse restitution, un don si filial et si tendre[28]"?
Ainsi qu'elle nous permet d'appréhender Dieu, la destruction du corps nous met en communion avec toutes les autres âmes. Car "il y a une étendue spirituelle où les "distances" sont réglées non plus par l'éloignement tactile, mais par les relations harmoniques[29]". Même, l'âme séparée continue à connaître les âmes non-séparées et les choses matérielles. Elle n'est pas immobile; elle est toujours un rythme, le battement d'un cœur,, elle ne cesse pas de naître ni par suite de connaître: "Elle fait partie d'un ensemble et d'un équilibre dont elle ressent en elle-même toutes les variations[30]". L'âme en Dieu embrasse toute la Création, et elle ne s'en détache pas, elle ne s'interrompt pas d'agir sur elle; elle poursuit dans l'éternité l'accomplissement du rôle qui lui a été confié sur terre; mais sa vie, débarrassée des entraves charnelles, au lieu d'être heurtée et incohérente devient "un vers (vers, direction) de la justesse la plus exquise[31]". "Notre occupation pour l'éternité sera l'accomplissement de notre part dans la perpétration de l'Office, le maintien de notre équilibre toujours nouveau dans un immense tact amoureux de tous nos frères, l'élévation de notre voix dans l'inénarrable gémissement de l'Amour[32]"!
[1] _Traité de la Co-naissance_. Art Poétique, p. 163.
[2] _Abrégé de toute la doctrine chrétienne_, § 13.
[3] _Ibid_. § 12.
[4] _Le Repos du Septième Jour_. L'Arbre, p. 287. Il y a un peu plus haut:
Comme Dieu a aimé ses créatures au commencement, il les aime jusqu'à la fin.
Il ne retire point l'être qu'il leur a communiqué et ses volontés sont sans repentir.
[5] _La Jeune Fille Violaine_. L'Arbre, p. 487.
[6] _Ibid_. p. 487.
[7] _La Jeune Fille Violaine_. L'Arbre, p. 488.
[8] _Ibid_. p. 487.
[9] _Ibid_. p. 491.
[10] _La Jeune Fille Violaine_, L'Arbre, p. 491.
[11] _Abrégé de toute la doctrine chrétienne_, § 14.
[12] _La Ville_. L'Arbre, p. 391.
[13] _La Ville_. L'Arbre, p. 392.
[14] _Ibid_. p. 391.
[15] _Ibid_. p. 391.
[16] _Ibid_. p. 392.
[17] _Ibid_. p. 424.
[18] _La Ville_. L'Arbre, p. 422-423.
[19] _Développement de l'Eglise_. Art Poétique, p. 187.
[20] _Développement de l'Eglise_. Art Poétique, p. 182.
[21] _La Jeune Fille Violaine_. L'Arbre, p. 524.
[22] _Ibid_. p. 527.
[23] _Ibid_. p. 525.
[24] _La Jeune Fille Violaine_. L'Arbre, p. 528.
[25] _Traité de la Co-naissance_. Art Poétique, p. 162-163.
[26] _Traité de la Co-naissance_. Art Poétique, p. 165.
[27] _Ibid_. p. 166.
[28] _Ibid_. p. 167-168.
[29] _Ibid_. p. 171.
[30] _Traité de la Co-naissance_, Art poétique, p. 174.
[31] _Ibid_. p. 175.
[32] _Ibid_. p. 178.