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Chapitre 103 Depuis que le monde est monde

Quelle chronologie invoque-t-on lorsqu’on parle ainsi et quelle idée se forme-t-on d’un monde qui aurait pu commencer à l’époque immémoriale, mais nécessairement imprécise, où chacun imagine le point initial des pensées ou des sentiments qu’il croit avoir ? Depuis que le monde est monde, on a toujours fait telle ou telle chose, on a toujours cru ceci ou cela. C’est le niveau intellectuel du cantonnier qui pense qu’on a toujours cassé des pierres comme lui sur toutes les routes de l’ancien ou du nouveau monde. C’est le concept du juge incapable d’imaginer, au cours des siècles, un moment où il n’aurait pas fallu des lois pénales et des magistrats lucides pour les appliquer. Ce qui se voit s’est toujours vu, est-il dit du haut en bas de l’échelle, et ce Lieu Commun n’a pas d’autre sens. On sous-entend que cela se verra toujours, Dieu n’ayant pas la permission de faire des choses nouvelles.

Fort bien, mais nous continuons à ignorer ce que c’est que ce monde qui est toujours monde et dont il est parlé de manière si absolue. L’Évangile dit qu’un jour « la tribulation sera si grande qu’il n’y en aura jamais eu de pareille depuis le commencement du monde et qu’il n’y en aura jamais ». Cette parole ne congédie pas expressément les cantonniers ni les juges, mais elle infirme leur témoignage quant à la permanence et au ne varietur d’un monde qui peut être bouleversé en un instant et n’avoir plus figure de monde.

Or, venant à considérer la menaçante et mystérieuse importunité des vieux Vocables échelonnés sur la route de Thèbes, quand on revient stupide et humilié, du Paradis perdu, je me dis que l’explication de ce Lieu Commun est bien simple si on se rappelle qu’au sens mystique, le Monde signifie l’empire du Diable. A l’instant tout est clarifié.

« Depuis que le démon est démon », il y a les devoirs du monde, les personnes du monde, les imbéciles qui vont dans le monde et la rue est à tout le monde ; il y a le grand monde, le petit monde, le monde savant, le monde littéraire le monde catholique, le demi-monde ; il y a même le Monde illustré, et les gens du monde exempts de l’héroïsme et de la dyspepsie ne se sentent pas mourir.

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