‹ Exégèse des Lieux Communs nouvelle sérieChapitre 108 sur 130 · Chapitre 106 Je ne connais que l’argent

Chapitre 106 Je ne connais que l’argent

Tu voudrais sans doute, épicier immonde, que l’argent ne connût que toi. Mais il en connaît beaucoup d’autres qui te valent bien et tu es trop bête pour le fixer dans ta boutique. Invente donc quelque chose, cochon, ne fût-ce qu’un cirage ou une graisse pour frotter les huissiers et les chiens galeux. La réclame aidant, tu verrais peut-être venir un peu plus d’argent, de ce cher argent, de cet argent bien-aimé que tu crois connaître, à l’exclusion de tout ce qui peut être connu ; avec qui tu couches, avec qui tu dors, de qui la vision peuple tes ignobles songes et qui remplit tout ton sale cœur !

Un affamé te suppliait, il y a quelques instants, de lui donner, pour l’amour de Dieu, quelques débris invendables qui l’eussent peut-être empêché de mourir. Tu répondis à ce pauvre que tu ne connaissais que l’argent ; ta digne femme le menaça de la police et il s’éloigna en vous maudissant. Voilà qui t’est bien égal, me diras-tu. Il est probable, cependant, que ce mendiant était Jésus-Christ dont c’est le travestissement ordinaire et qui est signifié symboliquement par l’argent dans les divines Ecritures. — C’est moi qui suis l’Argent, te dira-t-il un jour, et je ne te connais pas.

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