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Chapitre 112 Faire crédit, ouvrir un crédit

Evidemment, c’est ce que vous n’obtiendrez de personne, si on ne connaît pas la couleur de votre argent. Mais si, montrant une couleur plausible et n’étant pas milliardaire, vous obtenez un crédit quelconque, vous serez dans une situation inférieure à celle des galériens les plus diffamés. Vous serez le nègre, l’esclave antique des commerçants fétides qui vous ouvriront les veines en même temps qu’ils vous ouvriront leur crédit, et qui découperont des tranches de votre chair quand il leur plaira. Le plus bas détaillant qui vous fait crédit est votre maître comme le démon est le maître de ses damnés.

Celui à qui on fait crédit peut se croire en villégiature, c’est-à-dire dans la situation d’un homme que nous supposerons dénué de superflu qui, ayant quitté le bien-être de sa maison et renoncé, pour un temps, à ses habitudes les plus chères, à ses amis, à ses travaux, pour l’illusion décevante et horriblement coûteuse d’un air plus pur, se verrait dans les griffes des monstres de la campagne embusqués sur tous les chemins et décidés à ne le laisser fuir que dépouillé complètement, désespéré, à moitié mort — certains, d’ailleurs, qu’un inexplicable besoin de souffrir le ramènera infailliblement l’année suivante.

Le crédit est un jardinier fort attentif qui vous arrose aussi longtemps qu’il voit en vous un reste de vie, une possibilité de reverdir et de fructifier. Quand s’évanouit cette espérance, il vous arrache pour le feu ou pour le fumier et laboure tranquillement la plate-bande.

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