Chapitre 113 Etre criblé de dettes
Ce n’est peut-être pas mon cas ni le vôtre, ni celui de personne, mais on sait que la chose est possible et cela suffit. Un poète qui doit un pain de quatre livres, quelques kilos de charbon et deux ou trois douzaines de rames de papier, peut fort bien passer pour un individu criblé de dettes. Cela s’est vu et se verra. L’expression, d’ailleurs, est curieuse, quoique difficile à comprendre.
Si je ne me trompe, être criblé signifie avoir été passe au crible ou, si on veut, ressembler à un crible à force de blessures, image certainement excessive et inapplicable aux dettes qu’on peut avoir, lesquelles ne font de trous qu’à la bourse du créancier. Dans le premier cas, l’opération, bien connue des bonnes ménagères, consiste, s’il s’agit des résidus de leur foyer, à séparer, par le moyen d’un tamis, les cendres inutiles de ce qui peut encore être brûlé. On sait que des cendres obtenues de la sorte par le prophète Daniel démontrèrent au roi de Babylone la fraude impie des prêtres de Bel. Par extension, il est parlé quelquefois du crible de la conscience, instrument défectueux et infidèle, laissant passer trop de choses et pouvant être comparé à un de ces vieux paniers percés dont il est imprudent de se servir. Il y a aussi le crible du diable mentionné dans l’Evangile : « Satan a demandé à vous cribler comme le froment », ce qui est une occasion d’inquiétude, Satan étant le pire de tous les menteurs. Mais tout cela n’explique pas notre Lieu Commun.
Signifie-t-il simplement qu’on a beaucoup de dettes, qu’on en est couvert ? Dans ce cas l’agitation violente ou harmonieusement rythmique du tamis m’aura peut-être débarrassé de cette poussière, à moins qu’il ne me soit arrivé de passer moi-même avec elle par l’un des trous, ce qui est peu vraisemblable. Enfin je n’y comprends rien, sinon qu’il est extrêmement embêtant d’avoir des dettes et infiniment désagréable de les payer.
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