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Chapitre 114 Jeter l’argent par les fenêtres

A quel moment et dans quelles circonstances jette-t-on l’argent par les fenêtres ? C’est un point de casuistique bourgeoise. Un ignorant pourrait croire que c’est au moment où on verse au percepteur le montant des impositions pour les portes et fenêtres, en oubliant qu’il n’est question ici que des fenêtres, à l’exclusion des portes ou des soupiraux, des chattières ou des trous de souris par lesquels on pourrait tout aussi bien faire passer des pièces de monnaie.

Je prie les personnes qui veulent s’instruire de remarquer qu’on ne dit jamais : jeter l’or par les fenêtres. Cette façon de parler aurait quelque chose de monstrueux. Il faut laisser aux poètes et autres gens dénués de précision ces ridicules excès de langage. C’est déjà une assez dangereuse concession à la poésie de nommer l’argent.

En réalité on le jette par les fenêtres lorsqu’on donne un sou à un pauvre. Cela est élémentaire et n’a pas besoin de démonstration. Un vrai bourgeois ne doit jamais donner. Mais il y a bien d’autres manières. Exemples : Si vous ratez l’occasion de faire passer un bouton de culotte pour une pièce de 50 centimes ; si vous êtes assez idiot pour faire remarquer à un conducteur d’omnibus, père de huit enfants, qu’il vous a rendu trop de monnaie sur une pièce de quarante sous ; si vous achetez, ne fût-ce qu’à vil prix, un chef-d’œuvre littéraire pour votre plaisir ou un objet d’art que vous n’avez pas l’intention de brocanter ; si vous gratifiez sottement d’une faible somme un pauvre diable qui vous a sauvé d’un péril grave en risquant sa vie, au lieu de le faire empoigner par les sergots, etc. Les circonstances où on est exposé à jeter l’argent par les fenêtres sont à l’infini et l’honnête homme doit y apporter la plus sévère attention.

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