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Chapitre 15 Etre sur des charbons

C’est une autre mauvaise affaire, mais au lieu d’être sur les bras, elle est sous les pieds ou sous le derrière, si j’ose dire. Tout le monde n’a pas la joyeuse humeur de saint Laurent sur son gril où il n’y a de place, fort heureusement, pour aucun bourgeois.

On est sur des charbons lorsqu’on attend le facteur ; lorsqu’on prévoit des gifles et qu’on a oublié son masque de fer ; lorsqu’on est impatiemment attendu par la bien-aimée et qu’on patauge derrière l’omnibus avec le numéro G50 ; lorsqu’on voit que le marchand de parapluies a cédé sa boutique à un débitant de vitriol ; lorsqu’on a un furieux besoin de prendre le train de zéro et qu’il n’est encore que vingt-deux heures ; lorsqu’un mari redoutable monte l’escalier et qu’on éprouve de la difficulté à enfiler son pantalon ou à trouver son chapeau, sans savoir comment on s’évadera ; lorsqu’on exerce un métier honnête et qu’on est forcé de passer plusieurs fois par jour devant la gendarmerie ; etc., etc.

Il y a des gens qui sont toute leur vie sur des charbons et qui n’ont pas le plus petit mot pour rire. Il y en a d’autres qui se plaisent à attiser vilainement ces charbons sous leurs semblables et qui marchent eux-mêmes sur des tessons de bouteilles, en sorte qu’il n’y a que tribulation et misère le long de la vie.

« Si ton ennemi a faim », dit le Saint Livre, « donne lui à manger ; s’il a soif, donne-lui à boire ; ce faisant tu amoncelleras des charbons de feu sur sa tête. » C’est ce que ne fait pas le Bourgeois. Il garde pour lui seul tout son charbon et laisse parfaitement crever de faim et de soif ses plus chers amis.

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