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Chapitre 16 Avoir des charges

On a des charges quand on a du monde à nourrir : une femme, des enfants, une belle-mère, de vieux parents qui s’éternisent et qu’on ne peut pas envoyer chez l’équarrisseur sans perdre quelque chose de sa considération. Il est vrai qu’il y a l’assistance publique, laquelle n’a pas été faite pour les chiens, mais comment y recourir quand on a, en même temps, une charge de magistrat, de notaire ou d’agent de change ? Alors on est un martyr et on en avise quotidiennement la terre et le ciel.

La richesse même n’y fait rien. Il faudrait n’avoir aucune expérience de la vie pour ignorer que plus on est riche, plus les charges sont pesantes parce qu’on a moins de prétextes pour s’en plaindre, et il faudrait être sourd ou bien insensible pour ne pas entendre, à cet égard, les gémissements des riches et n’en avoir pas le cœur déchiré.

Oui, sans doute, mais heureusement la lance d’Achille guérit les blessures qu’elle fait. Quand on possède plusieurs millions et qu’on a des charges écrasantes telles que de payer une pension alimentaire de deux francs par jour à sa vieille mère, on a la ressource précieuse d’éconduire les solliciteurs en leur disant : « J’ai des charges ! » Ce faisant on réalise des économies génevoises, les plus appréciables de toutes, et, du même coup, on se parfume la conscience.

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