Chapitre 17 Faire son chemin
Ceci n’a rien de commun avec l’acte pieux qui consiste à faire son chemin de croix. Il est même tout à fait indispensable de ne pas faire des chemins de croix très fréquents lorsqu’on veut faire son chemin avec rapidité. Il faut se dire que c’est un obstacle certain, la pratique du chemin de croix paraissant incompatible avec l’élasticité nécessaire à l’homme qui a résolu de faire son chemin.
Cependant il y a chemin et chemin, quoique tous mènent à Rome, dit-on. Il y a des chemins de velours et des chemins pierreux. Il y en a qui montent, d’autres qui descendent. Il y a le grand chemin et le petit bonhomme de chemin.
Il y a aussi le chemin de traverse qui est quelquefois le plus court et que choisissent ordinairement les voyageurs qui ne veulent pas se faire écraser. On a observé néanmoins, qu’il est souvent adopté par la roue de la Fortune. L’essentiel est de ne pas se laisser choir dans les ornières profondes et dangereuses creusées par cette roue qui n’est pas légère.
Il n’est pas moins important de bousculer avec énergie les infirmes ou les pauvres qu’on y peut rencontrer et, surtout, il ne faut pas se laisser distancer par qui que ce soit. Ceux qui ont fait leur chemin vous diront tous qu’il est des circonstances où on ne doit pas craindre de supprimer, de manière ou d’autre, les gens trop pressés. Le plus sûr, c’est d’enjamber le compétiteur après l’avoir égorgé.
Mais le chemin qu’il ne faut jamais prendre, c’est celui du Paradis qui passe par le Calvaire où on ne voit que des amoureux et des suppliciés.
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