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Chapitre 18 Faire des cérémonies

C’est justement ce qu’il ne faut pas faire et le Bourgeois vous en avertit à chaque instant. « Je suis », dit-il, « sans cérémonies. Avec moi il ne faut pas de cérémonies. Je vous invite à dîner sans cérémonie, etc. » Vous avez tout de suite l’impression d’être en présence d’un individu sage et bienveillant qui ne veut pas importuner non plus qu’être importuné, et qui prend soin d’écarter ce qui pourrait attiédir ou seulement retarder l’effusion des cœurs.

Les cérémonies de l’Eglise, par exemple, formes vaines jugées par sa raison pure ou sa raison empirique, ont cet effet de paralyser son âme et de faire obstacle aux élans de piété qu’il pourrait avoir. A plus forte raison les cérémonies du monde qui ont, cela va sans dire, une importance plus grande.

C’est un homme simple, tout d’une pièce, tout rond, si vous aimez mieux, et ne prétendant pas à une vaniteuse envergure. Vous savez tout de suite ce qu’il veut faire et ce qu’il veut dire. Ainsi, quand il vous invite sans cérémonie, vous êtes immédiatement fixé. C’est la Fortune du Pot qui nous tend les bras. D’ailleurs, il vous donne l’exemple du sans-gêne le plus délicieux, en s’accordant à lui-même de roter ou de crépiter à table, s’il en éprouve le besoin. Pourquoi se gêner avec les amis ? On n’est pas des diplomates, et d’une façon générale, pourquoi ne pas se montrer tel qu’on est, quand on n’a rien à se reprocher ?

Il est vrai qu’il y a des gens moins simples qui abusent de cette aimable cordialité pour essayer de lui soutirer des emprunts. Mais cela ne prend pas et ne le déconcerte nullement. Plus que jamais alors il se montre tel qu’il est. Avec de profonds regrets et des yeux humides de tendresse, il vous objectera ses charges, ses écrasantes charges, qui ne lui permettent pas de faire ce qu’il voudrait, et vous reconduira très affectueusement jusqu’au palier, sans aucune cérémonie.

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