Chapitre 22 Faire de son mieux
Heureusement, il y a cette ressource : Faire de son mieux. C’est le refuge, le trottoir et le parapluie de la conscience, j’ose le dire. Quand on ne peut rien faire du tout, on fait de son mieux, c’est indiscutable. Ceux qui se plaisent à contredire auront beau prétendre, que, dans ce cas comme dans d’autres, le mieux est l’ennemi du bien, il n’en est pas moins certain que la conscience de l’honnête homme est plus sûrement abritée dans le silence et l’inaction que dans le vacarme et les combats.
Celui qui, considérant avec sagesse l’inutilité de s’exposer à quoi que ce soit sans l’évidence d’un profit personnel tout à fait palpable, s’esquive par la tangente, en laissant les autres se débrouiller comme ils pourront ; si même il se joint discrètement à l’ennemi pour une plus décisive et avantageuse conclusion du démêlé ; celui-là, on peut le dire, a fait de son mieux. De toute autre manière on risque d’attraper un mauvais coup, ce qui est absurde.
L’honnête homme ne doit jamais se compromettre et on a fort injustement dénigré Pilate qui fut le type de l’honnête homme faisant de son mieux et se lavant les mains, — comme fait le prêtre avant le sacrifice de la messe. Lavabo inter innocentes manus meas, je laverai mes mains dans la compagnie des innocents.
Pilate était le grand Bourgeois romain, quand les Romains étaient les maîtres du monde. L’académicien Anatole si cher au Bourgeois moderne est tout désigné pour la réhabilitation de ce méconnu. Il nous apprendrait sans doute, avec son autorité foudroyante, et après avoir consulté son expérience personnelle, que si nous avions la belle concision romaine — en l’occurrence du Lieu Commun dont il vient d’être parlé — nous ne dirions pas : Faire de son mieux, mais Faire, tout simplement. Ce serait autrement fort et combien plus explicite !
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