Chapitre 2 Le choix d’une carrière
C’est le titre d’un livre de notre grand Hanotaux. J’ignore s’il a épuisé la matière, n’ayant pas eu la force d’aller au delà de quelques pages. Employé que je suis aux Pompes funèbres des Lieux Communs, il m’est impossible de lire des livres écrits avec tant d’art et une aussi démontante originalité. Je sais, d’ailleurs, que celui-ci chatouille agréablement le Bourgeois, selon l’intention de l’auteur qui n’est pas de ces faiseurs d’embarras se plaisant à le contredire ou à l’étonner.
Avant l’invention des chaussures, quand la carrière de la cordonnerie n’existait pas, non plus que celle des bas de laine, j’ai lu que les rois barbares, en leurs festins, chauffaient leurs pieds nus dans le tiède sein d’un esclave privilégié couché sous la table. Le généreux Hanotaux est aujourd’hui le titulaire de cet office chez le Roi moderne et il s’en acquitte avec un grand zèle. Ce ne sera vraiment pas sa faute si la muflerie désirable et le bienfaisant crétinisme n’augmentent pas dans des proportions infinies.
Hanotaux, si digne de servir de chauffe-pieds à M. Prudhomme, croit fermement qu’on peut choisir une carrière comme on choisit un ministre ou un député. La désuète et poussiéreuse idée d’une Vocation irrésistible n’est pas accueillie sous la coupole surbaissée de son crâne où ne peuvent être admises que des pensées rampantes et similitudinaires.
Le premier devoir du citoyen, après celui de voter pour des acéphales, c’est de choisir sa carrière ou mieux d’accepter, avec la plus vive reconnaissance, une carrière choisie par ses parents ou par Hanotaux. Tout le reste est fantaisie et péril grave pour la société.
Je connais un poète que son père avait destiné, longtemps avant sa naissance, à l’entreprise des démolitions. Une providence ironique voulut qu’il devînt, en effet, un démolisseur de bourgeois et le père, trop exaucé, en mourut de désespoir. Tel est le désordre prévu par notre infaillible Gabriel qu’on ne consulte pas assez.
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