Chapitre 49 Comme on fait son lit on se couche
Un vieil historien parlant de Charles le Téméraire s’exprimait ainsi : « Celui qui hérita de son lit dut le prêter pour faire dormir, puisqu’un homme de si grande inquiétude avait bien pu y sommeiller. » La phrase vaut d’être citée, mais nous ne savons pas comment était fait le lit de ce violent prince, et on peut présumer qu’il n’y couchait guère.
Cela n’a rien de commun avec les lits de nos bourgeois où ne sommeillent pas ordinairement l’héroïsme et l’inquiétude guerrière. Ces braves gens font faire leurs lits par des chambrières plus ou moins attentives et ils y couchent assez régulièrement sans nul souci, quand les affaires vont bien. Ceux qui en héritent après leur mort les font désinfecter avec soin pour y dormir du même sommeil et voilà tout. C’est comme un sépulcre garni et confortable où une charogne en remplacerait une autre sans inconvénient ni péripétie.
Mais si on veut dire positivement qu’un bourgeois fait lui-même son lit, c’est au figuré qu’il faut l’entendre. En ce sens, il n’est pas téméraire d’affirmer que la plupart des bourgeois couchent dans la boue, et un assez grand nombre dans la boue du sang des pauvres, en attendant le matelas de braise ardente qu’ils se préparent pour l’éternité.
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