Chapitre 52 Le latin, dans les mots, brave l’honnêteté
Braver l’honnêteté semble impliquer qu’on est malhonnête, ce qui étonne de la part d’une langue prétendue morte. Si honnêteté signifie pudeur, comme au temps de Boileau, la conséquence nécessaire est qu’on peut dire en latin les pires obscénités sans craindre de faire rougir les personnes les plus chastes, même dans le cas où elles comprendraient. Ainsi s’expliquerait peut-être l’acharnement de nos universitaires contre une langue qui outrage leur pureté, et les impudiques seraient en posture de les combattre avec énergie. On aurait alors un trop beau spectacle : le conflit de la Sorbonne et du Lupanar !
Les adversaires ne seraient d’accord que sur un seul point essentiel : la nécessité d’en finir avec l’Eglise qui abuse vraiment de son latin. Interrogez tous les bourgeois, ceux surtout qui n’ont jamais su un mot de latin, vous n’en trouverez pas un seul qui ne soit persuadé que la Bible est pleine d’ordures, la Bible en latin bien entendu, les autres bibles ayant été fort heureusement expurgées par de séraphiques protestants. Ces bons juges ne manqueront pas de vous dire que même les livres de Zola sont virginaux en comparaison, étant écrits en français, et en quel français ! mais que le latin, avec le mystère scandaleux de ses déponents et de ses gérondifs, est une langue tout à fait perfide. Je connais des personnes d’une piété sublime qui ont horreur de l’Ave Maria à cause du mot ventris qui leur paraît une abominable profanation.
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