Chapitre 55 Le mariage est une loterie
On a cru longtemps que c’était un sacrement. Depuis le divorce nous savons que c’est une loterie, heureusement renouvelable. Si on ne gagne pas le gros lot, on peut toujours attraper le gros numéro et la vie cesse d’être morose. Si les émotions de la loterie ne conviennent pas à votre tempérament, c’est bien simple, il faut renoncer au mariage.
Mais ne remarquez-vous pas l’extrême beauté de ce nouvel ordre de choses ? Autrefois, c’était une terrible affaire que le mariage. Il fallait aimer et être aimé, il fallait faire une cour plus ou moins longue, consentir à des formalités ennuyeuses, à des cérémonies vaines. Enfin et surtout il fallait se lier indissolublement pour toute la vie. Aujourd’hui vous prenez un billet et vous attendez tranquillement le jour du tirage.
Si vous êtes parmi les gagnants, vous voyez venir une petite femme de plus ou moins de valeur qu’il vous est loisible de conduire aussitôt à la mairie où l’officier municipal vous accouplera sans barguigner. Si vous êtes mécontent de votre lot, vous n’avez, un peu plus tard, qu’à changer d’épouse, en prenant un nouveau billet. La loi vous y autorise, vous y encourage ? et la loterie est toujours ouverte. Si des enfants sont survenus, l’Assistance publique se charge d’assurer leur bonheur. Mêmes avantages pour la femme qui peut avoir plusieurs billets sortants et les réaliser le même jour, ce qui multiplie vos chances de progéniture. L’existence est alors comme un paradis.
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