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Chapitre 70 Il vaut mieux entendre ça que d’être sourd

C’est ce que dira ou pensera le Bourgeois forcé d’entendre la Symphonie pastorale ou un oratorio de Haendel. S’il devenait sourd comme Beethoven, il lui ressemblerait sans doute en cette manière, mais à quel prix ! Songez qu’il n’entendrait plus le son divin de la monnaie d’or ou d’argent sur son comptoir, et que la musique délectable des sanglots du pauvre ne caresserait plus son tympan cérumineux ! Où serait l’intérêt de la vie pour l’honnête homme et quelle serait la récompense de ses travaux, s’il ne pouvait plus jouir du désespoir des indigents qui l’implorent, ceux-là ayant été cultivés par lui tant d’années et avec tant de soin, comme des fleurs de douleur dont l’épanouissement complet devait être pour lui la restitution de l’Eden perdu !

Car le Bourgeois est bien plus profond qu’on ne peut croire et qu’il ne le pense lui-même. Le Pauvre, c’est Jésus-Christ, Sauveur des hommes. Il n’en sait rien, c’est entendu, mais il le sent et le devine. Confusément il entrevoit que la victoire de ce Vainqueur de la mort lui serait contraire. A quelque prix que ce soit il faut l’empêcher. Si c’est impossible, il se fabriquera du moins un autre paradis terrestre, en faisant souffrir les miséreux dont Jésus est le Père, en remplaçant pour ceux-là le Jardin de Volupté par le jardin des tortures, en substituant pour lui-même leurs plaintes affreuses aux cantiques infiniment délicieux et infiniment perdus des rossignols éternels.

Sans doute, à défaut du sens de l’ouïe, il y aurait le sens de la vue et, certes ! c’est bien quelque chose de voir souffrir Jésus dans ses pauvres membres ; oui, mais l’entendre gémir par la bouche des petits enfants et des mères, entendre pleurer des vieillards ! Quelle symphonie incomparable ! et, pour l’honnête homme, quel enfer de ne pouvoir plus en être enivré !

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