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Chapitre 72 Etre à la peine. Etre à l’honneur

Ne serait-ce pas un double emploi, une vaine tautologie, un pléonasme ? Nous avons déjà vu et montré que l’honneur est une chose tout à fait indéfinissable. Alors pourquoi veut-on que ce soit une récompense d’être à l’honneur quand on a été à la peine ? En quoi, je le demande, peut consister cette rémunération ?

Lorsqu’on m’envoya au bagne, il y a soixante-six ans, pour avoir cambriolé la Banque de France et assassiné la moitié du personnel, dois-je croire que j’étais à l’honneur en récompense de la peine que cette brillante opération m’avait coûtée ? Il s’en fallut d’un tout petit cheveu que je ne fusse envoyé à la guillotine. Dans ce cas l’honneur eût-il été plus grand encore ? Je n’y comprends rien, sinon que la langue française est bien difficile. Quand un académicien ou un sociologue m’écrit qu’il a bien l’honneur de me saluer, ne suis je pas autorisé à supposer que cette homme a obtenu enfin la chiourme en récompense de ses travaux et que son message m’arrive de Cayenne ou de la Nouvelle-Calédonie ? Dois-je le féliciter ou le plaindre ? Je prie mes affables correspondants de m’envoyer — par lettre chargée — les éclaircissements qu’ils pourront se procurer sur cet objet important.

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