Chapitre 80 Remplir ses devoirs religieux
Le mot remplir me fait penser au tonneau percé des Danaïdes. Apologue ou similitude. Ceux qui remplissent leurs devoirs religieux ne sont-ils pas, en ce sens, des espèces de damnés forcés d’accomplir une tâche dont l’inutilité leur est connue ? Quelque bêtes que soient ordinairement ces galériens des Convenances ou de l’Habitude, ils doivent bien voir que le mot remplir, employé de la sorte, est une véritable dérision et qu’en réalité, ils ne remplissent rien du tout. Étant vides eux-mêmes, d’une vacuité infinie, comment se pourrait-il que, par eux, une chose quelconque cessât d’être vide ? Devoirs religieux, devoirs du monde, devoirs d’état, devoirs de citoyens, devoirs funèbres, autant de tonneaux percés. Vacuitas vacuitatum. Les gens du monde qui remplissent leurs devoirs religieux en pratiquant certains gestes strictement indispensables, sans être, une seule minute, effleurés par cette idée rudimentaire que la Sainteté leur est demandée — strictement, — par quels insectes, au dernier jour, ne seront-ils pas jugés et condamnés ?
Autrefois, dans des temps très anciens, quand ce Lieu Commun n’existait pas, on voulait « la plénitude de l’âge du Christ », selon l’expression très mystérieuse de l’Apôtre chargé d’instruire les nations et qui fut lui-même le Vase qui ne pourra jamais être épuisé. On avait le mépris de toute autre plénitude ; on se laissait couper en morceaux ou dévorer par les animaux féroces et toutes les cuves de la Joie qui ne doit pas finir se remplissaient sous le pressoir des Martyrs.
Aujourd’hui, c’est la plénitude des dispenses et la plénitude des estomacs aux jours de jeûne. Il y a bien une trentaine d’oiseaux aquatiques permis en carême et assimilés à des poissons. Victoire décisive du canard sur la morue, mais c’est la pauvre religion blessée à mort qui reste sur le champ de bataille.
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