Chapitre 7 En tout bien et tout honneur
Madame, il est vrai que je vous aime passionnément et vous ne l’ignorez pas. Mais comme j’ai l’âme bien située, je vous aime en tout bien et tout honneur. Quand même vous vous traîneriez à mes pieds, en pleurant et en sanglotant de convoitise, vous ne parviendriez pas à me faire oublier un seul instant que je dois vous respecter en vous adorant. Rappelez-vous la modération de mes transports, la dernière fois que nous couchâmes ensemble et la contrition profonde qui vint ensuite. Que voulez-vous ? J’ai été élevé ainsi et on ne se change pas. Avant tout et toujours la pureté d’intention, c’est la règle de ma vie.
C’est comme cela que mon père a fait sa fortune. Il est devenu riche par la pratique charitable de l’usure dans les quartiers pauvres, industrie vainement discréditée par des envieux qui ne veulent rien savoir de l’héroïsme intérieur qu’il est nécessaire d’y déployer pour borner ses opérations et de la délicatesse d’âme indispensable pour tenir constamment en équilibre sa conscience et celle des autres. Je ne vous parlerai pas non plus de ma vénérable mère qui est bien connue et dont l’éloge n’est plus à entreprendre…
Je le répète, la droiture et la pureté d’intention. Telle est notre loi suprême. Bien faire et laisser dire. On ne force personne. Les actes les plus répréhensibles en apparence peuvent être justifiés s’ils sont accomplis en tout bien et tout honneur, avec l’intention cachée, mais souvent efficace, de secourir, en réalité, des infortunes qui ne savent où s’adresser.
N’est-ce pas votre cas, ma charmante amie ? N’étant plus très jeune, ayant même passé l’âge où une femme est encore un peu ragoûtante, vous n’avez pu résister à la violence de vos désirs pour un adolescent qui avait des dettes et qui ne vous paraissait remplaçable par aucun autre. Je me suis laissé toucher parce que j’ai du cœur et nous avons fait tous deux une avantageuse affaire, en tout bien et tout honneur. Ne me demandez rien de plus.
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