Chapitre 45 Autres temps, autres mœurs
Connaissez-vous ce charroi href="#fn1x45" id="fn1x45-bk" name="fn1x45-bk">1 anglais ?
Dans un salon, un gentleman raconte qu’on vient d’avoir, enfin, des nouvelles de l’expédition Greencat, partie, l’année dernière, afin de retrouver les restes, tout au moins, de l’infortuné capitaine Irondrop et de ses compagnons, perdus dans les glaces du pôle Nord, depuis plus de trente ans.
Les détails sont palpitants ; toute l’assistance n’est qu’une pantelante oreille suspendue aux lèvres du narrateur :
— Alors, poursuit-il, figurez-vous les sentiments qui durent agiter Greencat et ses camarades noyés dans cette interminable nuit polaire, quand le matelot de vigie, un nommé Frogfield, s’écria : « Une lumière par S.-S.-W. ! » 2
Une lumière !
Une lumière dans ces parages !
N’était-ce point hallucination de Frogfield ?
Tous dardèrent leurs yeux vers l’indiquée direction.
Nul erreur !
Une lueur, là-bas, une faible lueur, pâlement s’auréolait au sein de l’opaque horizon.
— Hallucination collective ? s’interrogeait le médecin de l’expédition, doctor Featherson.
— Mais non, mais non ! impérait Greencat, marchons ! La lumière pour direction, et de la route, hein !
Quand Greencat demande de la route, ses vaillants compagnons savent ce que parler veut dire, et le pas gymnastique, sans plus tarder, devient leur apanage.
Quel spectacle, mes pauvres ladies et gentlemen ! Quel spectacle !
Dans une caverne, sept corps étendus, semblant dormir, tant le froid les avait soigneusement conservés.
L’un d’eux, le capitaine Irondrop en personne, le crayon encore à la main, saisi debout par la mort, au moment où il traçait les derniers mots de son journal !
Oh ! oui, quel spectacle !
Et la lueur sinistre de cette torche enfoncée dans un bloc de glace, éclairant ce tableau vivant – si j’ose m’exprimer ainsi – depuis plus de trente ans ! ! !
· · ·
À ce moment du récit, il est fatal qu’une grosse dame blonde aux yeux bleu-faïence, et chaussée de bottines qu’elle gagnerait à prendre la pointure au-dessus, s’écrie :
— Comment !… Une torche ?
— Eh ! oui, fait de sa voix la plus naturelle le narrateur, une torche… Vous ne savez pas ce que c’est qu’une torche ?
— Si… si… mais une torche !… depuis trente ans ?
· · ·
Autrefois, de mon temps, le narrateur s’en tirait ainsi :
— Bien sûr ! La flamme était gelée !
Aujourd’hui, la même histoire continue à recruter son petit succès.
Seulement, le narrateur :
— Bien sûr ! s’en tire-t-il, la flamme est en radium !
Autres temps, autres mœurs !
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