Chapitre 47 Therapeutic business
— Surtout, me recommandèrent les gens, ne quittez pas Dodoftown sans avoir jeté un coup d’œil sur la maison de santé du professeur Madcat. C’est très curieux, vous verrez. Invoquez le prétexte que, souffrant d’une maladie nerveuse, vous désirez vous rendre compte de son traitement.
Un succès fou, paraît-il, ce traitement !
Par milliers, provenant de l’Amérique du Nord et, plus généralement, de toutes les Amériques, affluaient les malades.
Si bien que, d’annexes en annexes, d’ailes en ailes, de pavillons en pavillons, l’établissement du professeur Madcat menaçait d’envahir toute la banlieue ouest de Dodoftown.
D’immenses casernes, eût-on dit.
Ajoutons que le prix du traitement – quatre dollars par jour, tout compris – est des plus abordables.
— En quoi consiste ce traitement ?
— Oh ! pas compliqué, mais donnant des résultats merveilleux ! Le système roticuratif.
— Roti... ?
— Curatif... Comme l’indique son nom, la roticure est un procédé de guérison par les roues.
— Nous avons déjà la bicyclette, excellent appareil antineurasthénique.
— Rien de commun. La roticure n’emploie que des roues fixes ou, pour dire plus juste, des roues à axe immobile.
— Et les malades sont astreints à tourner ces roues ?
— Une grande partie de la journée.
— En effet, ce doit être fort curieux.
Le professeur Madcat me reçut le plus gracieusement du monde.
Après m’avoir ausculté, palpé sur ce que j’appellerai toutes les coutures :
— Je compte, diapronostiqua-t-il, qu’un traitement d’un mois amplement suffira, cher monsieur, à remettre sur un pied normal vos pauvres méninges.
Sans m’attarder au curieux horizon de méninges surmontant un pied, même normal :
— Entendu, docteur, à partir de demain, je serai votre pensionnaire. Mais, dès aujourd’hui, ne pourrais-je pas me rendre compte ?…
— Rien de plus légitime. Venez.
Spectacle peu banal.
Dans un immense hall, des roues, des roues, des roues !
Des roues de toutes physionomies, de toutes dimensions et de puissances variées.
Certaines qu’un bras débile suffit à mouvoir, d’autres exigeant des trésors d’énergie.
La main droite collée à la manivelle de ces engins, cinq ou six cents hommes imprimaient à leur bras le mouvement circulaire indiqué dans ce sport.
Un grand bourdonnement emplissait l’immense galerie.
Soudain, le strident d’un sifflet !
Dociles, accomplissant, ainsi qu’au régiment, un demi-tour à droite, tous ces messieurs changent de main.
C’est le bras gauche qui travaille, maintenant.
Chaque quart d’heure, le même coup de sifflet.
Au bout d’une heure, assourdissant carillon.
Arrêt brusque du travail, sortie des malades qui s’épongent le front.
Et remplacement immédiat de tous ces messieurs par une équipe d’autres messieurs semblables, se livrant, sans perdre une seconde, au même consciencieux labeur que les précédents.
Le professeur Madcat guettait sur mon visage une éclosion d’émerveillement.
Le brave homme, bientôt, fut à souhait servi :
— Professeur, vous êtes un homme véritablement mirifique !
— Oh ! un simple philanthrope, qui cherche à adoucir le mal de ses semblables.
— À raison de quatre dollars par jour.
— Quatre dollars… Mais c’est donné !
— Sans compter ce que vous rapporte votre excellente scierie mécanique d’à côté.
— Ma scierie !…
J’avais deviné juste !
Garnies de pignons, de treuils, de courroies, ces roues que mouvaient d’une vaillance si bénévole ces poires de névrosés, ces roues, ces mille roues, actionnaient l’immédiate scierie de bois, appartenant à l’ingénieux thérapeute.
· · ·
Quand les Américains ont dit : « business ! » ils ont tout dit.
Et pas fichtre moi qui leur donnerai tort.
C’est égal, la roticure en bouche un terrible coin à la question sociale.
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