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Chapitre 71 Progrès des sciences psychiques

La question de la suggestion, sa théorie, ses manifestations diverses semblent, depuis quelques mois, entrer dans une phase nouvelle et pleine d’inquiétantes promesses.
Pauvres que de nous et combien falot notre organisme !

Cette volonté dont nous nous montrons si fiers, quelque autrui peut nous la subtiliser, la remplacer par la sienne propre et faire de nous un ridicule pantin.

Dont il tire à son gré les burlesques ficelles, disait, pour n’en point perdre l’habitude, notre bon souffreteux François Coppée.

Et pas seulement, vous entendez, les hystériques, les nerveux, les faibles, non, mais, grâce aux modes nouveaux, tout le monde, vous, par exemple, qui faites votre malin, moi qui ricane et cet autre imbécile qui s’en va en haussant les épaules.

· · ·

La dernière séance à la clinique du docteur B… (ce praticien me supplie provisoirement de lui octroyer l’anonyme) m’a laissé, j’allais dire rêveur, allons plus loin, totalement abruti.

— Afin, commença par nous dire le docteur B… que vous ne m’accusiez pas d’employer pour mes expériences des sujets spécialement entraînés, ou pour mieux dire des compères, c’est sur quelques-uns d’entre vous, messieurs, que je vais opérer, ou, si vous le préférez, sur tels individus inconnus de moi et que vous voudrez bien m’amener ici.

Chacun de nous connaissant les idées parfois mabouloïdes du docteur et redoutant la notable portion de ridicule qui ne manque pas de rejaillir sur le sujet, nous préférâmes investir quelques autres poires sanctifico-passives.

Notre choix tomba vite sur deux passants par là, braves militaires appartenant à cette infanterie de ligne, reine des batailles, en laquelle notre pauvre France a placé son espoir suprême.

Alléchés par l’horizon de chacun une pièce de cent sous, nos troubades n’hésitèrent point.

Cinq minutes plus tard, leur uniforme mettait sa note rouge et métallique dans l’austérité du cabinet de notre moderne magicien.

Après les passes spéciales et la mise en train hypnotique dont le docteur B… assure être l’inventeur, ce furent tout d’abord des expériences devenues classiques et qu’ont répandues jusqu’au sein des baraques foraines les émules de l’illustre Donato 1.

Désignant un plein verre d’eau pure :

— Avalez tout ça, mon garçon, commanda le docteur, c’est de l’eau-de-vie très forte.

D’un trait le pauvre diable avala toute la flotte et le voilà, instantanément, en proie à la plus manifeste des cuites.

Titubant, chantant, riant, pleurant, cherchant querelle à tout le monde, le militaire se serait vite rendu insupportable, si le docteur, intervenant, un verre de vrai cognac, cette fois, à la main :

— Mon ami, disait-il, vous êtes saoul comme un cochon. Si l’un de vos officiers vous rencontre dans cet état, c’est de la prison. Il faut donc vous dégriser au plus vite. Voici de l’ammoniaque. Absorbez-la d’un seul coup et vous reviendrez à votre état normal.

Aussitôt dit, aussitôt fait.

Le jeune guerrier avala d’un coup le schnik, puis, passant sur son front en sueur sa manche jusqu’alors sans reproche, demanda pardon bien humblement, à toute l’assistance, des propos incongrus et des gestes peu nobles que son récent débordement aurait pu lui occasionner.

Mais cela n’était rien encore.

Le second militaire manifesta quelques difficultés à se mettre en état voulu. Mais quand ça y fut, dame, ça y fut bien, jugez plutôt :

— Tenez, mon ami, fit le docteur, permettez-moi de vous offrir un excellent cigare de La Havane.

L’excellent cigare de La Havane n’était autre d’ailleurs qu’un crayon, un simple crayon comme vous et moi.

— Une allumette, maintenant.

L’allumette, un simple cure-dent.

— Fumez !

· · ·

Et c’est là que notre stupeur ne connut plus de bornes ou en connut si peu que cela n’est vraiment pas le peine d’en faire mention.

Frottant le cure-dent sur la partie de sa culotte rouge adhérente à la fesse droite, le militaire en tira – ne me croyez pas, cela m’est égal – du feu.

Ce feu, cette petite flamme, il en embrasa le crayon pseudo-cigare et bientôt un arôme exquis de pur havane flottait par tout l’appartement.

Et la joie béate du bon pioupiou devant ces volutes de fumée bleue !

Voilà certes qui est beaucoup plus fort que de jouer au bouchon avec des pains à cacheter blancs dans la neige.

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