Chapitre 84 Vulgarisation de la longévité
La statistique – qui songe à le nier ? – est une louable chose.
Malheureusement, les gens pratiquant d’habitude ce curieux sport ne sont pas d’âme à en tirer la moindre moralité : ils additionnent, ils divisent, puis,
D’un air béat,
Disent : Voilà !
Et c’est tout.
… La statistique, pourtant, est fertile en indications de toutes sortes, et si au lieu de demeurer l’attristante gourde que vous savez, la pauvre humanité se décidait à résolument pénétrer dans la voie de la clairvoyance, c’est à la Statistique, à la Statistique seule, qu’elle devrait emprunter son radieux lampadaire.
Grouillent, fourmillent, pullulent les exemples.
Un, au hasard :
(Quand je dis « au hasard », je fais preuve d’un certain toupet, l’exemple que je vais citer m’étant fourni par un de nos « fidèles lecteurs » de Saint-Genest-Malifaux, Loire.)
… s’il lui arrive de consulter les listes de la statistique pour la mortalité chez les gens pratiquant les unes ou les autres industries, le chercheur constate qu’il est des métiers où la mort vient faucher le fil de vos jours dans son œuf : oserais-je dire, cependant que certaines professions, au contraire, véhiculent leur homme, tranquillement, jusqu’au sein des plus vertes vieillesses.
(Il ne s’agit ici, bien entendu, que de moyennes.)
Pour peu qu’en son travail, le bon chercheur insiste (dirait un poète dans un vers immortel), de l’effarement bientôt se peint sur sa physionomie car il ne tarde pas à faire cette intéressante découverte :
la profession qui détient – et de beaucoup – le record de la longévité est la profession de pape !
C’est une chose véritablement indicible comme les papes vivent vieux !
La durée moyenne de la vie des papes est de dix ans supérieure à celle des officiers belges, lesquels, comme chacun sait, sont – et nous les en félicitons – d’enragés macrobites.
La moralité que nous devons extraire de cette constatation est la suivante :
si le monde catholique, au lieu de se contenter d’un seul pape – monopole, d’ailleurs, révoltant –, augmentait le nombre de ses souverains pontifes, il accroîtrait du même coup la moyenne de sa durée vitale.
Et puis, pendant que nous y sommes, pourquoi ne pas autoriser tout individu muni d’un certificat de vaccine, bonne vie et mœurs, à coiffer la tiare ?
De même qu’en République chaque citoyen est roi, dans la chrétienté nouvelle, chaque fidèle serait pape et les choses, croyez-en ma vieille expérience, n’en iraient pas plus mal.
Et puis, c’est les protestants qui feraient une tête !
Et les juifs, donc !
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