12
Les réunions de Thérèse Phoncinot commençaient à 9 h., pour se terminer à 1 heure du matin. De 9 h. 1/2 à 10 h. 1/2, on écoutait de la musique ou des poètes, pour permettre à quelques jeunes gens de se produire, et en se produisant d’être agréables aux femmes importantes qui honoraient la maison de leur présence. Parmi celles-ci, elle tenait surtout à plaire à Annette Gressac, tante de Pauline Turlu, et veuve de Gaston Gressac ; Annette l’aida à s’installer avenue de l’Alma, lui conseilla ce genre de réception de vieux marcheurs, de jeunes tourtereaux et de complaisantes commères ; et la protégea de ses premiers pas de femme libre. Pour n’être plus ce qu’on appelle une femme jeune, la veuve, âgée de quarante-quatre ans, demeurait une brune plantureuse, très portée à l’œuvre de chair, et s’adonnant tout autant au bonheur des petits jeunes gens qu’au culte lesbien auprès de ses amies. Elle lançait musiciens, littérateurs, peintres, etc., dans les divers établissements, concerts, lieux de plaisir, autres secrets qu’elle fonda avec son mari Gaston, et elle fournissait à ses belles poulettes des tuyaux utiles sur les personnalités masculines à s’assurer. Thérèse Phoncinot figurait dans le nombre de celles dont elle se toqua avec le plus de passion.
Aussi s’intéressait-elle à sa réussite, et ce fut elle qui lui amena Flavie Brettier, en la lui recommandant comme une étoile simplement voilée pour l’heure.
Après la partie musicale, on causait, on batifolait, on s’amusait aux jeux qu’on désirait, même à la danse, jusque sur les onze heures et demie, heure du thé et des gâteaux. Tel était le programme, mais chacun restait autorisé à aller d’une pièce à l’autre, sauf dans la chambre et le cabinet de toilette de Thérèse. La plus franche cordialité régnait et nul ne songeait à s’irriter des petits écarts plus ou moins polissons qui pouvaient se commettre. Les femmes en général arrivaient les premières, seules, rarement accompagnées de leur mari ou de leur amant (quand elles en avaient), qui ne se présentaient que vers les dix heures.
Annette Gressac, ce soir-là, pénétra avant tout le monde, en compagnie de sa nièce Pauline. Elles allèrent droit à la chambre de Thérèse, où achevant de s’habiller, elle ajustait le corsage de soie noire, décolleté, qu’elle portait d’habitude à ces réceptions. Du reste, toutes se décolletaient, de couleurs différentes pour les toilettes : on ornait les épaulettes demi-courtes d’un ruban, d’une dentelle, pour exciter, encourager, charmer les fétichistes, les amener à en solliciter le don.
— Ma chère, dit Annette, en baisant le gras du bras de Thérèse, je crois avoir déniché l’oiseau rare qui marchera d’un billet de mille pour Flavie : mais la chose sera épineuse et nous éprouverons peut-être de la difficulté à la faire accepter.
— Tu ne connais plus Flavie ! elle accepterait dix louis, et même cinq.
— Pas avec celui qui la veut.
— L’oiseau est donc vieux, laid et répugnant.
— Au contraire ! Il est jeune et pas mal de sa personne ! Mais… C’est son premier mari.
— Il a donc fait fortune ! Il me semble me rappeler qu’il l’exploitait.
— Non ; seulement il est très bien avec la femme de son patron, le Sénateur de Boisvertu.
— Celui qui vient ici ?
— Justement ! Et sa femme bourre les poches du secrétaire de bank-notes.
— Ils sont donc bien riches ?
— Arrives-tu de Carpentras ? Le sénateur est propriétaire des grands magasins du Cheval boiteux.
— Oui, c’est vrai, où avais-je la tête ? Il nous amènera donc son secrétaire.
— Affaire de presse qu’il doit régler avec Grisoul ! Tu te charges de Flavie ?
— Certainement ; je ferai mon possible pour qu’elle accepte.
— Dix louis pour chacune à prendre sur les cinquante. Il en faudrait une douzaine par soir.
— Bah ! tu n’en as pas besoin !
Thérèse était prête ; elle se rendit à ses salons, escortée d’Annette et de Pauline, pour recevoir son monde. Peu à peu les pièces se remplissaient, et Gonzague de Ponleuleu ne se présenta pas un des derniers. Ses yeux ne décessèrent plus de dévorer Thérèse, qui ne pu que lui adresser un sourire, occupée à répondre aux uns et aux autres, Flavie, dans une toilette grise et bleue, apparut très en grâce et en beauté, quoique avec un peu de tristesse dans les regards. On y vit luire une lueur de colère, en apercevant son premier mari, François Courtin, causant de manière très affairée avec Thérèse, un bras se posait sur le sien, le bras de Pauline Turlu, qui étudiant effrontément hommes et femmes, lui dit :
— Il y a là Grésoul qui veut vous dire deux mots. Accompagnez-moi.
— Albert Grésoul, le journaliste !
— Il m’a chargée de vous amener, me promettant de me fouetter en public, si j’échouais dans ma mission. Il en serait capable.
— Pourquoi désire-t-il me parler aujourd’hui ; pourquoi ne le faisait-il pas avant ; il se défiait de sa figure de singe et de fouine !
— Ça prouve sa grosse cochonnerie.
— Merci bien. Elle ne me tente pas : on dit qu’il n’est pas généreux.
— Bah, bah, qu’en savez-vous, et pourquoi ne pas me suivre. Voyons, vous n’êtes plus une pucelle ! Et moi non plus, il y a longtemps que ça court. Venez donc. Je ne tiens pas à ce qu’il me fouette devant ma tante, il ne reculerait pas, vous savez !
Flavie n’hésita plus. De quitter le salon avec Pauline, cela lui permettait d’éviter les regards de François.
Elle suivit Pauline dans le boudoir de Thérèse, et y distingua Grésoul, se faisant des grimaces dans une glace. Il la salua avec empressement.
— Vous désirez me parler, demanda-t-elle ?
— Oui, et je vous prie de m’écouter en bonne amitié : je vous ai écrit deux fois de passer au Journal, à mon cabinet, et vous n’êtes pas venue. Je dispose d’une très grande influence. Pourquoi n’en usez-vous pas ?
— Je ne puis pas ; mes moyens ne me permettent pas les sottises.
— Les sottises ! Je ne vous ai jamais adressé une parole ici, pour ne pas vous nuire.
— Vous me plaisez beaucoup.
— Je vous remercie, et en suis ravie, mais j’aime mon mari.
— Heu ! Il est loin, et vous cherchez une occasion ! Pourquoi pas moi ?
— Parce que si je cherche, cela tient à ce qu’il me faut parer à des difficultés, et que je ne puis me contenter… d’un appui moral.
— Question d’argent pour la première fois, histoire de se tâter, soit : Combien ?
— Ah ! Monsieur Grésoul, je n’ai pas à vous répondre. Il y a ici des interprètes toutes désignées pour traiter de cette affaire.
— Bon, bon, vous ne me repousserez pas, si je m’entends avec Thérèse.
— Pourquoi vous repousserais-je plutôt qu’un autre ?
— Pauline, gentille messagère, cours m’appeler Thérèse.
— Dis donc, toi, comptes-tu me faire poireauter encore longtemps ?
— Le prochain numéro du joyeux Cri de Paris donne ton portrait, petite, ne l’oublie pas.
— Ah ! gros cochon, ce que je marche pour ta trompette !
— Mignonne, une légère fouettée, sur ton joli fessier pour me régaler la main !
— Dépêche-toi, tapote et ne frappe pas fort.
D’un mouvement sec, elle se retroussa jusqu’au dos, exhiba une ravissante paire de fesses rondes et bien plantées, semblant solliciter par leur audace de pose la fouettée et d’une main demi-morte Grésoul en caressa la satinée superficie, puis appliqua quelques petites claques molles, et pinça les rebords rebondis de la fente. Elle s’écria :
— Tu en as de l’aplomb, de vouloir baiser Flavie, et de me pincer le derrière sous ses yeux.
— Pincé, et la trompeuse, une simple claque rentrée !
Comme Flavie sortait du boudoir avec Pauline, elle fut abordée par Thérèse qui la cherchait, et lui dit :
— Ma petite, une bonne occasion se présente… si tu n’es pas trop rancunière. Il y a quelqu’un qui offre cinquante louis pour ta nuit. Il est venu par Annette qui prélève ses 20% sur la somme ; quant aux miens, je te les abandonne pour te sortir d’embarras. Tu m’en seras reconnaissante plus tard.
— Cinquante louis ! Qui sont encaissés, et dont je te remettrai ta part, si tu dis oui.
— Si je dis oui ! Je te crois que je le dis ! Ce serait l’homme le plus laid et le plus sale de la terre que je marcherais !
— L’affaire est plus délicate que tu ne le supposes ! Tu connais le Monsieur, il n’est pas de tes amis, à ton idée, tes sentiments risquent d’être froissés.
— Un homme qui vous offre cinquante louis d’une nuit, on oublie bien des choses, s’il vous a offensée ! Qui est-ce, dis, dis ?
— Ton premier mari. François Courtin.
— François !
Elle pâlit : un flot de pensées contraires lui monta au cerveau : le passé de tristesses et d’écœurements se dressa ; quelques lueurs sur les débuts de cette union, sur la lune de miel où, déjà déçue, mais croyant toujours à l’amour, elle domina cependant son mari, plaidèrent pour : des nausées succédaient sur son vilain rôle, quand elle accepta de se faire entretenir, non sur sa faiblesse de caractère, où il approuvait ses actes, mais sur ses rapacités à lui prendre son argent, sans objections, sans turpitudes : elle allait refuser, Thérèse, qui suivant son jeu de physionomie, lui souffla :
— Réfléchis quelques minutes : si tu est disposée à cette bonne aubaine, tu danseras avec lui le quadrille des mouchoirs de dentelles, je te ferai vis-à-vis avec M. de Ponleuleu.
— Grésoul te demandait pour une proposition.
— Oh, ma chère, il ne dépasse pas cinq louis, il ne peut lutter avec une si belle offre !
Coucher avec son premier mari, qui la payait pour ça, stupéfiait Flavie ! Son cœur ressassait les ennuis de ce mariage : elle revivait la dernière période où elle craignait de devenir la victime de ses méchancetés. Elle évoquait son second mariage avec Aimé Brettier, qu’elle adorait par-dessus tous, et qui répondit à toutes ses espérances de joies intérieures et de bonne entente. Le pauvre chéri n’était coupable en rien dans leur déconfiture, elle n’aurait pas dû s’endormir dans une fausse sécurité et puisqu’elle était cotée chèrement dans la galanterie, elle aurait maintenu son prestige par quelques passes secrètes et habiles. Elle n’en serait pas réduite à vivre loin de son mari aimé, et à étudier la perspective de se livrer à son ex-mari abhorré. Elle se souvenait de la vie malheureuse vécue avec celui-ci, et elle éprouvait une grosse répulsion au marché proposé ; mais cinquante louis, cela méritait considération ; on pouvait enfermer son âme dans les plus profonds replis du cœur. Cinquante louis, une paix relative, la faculté d’aller retrouver Aimé, après qui soupiraient ses sens ! Et puis, et puis, elle connaissait l’homme, sur l’oreiller elle le maîtrisait, un mauvais moment, une mauvaise nuit, cela pèse dans une existence.
Quand on appela pour le quadrille des mouchoirs, sa main tomba dans celle de François, et toute rouge au début, elle imita Thérèse.
Ce quadrille, plutôt un jeu qu’une danse, était une des excitantes curiosités de la maison. Le salon de Thérèse ne ressemblait en rien à ce qu’on entend ailleurs par cela. La coquette jeune femme aimait à se rappeler l’époque où elle figurait dans des tableaux vivants érotiques imaginés par son mari Jacques ; elle servait à ses habitués des figures où elle les provoquait dans leurs goûts de luxure. Le monde, qui fréquentait là, qu’il fut constitué en ménages légitimes, ou libres, se recrutait en somme chez les fervents de la chair, voyeurs, frôleurs, caresseurs, des deux sexes, qui, en dépit du rang social, n’aurait pas redouté d’affronter les massifs des Champs-Élysées, pour s’octroyer les cochonneries pimentées des contacts sexuels. Si les licences revêtaient un certain vernis de tenue, on ne les y autorisait pas moins, et l’heure de la retraite sonnait à point pour qu’on partît, sans dépasser certaines limites risquant d’attirer l’attention des voisins et celle de la police.
Thérèse, les mains sur les aisselles, la poitrine bombée, tendait à son cavalier, Gonzague de Ponleuleu, un mouchoir de dentelles, planté au milieu des nénés : Gonzague le cueillait délicatement avec les lèvres, et le retirait peu à peu, non sans affleurer la peau d’une discrète et continue caresse : le mouchoir enlevé, il le plaçait au-dessus de son gilet, en travers de la chemise entr’ouverte, enlaçait Thérèse, et l’emmenait saluer le couple qui faisait vis-à-vis.
Le salut échangé, une danse très lente entraînait les deux couples se tenant par les deux mains posées sur les hanches, le mouchoir recevant de temps en temps un rapide baiser de la dame.
C’était discret, c’était exquis, mais les amateurs de fétichisme commençaient dès cet instant à savourer leurs rires.
Les mouvements de la danse variant, le mouchoir de dentelles circulait du cavalier à la dame, et la dame au cavalier, allant des épaules aux nichons ou au dernier bouton du gilet se déboutonnant peu à peu, au milieu de baisers de plus en plus prolongés. La danse suspendant son rythme, les couples s’arrêtaient sur place. Thérèse reprenait le mouchoir, le mettait sur sa bouche, se penchait vers Gonzague, qui la tenait enlacée des deux mains plaquées sur sa ceinture : il prenait un coin du mouchoir entre ses dents, sans l’enlever de la bouche de Thérèse, et tous les deux l’absorbaient en apparence, jusqu’à ce que leurs lèvres se rencontrassent : leurs lèvres « réunies », Thérèse tendait ses jupes comme pour recueillir un fruit qui se détacherait d’un arbre, et y recevait le mouchoir qu’ils laissaient échapper. S’en emparant, elle le frappait de ses mains, le roulait, et l’introduisait entre ses nénés. Gonzague l’enlaçait par derrière, plaçant les mains sous les globes des nichons ; elle se tortillait du dos et des fesses, et il semblait chercher le mouchoir là où il glissait ; Thérèse, dans ses déhanchements de plus en plus prononcés, s’appliquait à ce qu’il descendit le plus bas possible.
— Thérèse, jusqu’où voyagera ma main, hélas trop décente, murmurait-il.
— Vous m’embarrassez, je ne vous le cède pas ! Ah ! ne me chatouillez pas, vous n’attraperez pas le mouchoir.
— J’irai le chercher par-dessous.
— Ceci est défendu, vous le savez bien, à moins qu’il ne tombe durant la danse : et, il faut le trouver.
— Où est-il ? dites, dites.
— À mon nombril.
— Que j’adorerais si volontiers !
— Vous vous en lasseriez.
— Jamais ! Et je veux prolonger cette scène.
Ne serrez pas trop ! Vous me ferez démancher les reins à me tordre ! Ah, il glisse dans la ceinture, ah, ah, il me mouille… Vous devinez, le chat… Vous ne pourrez plus le prendre qu’à terre, Monsieur ! M’appuyez pas sur le ventre, l’humidité me fait froid.
— Thérèse, Thérèse. Je voudrais le tête-à-tête.
— Fi de l’égoïste ! À propos, j’ai reçu la carte du Commissaire de police, il s’est présenté, et j’étais sortie. Que dois-je faire ?
— Retourner votre carte, c’est tout.
— Je lui ai promis davantage.
— Vous n’êtes pas obligée de tenir la promesse.
— Oh là, oh là, me pelotez pas tant, quel polisson vous êtes ! Ah ! le mouchoir est à terre, prenez-le vite.
Gonzague s’agenouille : Thérèse fit un pas en arrière, et entre ses pieds, il aperçut le mouchoir de dentelles qui, après avoir parcouru la jolie route de ce corps de femme, descendait des nénés au ventre, du ventre aux cuisses, des cuisses à terre, avait tracé un sillon humide sur les chairs, sur le con.
— Ah ! observa Thérèse, nous l’avons joliment mouillé en le suçant ! Est-ce vous, ou est-ce moi… Et Flavie !
— Ils ont marché plus rondement : le mouchoir a été cueilli sur les nichons.
— Flavie n’a pas joué en femme.
— Elle ne paraît pas bien tenir au Monsieur.
— Elle a tort. C’est une bonne affaire. N’en parlons pas. À la suite.
Les couples, le cavalier possesseur du mouchoir, repartaient pour sauter quelques pas : les corps se pressaient de très près.
— Dites, murmura Thérèse, si je vous masturbais avec le mouchoir ! Et, n’ayez pas peur, ne me serrez pas si fort la main.
Les couples tourbillonnaient sans trop d’exagération ; c’était le moment où les voyeurs allaient recevoir les plus grandes satisfactions : aussi les groupes abondaient contre les murailles, faisant le vide au milieu du salon pour permettre les évolutions de la danse du mouchoir de dentelles. Fioritures de mouvements, essais de polissonneries, les cavaliers attaquaient leurs danseuses, échangeaient le mouchoir avec des grâces et des caresses, tournaient et retournaient sur place, s’amusaient de l’attention dont ils étaient l’objet pour allonger la scène. Insensiblement, Gonzague enfermait Thérèse dans ses jambes, lui relevait les jupes par derrière, et peu à peu les mollets apparaissaient dessinés sous les bas de soie bleue, puis les jarretières à boucles d’argent, au-dessous du genou, et enfin les fesses amplement développées, jusqu’à la ceinture.
Alors, il plantait le mouchoir de dentelles sur la naissance, le calant en pleine fente, et elle tournoyait en le retenant, laissait retomber ses jupes.
De son côté, François exécutait le même jeu avec Flavie, très pâle, énervée, et fermant les yeux pour ignorer aux mains de qui elle se prêtait. Elle le favorisait de moins en moins, et quand il la retroussa avec la même lenteur que Gonzague, vis-à-vis de Thérèse, qu’il découvrit ses mollets sous des bas noirs retenus par des jarretelles, qu’il exhiba ses fesses aussi rondes, blanches et épanouies que celles de sa compagne, qu’il lui fixa le mouchoir de dentelles au milieu de la jolie raie toute rosée, elle ne serra pas, donna un léger coup de reins et le mouchoir tomba à terre. Il le ramassa en s’agenouillant et le lui offrit. Elle était obligée de le lui prendre, et de le lui placer dans la culotte, en signe de consentement du baisage : elle s’exécuta fébrilement, évita de frôler la queue, mais il lui embrassa la main, et dit :
— Pourquoi afficher de la colère, Flavie, tu as accepté le marché, et nous sommes d’assez anciens baiseurs, pour tirer ensemble, sans mauvaise grâce, un ou plusieurs coups cette nuit.
— Une étrange fantaisie, à laquelle je ne m’attendais guère.
— Un revenez-y, dont tu n’as pas à t’étonner.
La danse du mouchoir se terminait par un essai de masturbation de la queue, la dame se livrant à la manœuvre avec le mouchoir dans la main, et les jupes troussées ; elles s’appliquaient à exciter les regards lascifs des voyeurs par l’habileté de leurs poses, de leurs mineries, et Thérèse révélait là une science parfaite. La masturbation ne s’arrêtait que si la lassitude de la contemplation se lisait chez un des assistants. De voir l’agacement qu’y apportait Flavie, cela excitait encore davantage les appétits de luxure de tous les paillards réunis dans le salon, et la scène eut pu se prolonger plus longtemps que d’habitude, quand Thérèse donna le signal de la fin, en posant le mouchoir de dentelles sous les couilles de Gonzague pour l’en chatouiller ; puis elle le retira et l’embrassa, le remit sur ses nichons. Flavie l’imita avec précipitation, et, ayant embrassé le mouchoir elle le jeta au loin.
Albert Grésoul, le ramassa, et le lui rapportant, dit :
— Chère belle, lorsqu’on commet une faute pareille, cela se paye d’une amende. L’amende ici sera la fouettée appliquée en présence de cette noble et illustre assemblée.
— Oh ! elle le mérite de toutes les façons, intervint Thérèse vexée, et craignant que François, une fois son caprice sur Flavie satisfait, ne remit plus les pieds chez elle.
— La fouettée, s’exclama Flavie, et qui me la donnera ?
— Moi, qui ai ramassé le mouchoir.
— Pardon, ce droit m’appartient, protesta François, vous ne me le disputerez pas.
— Si fait, si fait, mon cher ami, j’y tiens, et j’en fais la condition d’acceptation de ce que vous m’avez demandé tantôt.
— Oh, ce n’est pas bien de mêler les affaires.
— Bah ! bah ! vous avez assez de compensations en espérance, pour me céder sur ce point.
La principale intéressée ne disait rien : elle ne croyait pas à la réalité de l’exécution. Cependant elle essaya un mouvement de révolte, quand Thérèse s’approchant voulut lui relever les jupes et la mettre en posture.
— Ne sois pas sotte, dit-elle tout bas. Tu amorceras des michés : tu perds ta guigne avec le coup que te tirera ton ancien mari.
— Mais.
— Chut donc. Et là, vous autres, passez-moi mise.
— Eh, mais.
— Quelle entêtée.
Pour être petite, Thérèse n’en possédait pas moins bonne poigne. Elle manipulait Flavie avec une extrême vigueur, la maintenait en respect, et, malgré son opposition, très faiblarde il est vrai, lui fixait jupes et chemise sur le dos, pour étaler à tous les regards concupiscents une croupe des plus appétissantes aux rondeurs très dodues, au gras des cuisses bien fourni, une chair blanche et séductrice, qu’elle fit valoir en détachant et remontant les jarretelles pour que rien ne troublât la vue des richesses offertes. Elle plaça la belle enfant debout, appuyée contre le dossier d’un fauteuil, et Grésoul planté derrière envoya sa première claque sur les jolies fesses. Il ne l’appliqua pas trop fortement, et cependant elle amena un court affaissement sur les jambes.
Avant de lancer la deuxième, profitant de l’écart des cuisses occasionné par l’oscillation, il expédia la main en travers, saisit le con, et attrapa le bouton. Elle repoussa la main sans sauvagerie, resserra les cuisses, et une douzaine de claques retentirent rougissant les chairs, semant de l’agitation érotique chez tous. Oh ! la croupe de Flavie, s’affichait superbe, et plus d’une pine bandait en son honneur. Les mains de Grésoul frappaient, et on ne criait pas : assez. On ne pouvait néanmoins abuser de la docilité de la pénitente. Elle ne se fâchait pas, elle se résignait ; en dessous, elle étudiait ces érotiques qui l’entouraient. Jusque-là, ils ne faisaient pas de cas d’elle ; l’heure de la revanche sonnait : elle sentait les appétits mâles s’éveiller devant son postérieur flagellé. Oh ! elle n’entendait pas en abuser. Mais si… elle remontait le courant ! Que de joies elle procurerait à son cher petit mari adoré, à Aimé Brettier.