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Minuit, à table, les tasses de thé vidées ; les dames assises ; quelques messieurs aussi, les autres debout, derrière les chaises, mangeant des gâteaux et plongeant les yeux sur les épaules féminines, dont on ne leur marchande pas la vue.
Les duos se forment, les aparté sont permis. Thérèse les deux pieds sur la barre la plus haute de la chaise où se prélasse Gonzague, la tête sur les coudes posés sur ses genoux, le regarde avec des yeux brillants et vraiment amoureux. Commence-t-il à lui plaire ? Et c’est bien possible. Il s’est montré très galant, très épris, et il s’est fait l’interprète des sollicitations fétichistes de ses fidèles, se plaçant Sous la protection de l’entreteneur deviné qui se levait dans le ciel de la charmante femme. Et on ne s’est pas trompé, l’accord a été conclu : six mille francs par mois, ses caprices et ses habitudes tolérés, pourvu qu’ils ne gênent en rien la passion du bon ami.
Thérèse n’espérait pas en une aussi belle affaire. Et, elle trouve Gonzague le plus chic des hommes.
Il n’est pas âgé, il peut vivre longtemps, elle fera tout son possible pour le conserver, sachant économiser de manière à ce qu’il ne lui arrive pas la même déveine qu’à Flavie. Gonzague est aux anges. Cette jeune femme est vraiment remarquable. Elle joue les poses à ravir, et elle comprend la luxure avec une merveilleuse intelligence. Le sénateur Ange de Boisvertu, peu avant le thé, exprime le désir de posséder la paire de coquets souliers en peau de chevreau, noirs, qu’elle portait : il fut chargé de la mission : gentiment Thérèse se déchaussa en plein salon, lui remit les deux souliers qu’il reçut à ses genoux, et en baisant leur fine pointe : et Ange de Boisvertu, les prenant de ses mains, les plaça dans une poche de son veston, sans se préoccuper de la bosse qu’ils y faisaient, circulant fièrement à travers l’appartement. Comme s’il portait une relique. Par cette faveur, dont il se créa l’intermédiaire, Gonzague affichait sa prise de possession de Thérèse comme amant attitré, et Thérèse formula son adhésion en lui disant peu après, dans la gêne de se trouver privée de ses chaussures.
— Chéri, va dans mon cabinet de toilette, me chercher mes mules roses ; et tu reviendras me les mettre.
Non loin de Thérèse, à table, Annette Gressac donnait à tout instant de petits fours savoureux à un jeune musicien d’une vingtaine d’années qui, debout, derrière sa chaise, dévorait des yeux ses opulentes épaules, tout en enfournant dans sa bouche les gâteaux. Elle riait, plaisantait, coquetait, amorçait le jeune homme, ne pensait plus du tout à sa nièce Pauline, vidant des verres de punch, et gardant une main enfouie dans la culotte de ce cochon de Grésoul. À un autre coin se remarquait le couple de Flavie Brettier et de François Courtin. Oh ! combien inconsistantes sont nos natures !
Entre les deux ex-époux, il ne s’accusait plus de mésentente. L’atmosphère capiteuse, qui les entourait, agissait-elle sur eux ! Peut-être. Ils offraient en cet instant l’aspect de deux véritables tourtereaux !
Et, la pensée des cinquante louis que coûtaient les délices voluptueuses de la nuit, entrait pour peu de chose dans ce revirement si heureux de la belle Flavie !
François, le bras autour de la taille de son ex-moitié, qui ne le repoussait plus appuyait la tête contre son épaule, et lui murmurait de douces paroles : Sous le charme de ce qu’il lui disait, elle avait les yeux qui s’animaient, qui pétillaient de mutinerie gracieuse, et, croquant un long biscuit sec, qu’elle mordillait, elle le présentait à François pour qu’il en prit un morceau, lui disant :
— Il est bien meilleur comme cela, eh !
— J’en mangerais toute la nuit !
— Fi ! le gourmand !
— Oh ! Flavie, ce que je suis heureux de te voir enfin me sourire !
Elle lui jeta un bras autour du cou, appliqua une forte caresse sur ses lèvres, et répondit :
— N’est-il pas naturel qu’il en soit ainsi, puisque tu as un revenez-y en mon honneur !
Il se frottait contre son épaule, déposant un long et chaud baiser sur le gras des bras, et elle frétillait sur sa chaise sous le chatouillement qui en résultait, lui lançant un regard vraiment amoureux. Oubliait-elle son second mari, qu’elle aimait tant ! Non, non. Elle acceptait la situation actuelle, et du moment que cet accord, tant mercantile qu’il fût se jetait au travers de la guigne qui la poursuivait, elle réfléchissait que la plus élémentaire honnêteté commandait de livrer la marchandise en la recouvrant du plus d’illusions possibles. Au fond du cœur, une certaine vanité lui naissait de voir ainsi s’échapper l’homme dont elle porta le nom, l’homme qui, en somme la dépucela, la première nuit de leurs noces, et avec lequel elle partagea des jours heureux et malheureux !
Les tasses et les verres ne se remplissaient plus ; les assiettes de gâteaux se dégarnissaient, on parlait plus fort, on continuait à échanger les regards prometteurs et quelques gestes pervers, les solitaires se retiraient, et aussi les ménages soucieux de conserver encore une apparence de décorum. La demi de minuit sonnait. Thérèse, qui allait et venait, s’était assise, et les jambes cette fois allongées sur les genoux de Gonzague, lui souriait de plus en plus tendrement : il pelotait ses mollets par-dessous les jupes, sa main savourait les prémisses de luxure qui allaient sceller leur entente, elle avait des yeux pleins de passion en le regardant, elle était touchée des désirs qu’elle lui inspirait, et, sentant ses doigts qui remontaient et farfouillaient vers les cuisses, elle approcha le buste, et, avec une expression de volupté indéfinissable, lui dit :
— Frappe à la porte et vois si elle t’est ouverte.
Cette simple proposition lui secoua toute l’épiderme. Elle tendait les cuisses bien ouvertes, il frôla doucement le con et vit qu’elle le poussait vers sa main, en disant :
— Oui, oui, la porte t’est ouverte, mon mignon, je souhaite que tu entres le plus souvent possible.
Sous l’émoi du léger branlage qui la remerciait de ses séduisantes avances, dans la joie de prendre un amant de cette importance, des renseignements recueillis avec adresse lui ayant appris la valeur sociale de l’homme, elle s’installa carrément sur ses genoux, la tête contre sa tête, les lèvres contre les siennes, lui donna un baiser de fiévreuse passion qui, par sa chaleur, motiva les applaudissements des voisins.
Les vides s’accentuaient : on restait entre intimes : on partait à l’anglaise, lui adressant un petit adieu discret ; on était maintenant tout à fait entre soi, Thérèse dût quitter les genoux de Gonzague, le sénateur de Boisvertu lui faisant signe de l’accompagner : elle ne s’y refusait jamais, à cause de son importance, et ensuite parce qu’elle le favorisait à ce moment dans son fétichisme du pantalon. Elle vint donc dans l’antichambre, et y embrassa Annette Gressac qui s’apprêtait à s’en aller seule, et que Jules aidait à revêtir son manteau. Annette, courant au-devant de la question qu’elle prévoyait, lui dit :
— Pauline doit mener Grésoul à la salle de jeu de la rue Matignon : elle rentrera de là directement dans l’appartement.
— Bon ! bon ! tu me la confies encore quelques minutes.
— Le temps qu’elle ne t’ennuiera pas, et qu’elle ne te gênera pas pour te coucher.
Après une nouvelle caresse, les deux femmes se séparèrent, et Thérèse dit à Jules :
— Conduisez M. de Boisvertu au cabinet du linge.
— Bien, Madame !
Elle s’en fût droit dans sa chambre, et Jules emmena Ange de Boisvertu, dans un petit cabinet, éclairé par une lampe de cuisine, et où, dans un coin se trouvait ramassé tout le linge sale de Thérèse. Il la quitta sur le seuil, et le bon sénateur, aussitôt seul, se précipita à quatre pattes, enfonçant les bras dans le tas. Il remuait le linge en tous sens, en aspirait avec délices les effluves, s’en entourait les jambes, les épaules, se moquait d’abîmer son costume, fouillait, tripotait soulevait, embrassait et léchait, et finissait par découvrir un pantalon, un seul, élégant et riche, orné de dentelles et de rubans bleus : jeu de délire érotique, dans une scène qui se renouvelait presque tous les huit jours, il le pressait avec amour contre son cœur, ne cessait de le porter à ses lèvres, et s’asseyant à terre, il le humait, le posait délicatement sur ses cuisses. En ce moment, la porte du cabinet s’ouvrait, Thérèse, un léger jonc flexible à la main, apparaissait, criait :
— Ah bien ! petit polisson, petit mauvais sujet, que faites-vous là, voulez-vous bien vite vous lever, sortir.
— Oui, oui, maîtresse chérie, ne soyez pas en colère.
— Je ne suis pas maîtresse chérie, vous entendez ! Vous êtes un sot ! Arrivez vite que je vous châtie.
Elle le saisissait par le bras, l’obligeait à se redresser tenant le pantalon à la main, et elle l’entraînait dans sa chambre, dont elle refermait la porte.
— Vous écouterez donc toujours votre vilain vice ignoble, je ne vous en corrigerai donc jamais, méchant gamin !
Il se prosternait à ses pieds, les lui tirait en avant de la robe, les lui embrassait : elle soulevait avec lenteur ses jupes jusqu’aux cuisses, et les lui montrant, disait :
— Vous voyez, cochon, vous me privez de mon petit vêtement intime ; vous m’exposez à prendre mal, rendez-le moi tout de suite.
— Non, non, non, je ne veux pas, je préfère être fouetté.
— Fouetté ! Je n’ai pas le temps. Rendez-moi mon pantalon.
— Jamais maîtresse adorée ! Laissez-moi lécher votre petit cul, votre petit con.
— À bas les pattes, Azor. C’est dit : Vous ne voulez pas me rendre mon pantalon ?
— Non.
— Et bien soit ! Donnez-moi votre derrière, que je le fustige avec cette badine.
De nouveau à quatre pattes, le veston ramené vers le dos, il présentait son postérieur caché par le pantalon, mais s’y dessinant très bien dans son ampleur. Elle décochait quatre à cinq coups, pas trop forts. Il gémissait, pleurait, implorait sa grâce, et, s’arrêtait, elle l’obligeait à se relever. Le visage sévère, elle rejetait au loin la badine, s’emparait du pantalon, que, simulant l’effroi, il lui abandonnait.
— Voilà, s’écriait-elle, puisque vous ne vouliez pas me rendre mon pantalon, vous l’emporterez, après qu’il m’aura bien essuyé les cuisses.
— Oh oui ! oh oui ! je veux bien.
Se retroussant, après avoir plié le pantalon, elle le plaçait entre ses cuisses, contre le con et le chat, l’y serrait, et il se précipitait sur les genoux pour le lui enlever. La lutte durait peu. Elle laissait glisser le pantalon, et, quand il le tenait dans ses mains, il se relevait, l’embrassait avec ivresse, le roulait autour de son cou, l’en retirait, et disait :
— Je vais le mettre contre mon ventre.
— Oh ! petit sale, approchez-vite que je vous le place moi-même ; autrement vous ne sauriez pas le faire tenir.
En très peu de temps, il défaisait sa culotte, relevait sa chemise ; elle donnait trois à quatre claques légères sur la queue en demi-érection, et elle introduisait son pantalon sous la chemise, puis le reculottait.
Et cela se passa ce soir-là comme les autres fois. Ange de Boisvertu, remis en posture décente, elle l’accompagna jusque sur le palier, lui donna la main à baiser et le laissa partir.
Rentrée dans l’antichambre, elle demanda à Jules qui s’y tenait aux ordres des personnes qui se retiraient :
— Reste-t-il encore du monde ?
— Mlle Pauline et M. Grésoul, Mme Flavie et M. Courtin ; ils sont encore dans la salle à manger.
— Bon, il n’y a qu’à les laisser tranquilles, ils ne tarderont pas à s’en aller.