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De trois jours elle consigna sa porte, ce qui jeta la perturbation chez tous ceux qui, dans l’après-midi, lui apportaient les nouvelles, et la sollicitaient avec plus ou moins de chance d’une de ses complaisances. En vain Gonzague insista-t-il pour être reçu, il ne fut pas plus heureux.
Un grand mal à la tête tracassait Thérèse, et elle ne cessait de se rappeler sa querelle avec La Férina. Sa colère, loin de diminuer, croissait, et elle ne rêvait à rien moins que de brûler la cervelle à son ami Jacques, ce misérable qui l’exploita avec sa sœur pour exécuter des tableaux vivants, grâce auxquels ils ramassèrent pas mal d’argent, et eurent le malheur de se lier avec pas mal de monde, comme avec cette Férina qu’ils se disputèrent tous les deux. Oui, oui, elle la gamahucha cette Judas, pendant des mois, croyant toujours qu’elle la préférait à son mari, avec qui elle le trompait, sous prétexte qu’elle se laissait baiser pour sauvegarder leurs relations.
Ah ! quelle ribaude que cette fille ! et ça trouvait de riches entreteneurs, et ça se payait des michés comme Jacques, sans regarder si cela chagrinait une chaude amoureuse comme elle fut. Quel ennui que sa sœur Léa ait commis la sottise de partir pour l’Amérique avec un richard ; à elles deux, elles auraient bien su retenir l’ingrat. Il aimait trop les répétitions des poses pour les tableaux, où elles s’appliquaient à qui le feraient le mieux bander, pour renoncer à son ménage, où non seulement il baisait sa femme, mais aussi sa belle-sœur, et une cousine, la gentille Zina, qui les complétait à merveille. Tout, hélas ! avait tourné contre leur union. Léa les quittait à peine que Zina, devenue veuve d’Antoine Gorgen, leur associé, épousait en secondes noces l’agent de change Bertrand Laguerre, et se retirait de la famille. Quelle calamité ! Elle espérait, avec les économies réalisées, vivre en paix avec son mari, et cette crapule de La Férina le lui enlevait. Oh ! elle ne prit pas mal la chose tout d’abord, quoique ça la vexât de sentir avec cette fille l’homme dont elle portait le nom, et à qui, dans le fond de son cœur, elle gardait un bon petit coin d’amour. On a beau vouloir se fâcher ; à faire des cochonneries ensemble pour contenter les regards des riches, on s’habituait joliment à n’être qu’un en étant cinq, et c’était le beau temps où l’on répétait en famille avec Léa, Zina, Antoine et Jacques les poses plastiques qui toujours inspiraient de bons coups de queue.
Elle y avait gagné de l’assurance, et elle leur devait d’avoir de suite trouvé ce qu’il fallait pour se créer seule une situation personnelle, à côté des entretenues, des horizontales. Elle ne tenait pas à un amant attitré ; mais les hommes étant des cochons, et quelques femmes aussi, en se montrant complaisante pour leurs petits vices, elle obtiendrait de beaux cadeaux, et même de l’argent sans en demander ; cela lui permettrait de rester toujours sa maîtresse. Et, elle avait très bien réussi. Elle en menait toute une petite bande par le nez, et ce Gonzague de Ponleuleu, le dernier présenté, elle le pressentait, ce ne serait pas une de ses moindres conquêtes. Par exemple, en voilà un qui avait une étrange passion, et dont elle ne se serait jamais doutée !
Àpremière vue, elle ne le jugeait pas susceptible d’un fétichisme si anormal ! Et que lui importait !
Elle pensait plutôt qu’il ferait la paire avec le révérend père Moncitron, austère religieux, grand et illustre prédicateur, qui, deux fois par semaine, avant de se rendre à de pieuses conférences, lui rendait une visite d’une demi-heure pour adorer sa pleine lune, en la léchant tantôt délicatement, tantôt furieusement, moyennant un petit subside de deux louis qu’il lui donnait, pour reconstituer la pureté de ses chairs trop sucées suivant son dire. Ce souvenir amenait un sourire sur ses lèvres, et elle parvenait à oublier durant une seconde sa colère contre La Férina ; mais elle se reprenait de suite, parce que les deux louis du Père évoquaient la pensée de celui offert par Pauline pour la gamahucher.
Il était vrai tout de même que parfois, agacée, cette petite, à qui elle prétendait toujours n’être pas à acheter, obtenait, pour un louis donné à propos, de vaincre son agacement et de la labourer de ses savantes minettes à bouche que veux-tu. Tout de même, ça sortait de la banalité de solliciter en cadeau le vase de nuit d’une femme ! Que diable, le Ponleuleu faisait-il de cette collection ? Pas sans doute ce que faisait l’Allemand Kreitsigen de ses cordons de corset. Ce cochon en enroulait sa pine à la broyer, et il jouissait à ce qu’elle la détachait par ses suçons ; elle attrapait avec les dents les extrémités du nœud, le dénouait avec adresse, et de la bouche tournant autour de la pine, elle défaisait tout le cordonnet, qu’elle laissait tomber à terre pour attraper le gland du bout des lèvres, et ensuite sucer à grandes aspirations. Quand elle sentait au gonflement de la queue la jouissance prête à se produire, elle se reculait légèrement en arrière, plaçait un mouchoir de dentelle sous son menton, masturbait en quelques rapides secousses, et la pine crachait son sperme au beau milieu du mouchoir. Il fallait alors qu’elle se redressât debout, trempât le cordon du corset dans le sperme, qu’elle frottât ses poils, et l’Allemand, fou d’amour, emportait cordon et mouchoir.
Ah ! que de goûts cochons variés chez tous ces hommes ! Et le député Véridique Fortuné Mentatous : c’était presque un raffiné ! Il exigeait sa complète nudité ; il l’étudiait des pieds à la tête, comme s’il ne l’avait jamais vue ; puis, il se dévêtissait à son tour, et elle l’examinait de la même façon, lui tripotant les épaules, les pectoraux, le cou, le ventre, le derrière, la queue, qu’elle masturbait pendant quelques secondes : dès qu’elle bandait, elle se jetait à quatre pattes, tenant un foulard de soie bleue à la main ; il se plaçait à cheval sur ses reins, la tête tournée vers son postérieur, et, avec le foulard elle s’éventait les fesses, à mesure qu’il les frappait de son gland durcissant. Quand il bandait tout à fait, il appuyait les couilles sur la naissance de son cul, de façon à ce que sa pine se trouvât en arrêt, comme la lance d’une pompe, et la main entortillée du foulard, elle masturbait du mieux qu’elle pouvait. Quand ça ne marchait pas à son idée, il lui attrapait le derrière de ses deux mains, et il pinçait fortement. Il lui enlevait le foulard, s’en enveloppait la queue, et il se masturbait lui-même avec vigueur, flanquant des coups de cul à ses reins, pressant sa taille entre les cuisses, lui criant de soulever le cul, jusqu’à ce qu’il jouît, qu’il déchargeât dans le foulard. Il l’obligeait alors à embrasser l’étoffe, et à s’en frotter toute la fente des fesses, afin, disait-il, de bien lui inoculer toutes les idées paillardes qui germaient dans son cœur. Mon Dieu, ça ne l’amusait pas toujours, mais vraiment ces histoires étaient ce qui lui rapportait le plus. Son esprit, au milieu de ces évocations, revenait à Gonzague de Ponleuleu, et elle se souvenait qu’il lui avait dit borner sa demande au clan d’un seul vase. Elle ne réfléchit pas à cela. Satisfait sur ce point, tiendrait-il encore à éprouver le jeu de ses voluptés. Les hommes sont si volages ! Non, non, il ne lui manquerait pas : il la solliciterait pour d’autres choses encore. Insisterait-il autrement pour être reçu, comme il faisait ! Néanmoins, il ne convenait pas de l’ajourner davantage !
Elle donnerait l’ordre de l’introduire à sa première visite, et elle jugerait ce qu’il valait. Dans tous les cas, il payerait pour Jacques, pour La Férina, pour tous les autres : et puis elle deviendrait mauvaise, méchante pour tous ces sales hommes, qui se laissaient engluer par des carcans de putains comme cette La Férina et ses pareilles.